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Viktor Orban, premier ministre hongrois, lors d'un meeting de son parti, le FIDESZ. Budapest, 2 octobre 2016

Viktor Orbán : un défi lancé à l'identité de la droite européenne

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Menacés d'exclusion du Parti populaire européen (PPE), les eurodéputés hongrois du FIDESZ pourraient créer leur propre groupe au Parlement européen. Et essayer ainsi d'entraîner à leur suite d'autres partis de droite des pays d'Europe centrale.

Viktor Orban, premier ministre hongrois, lors d'un meeting de son parti, le FIDESZ. Budapest, 2 octobre 2016
Viktor Orban, premier ministre hongrois, lors d'un meeting de son parti, le FIDESZ. Budapest, 2 octobre 2016 Crédits : Michael Debets/Pacific Press/LightRocket - Getty

Cette fois, le PPE est au pied du mur. Le grand parti du centre-droit, pivot de la vie politique de l’Union européenne, va devoir bientôt décider du sort de l’une de ses composantes les plus turbulentes et improbables : le FIDESZ, parti du Premier ministre hongrois, Viktor Orbán. La deadline est fixée au mois d’avril, date à laquelle aura lieu le prochain Congrès du PPE. 

Mais au-delà du sort même du parti d’Orbán, son maintien ou son expulsion du PPE seront lourds de sens. Car ce qui est en cause, c’est ni plus ni moins que l’identité de la droite européenne. Et la spécificité des peuples d’Europe centrale.

Hongrie, Pologne : rappel des épisodes précédents

En septembre 2018, le Parlement européen a voté l’application à la Hongrie de l’article 7 du Traité qui vise à mettre en garde un état-membre sur les menaces que fait peser son gouvernement sur les libertés publiques. La Pologne ultra-conservatrice était déjà sous le coup d’une telle mesure. Le gouvernement en question se voit ainsi averti qu’en cas de poursuite de sa politique, il risque d’être privé de ses droits de vote au Conseil européen. 

Prenant acte de ce coup de semonce, le PPE a décidé, de son côté, de suspendre les eurodéputés du FIDESZ de son groupe parlementaire. Une manière de donner à Orbán une dernière chance de corriger la trajectoire, de plus en plus autoritaire, de son gouvernement. 

Mais la semaine dernière, le Parlement européen a voté une résolution solennelle, dénonçant l’aggravation des atteintes à la liberté d’expression et à l’indépendance de la justice en Hongrie et en Pologne. Cette fois, les eurodéputés ont mis en cause le Conseil européen, l’accusant « d’incapacité à utiliser efficacement l’article 7 », contre deux états-membres "qui continuent de porter atteinte à l’intégrité des valeurs européennes communes, et ainsi à la confiance mutuelle et à la crédibilité de l’Union dans son ensemble". Un vote massif et dépourvu d’ambiguïté : 446 voix pour, 178 contre, 41 abstentions. 

Détail révélateur : les eurodéputés non-Hongrois appartenant au PPE ont voté la résolution par 99 voix pour et 24 contre. On remarquera en passant que les eurodéputés PPE provenant des Républicains français et de Forza Italia, le parti de Berlusconi, ont soutenu les élus d’Orbán.

Budapest-Vienne-Munich, nouvel axe d'une "droite authentique" ?

« Ceux qui ont voté contre nous, malgré leur appartenance au PPE, ont prouvé que notre alliance ne signifie rien pour eux, et qu’il leur importe davantage de satisfaire la pression libérale exercée sur eux, que la loi et la justice. (...) Si le PPE ne défend pas la Hongrie, alors nous devrons lancer un _nouveau mouvement européen, chrétien-démocrate_. Nous allons créer quelque chose de nouveau dans la politique européenne, pour contrebalancer Macron et son nouveau mouvement politique. Nous avons besoin de quelque chose, mais à droite. Viktor Orban

Comme l’écrit Jacques Rupnik sur le site Telos, Orban reproche au grand parti du centre-droit européen de trop subir l’attraction du nouveau parti, libéral et centriste, Renew. Il juge l’influence de la CDU sur le PPE excessive. Depuis longtemps, relève Rupnik, Orban louche sur la droite autrichienne et sur la CSU bavaroise. Il rêve d’un "axe Budapest-Vienne-Munich" qui serait celui d’une "droite authentique". 

Et Rupnik fait à ce propos une remarque à méditer : "Marc Lazar considère l’Italie comme le laboratoire politique de l’Europe. Mais c’est _l’Autriche_, à la charnière entre l’Est et l’Ouest, qui est en train de le devenir. » Car elle est "en phase avec Orban et les pays d’Europe centrale sur la question migratoire, mais garde ses distances avec leur euroscepticisme." Ce pays a déjà expérimenté un gouvernement de coalition conservateurs/extrême droite. A présent, il fait l'essai de la formule conservateurs/Verts, qui a des chances de gouverner l'Allemagne dans un avenir proche...

Orban tente en ce moment une double opération : prendre la tête d’une coalition des états-membres d’Europe centrale : il vient de se voir adresser un refus poli du président roumain – et faire peser sur la droite européenne la menace de créer son propre mouvement, qu’il qualifie d’authentiquement chrétien-démocrate.

La méfiance historique de la démocratie chrétienne à l'égard du souverainisme

Le politologue allemand Jan-Werner Mueller lui répond dans un article qui vient de paraître. Orbán prétend, écrit Mueller, qu’il est "le seul vrai défenseur de la démocratie-chrétienne en Europe et que ses critiques au sein du PPE sont vendus au libéralisme". Mais Orban connaît mal l’histoire de la démocratie chrétienne. 

Après la Seconde Guerre mondiale, ce sont les partis qu’elle inspirait qui ont bâti les Etats-providences dans des pays comme la France et l’Italie. Ils l’ont fait pour renforcer les valeurs familiales et en s’opposant à un libéralisme qu’ils jugeaient trop centré sur l’individu et coupable de matérialisme. 

Mais ses leaders ont également été aux côtés des sociaux-démocrates pour lancer la dynamique de l’intégration européenne. Cela vient de la méfiance instinctive éprouvée par les démocrates-chrétiens envers un souverainisme qu’ils concevaient comme une forme d’hubris national. Le christianisme dont se réclame Orbán, toujours selon Mueller, renvoie moins à des croyances partagées qu’à l’appartenance tribale à une communauté sur la défensive. C'est une forme d'ethno-nationalisme.

En définitive, conclut Mueller, "la guerre culturelle qu’Orbán et ses semblables essaient de lancer en Europe est surtout une manière de distraire l’attention, tant sur le plan intérieur qu’international, des autocraties kleptocrates qu’ils ont créées." 

par Brice Couturier

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