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Partout en Europe, le même clivage entre libéraux et populistes

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La recomposition partisane opposera pro et anti-UE dans toute l'Europe.

La question européenne, on l’a vu lors de la campagne présidentielle, redessine les lignes de clivage partisan chez nous. Est-ce le cas dans d’autres pays européens ?

L’historien britannique Harold James fait ce constat. Et c’est particulièrement flagrant dans son pays. En Grande-Bretagne, il y a des pro et des anti-EU aussi bien chez les travaillistes que chez les conservateurs. Seuls, les libéraux-démocrates sont unanimement pro-européens. Mais ils ne pèsent plus grand-chose sur le plan électoral. 

De même en Allemagne : n’est-ce pas sur le rythme et les limites de l’intégration européenne que Verts et Libéraux se sont opposés au point d’empêcher la formation de la Coalition « jamaïcaine » souhaitée par la chancelière ? Aussi, Harold James envisage-t-il, pour la Grande-Bretagne, une recomposition partisane, sur le modèle français. Le système bipartisan qui structure la vie politique, opposant conservateurs et travaillistes, n’est pas inéluctable. Il n’est peut-être pas non plus définitif. Les pro-européens devraient s’unir en un seul et nouveau parti, afin d’empêcher un hard Brexit. 

Mark Leonard, le directeur du think tank European Council on Foreign Relations, vient de publier un article très intéressant qui développe des idées assez voisines. On ne cesse d’opposer, au sein, de l’Union européenne, les Etats-membres favorables à la poursuite de l’intégration à ceux qui s’y opposent, écrit-il. Ainsi, la crise des réfugiés aurait fait apparaître une opposition frontale entre un modèle allemand ou néerlandais, ouvert au multiculturalisme et un modèle hongrois, décidé à préserver l’identité nationale au prix de la fermeture des frontières. 

Partout le même clivage entre libéraux et populistes. 

On appelle les uns libéraux et les autres populistes. Mais la véritable division, selon Leonard, passe en réalité au sein de chacune de nos nations. La preuve : Angela Merkel, la plus douée des négociatrices, n’est pas parvenue à un arracher cet accord de gouvernement aux Verts et aux Libéraux. Quant à son alliée bavaroise, la CSU, en pleine crise des migrants, elle a accueilli le premier ministre Viktor Orban à son Congrès. En réalité, la CSU est sur la même ligne que les pays du groupe dit de Visegrad

Selon Mark Leonard, presque tous les pays appartenant à l’Union européenne sont divisés en deux camps presque égaux, opposant libéraux pro-européens et souverainistes. Au fil des élections, parfois la balance penche dans un sens, parfois dans l’autre. Ainsi, les 52 % d’électeurs britanniques qui ont voté Leave ont provoqué la rupture avec l’Union européenne, alors qu’un nombre presque équivalent de leurs compatriotes ne la voulaient en aucune façon… 

La France, ajoute-t-il, malicieusement, n’échappe pas à cette règle. Car si le pro-Européen Emmanuel Macron a été élu président, on aurait tort d’oublier que 46 % des électeurs ont voté pour des candidats ouvertement eurosceptiques, de Marine Le Pen à Mélenchon, en passant par Dupont-Aignan.
 

Quelle solution pour en sortir ?

Hé bien une des solutions pourrait être de créer au sein de l’UE, un cercle intérieur de pays décidés à respecter toutes les règles – et à leur réserver les bénéfices d’une adhésion complète. Bref, de proposer une adhésion à la carte et sur mesure, plutôt que le choix entre l’acquiescement à tout ou la rupture. Créer une Union flexible et à plusieurs niveaux peut être une manière de résoudre nos problèmes de court terme. 

De telles coalitions de pays volontaires permettraient de cibler des problèmes spécifiques. Mais cela ne résoudra pas le problème de fond : la division de l’opinion au sein de chacun de nos pays entre deux camps inconciliables, parce qu’ils veulent des politiques opposées. Une sorte de « guerre culturelle », comme celle que connaissent les Etats-Unis depuis plusieurs décennies, s’est donc déclarée en Europe.

Un autre point de vue sur ce qui nous attend en 2018. Ana Palacio.

Oui, celui de l’Espagnole Ana Palacio. Elle présente une liste de problèmes urgents à résoudre l’année prochaine, avant les élections au Parlement européen et le renouvellement de la Commission. 

Primo, réaliser le marché unique du numérique, dont l’absence nous a fait perdre un temps précieux. Les Américains et les Chinois caracolent en tête, tandis que nous autres, Européens, avons raté le coche. Il faut changer certaines législations qui les brident, afin que les sociétés européennes puissent, dans ce domaine, rivaliser avec les GAFA.

Deuxième urgence : nos relations avec l’Afrique. La crise migratoire de 2015 a montré l’intérêt qu’a l’Europe à une Afrique politiquement stable et économiquement prospère. Tant que les gouvernances seront défaillantes et que les opportunités économiques resteront insuffisantes, les migrations vers l’Europe ne pourront pas être endiguées. Les Européens doivent changer de logique, renoncer au paternalisme d’autrefois et considérer enfin les Africains comme des égaux. L’Union européenne doit participer activement à la stimulation de l’investissement privé en Afrique en offrant des garanties aux entrepreneurs africains qui s’endettent. L’avenir du continent est entre leurs mains.

Troisième urgence : Alors que les Etats-Unis se désengagent et renoncent à exercer leurs responsabilités, l’UE l’Europe doit assurer le leadership mondial dans la lutte pour le climat de la planète. Elle doit bâtir de nouvelles coalitions internationales, en évitant les erreurs du Sommet de Copenhague en 2009, où elle s’était trouvée isolée.

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