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Le concept français de laïcité est souvent mal compris à l’étranger, en particulier dans le monde anglo-saxon où quelques grands journaux américains se livrent à un virulent "french bashing", appuyé sur l'actualité récente

Outre-Atlantique, la France calomniée... ou défendue

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De grands médias américains ont vu dans le Projet de loi confortant le respect des principes de la République une "offensive contre les musulmans français". Certains ont même relayé dans leurs colonnes des opérations de désinformation caractérisée. Des voix s'élèvent aussi contre ce "french bashing"

Le concept français de laïcité est souvent mal compris à l’étranger, en particulier dans le monde anglo-saxon où quelques grands journaux américains se livrent à un virulent "french bashing", appuyé sur l'actualité récente
Le concept français de laïcité est souvent mal compris à l’étranger, en particulier dans le monde anglo-saxon où quelques grands journaux américains se livrent à un virulent "french bashing", appuyé sur l'actualité récente Crédits : Alain Jocard - AFP

Non, le gouvernement français ne s'apprête pas à attribuer "des numéros d'identification spéciaux aux enfants musulmans". Comment l'une des rédactrices en chef du Washington Post a-t-elle pu prendre pour argent comptant une telle opération de désinformation ? Dans ce paysage médiatique anglo-saxon qui se plaît à décrire l'Etat français comme "raciste et néo-colonial", deux témoignages de soutien - et même d’admiration pour la France et les Français - viennent d'être publiés par des essayistes américains. Le premier nie que notre pays soit hostile à l'islam. Le second fait l'éloge de nos militaires. Pas si fréquent, par les temps qui courent...

Les médias américains 

Pas facile, en effet, de contredire le New York Times, le Washington Post, Time Magazine et CNN, qui entonnent en chœur l’antienne selon laquelle le gouvernement d’Emmanuel Macron aurait lancé une "offensive contre les musulmans français", ou qui reprennent à leur compte la légende d’un Etat français "structurellement raciste et néo-colonial". C’est pourtant ce que fait Ulysse Pasquier, sur le site Areo, dans un article intitulé "The Lies About France’s Alleged War on Islam". 

Bien sûr, Areo est un média un peu confidentiel, plutôt intello et très anti-politiquement correct. Il a été créé par Helen Pluckrose, cette journaliste qui s’est rendue célèbre en parvenant à faire publier, dans des revues universitaires réputées sérieuses, des articles parodiant le jargon et les partis pris des gender studies, comme par exemple "Réactions humaines à la culture du viol et à la performativité queer dans les parcs à chien à Portland, Oregon", publié dans la revue Gender, Place & Culture

Mais revenons à l’article de Ulysse Pasquier, un jeune universitaire américain. La laïcité, version française du sécularisme, écrit-il, ne menace aucune religion, mais elle n’en reconnaît aucune non plus. 

La notion de blasphème est une notion religieuse. Les lois françaises sont laïques, par conséquent, elles ne considèrent pas le fait de se moquer des dogmes d’une croyance quelconque comme une infraction. Le péché concerne éventuellement des lois religieuses. Mais l'Etat laïc n'a pas à les connaître et encore moins à les faire respecter. 

D’ailleurs, rappelle Pasquier, cela fait bien des décennies que la religion catholique, encore majoritaire parmi les croyances religieuses en France, a appris à vivre avec les quolibets et les caricatures anticléricales. Elle y a trouvé peut-être des moyens de progresser, en se débarrassant de certains aspects rétrogrades ou ridicules. 

La loi française permet de se moquer de toutes les croyances, mais elle protège les croyants contre les violents

Ulysse Pasquier réfute le point de vue exprimé en Grande-Bretagne par le célèbre universitaire Kenan Malik, pourtant assez favorable au modèle républicain français. Selon ce dernier, l’Etat français userait d’un double standard moral, puisqu’il interdit le négationnisme historique, mais tolère les caricatures de Mahomet. Malik ne perçoit pas la différence qui existe entre se moquer d’une religion et le déni de la Shoah ou de l'esclavage. En France, on a le droit de tourner en ridicule toutes les croyances religieuses, sans exception, mais non pas d’attaquer les croyants en raison de leur foi, ni de propager la haine des minorités.

Certains musulmans se sentent insultés ? Mais depuis quand le fait de se sentir insulté confère-t-il une autorité ? L’Etat français protège plusieurs mosquées qui ont fait l’objet de menaces précises. Et le président du Conseil français du culte musulman Mohammed Moussaoui, a tenu à mettre les choses au point "les musulmans ne sont pas persécutés en France", a-t-il déclaré. 

Quand la presse américaine propage la vision d'un état français islamophobe

Réponse aux appels enflammés au boycott des produits français lancés par le président turc Erdogan qui prétend que "les musulmans, en France, sont exposés à une campagne de lynchage semblable à celles lancées contre les Juifs avant la Deuxième guerre mondiale." Au Pakistan, des manifestants pleins de haine ont brûlé des drapeaux français et des effigies d’Emmanuel Macron. 

L'une des rédactrices en chef du Washington Post, Karen Attiah, a tweeté que "le gouvernement français avait décidé de donner des numéros d'identification aux les enfants musulmans", ajoutant : "Voilà la nouvelle réalité de la France". Une invention de la ministre pakistanaise des droits de l'homme, Shireen Mazari, reprise sans vérification par l'une des responsables d'un des grands quotidiens américains...

Le racisme et la discrimination doivent être éradiqués. Mais les accusations d’islamophobie étatique ne sont pas seulement irresponsables – puisqu’elles sont utilisées pour justifier le terrorisme – elles brouillent aussi de manière dangereuse la distinction entre les musulmans français et les islamistes. Une confusion qui encourage d’un côté les Islamistes, de l’autre une extrême droite qui hait les musulmans.                  

Ulysse Pasquier, The Lies About France’s Alleged War on Islam, Areo

Un historien britannique admiratif de l'hommage républicain rendu à Daniel Cordier

Sur le site UnHerd, encore un pure player qui revendique un certain anticonformisme, l’historien britannique Dan Jackson confesse la très grande impression qu’ont faite sur lui les obsèques de Daniel Cordier dans la cour d’honneur des Invalides. 

Les tombes de Turenne, de Bugeaud, de Foch et de Leclerc sont là pour contredire le cliché, typiquement anglo-saxon, selon lequel l’histoire militaire française se réduirait à une série de défaites. La commémoration des actes héroïques de Daniel Cordier et de ses camarades de la Résistance doit nous rappeler le courage et le panache des militaires française, de Bir Hakeim à Monte Cassino, la prise de Karlsruhe et de Stuttgart par la première armée française. 

Récemment, en 1995, des soldats français, sous les ordres du général Lecointre ont chargé, baïonnettes au canon, pour dégager un pont, tenu par des Serbes en Bosnie. La France, presque seule en Europe, demeure une formidable puissance en Europe, fait observer Dan Jackson. Elle le doit à la bravoure de ses soldats.

Emmanuel Macron excelle dans la "grande liturgie républicaine", écrit-il. C’est un acteur dramatique. On dirait qu’il est né pour de tels moments. Il a bien fait de rappeler, dans son éloge posthume de Cordier, que ce dernier s’était battu pour défendre les Lumières contre la barbarie et l’obscurantisme et que, combattant et esthète, il avait toujours agi par amour : amour de la liberté qui justifie tous les risques, amour de la beauté, et amour de la vérité.

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