LE DIRECT
Sur le départ, Mario Draghi.

Que doit faire la BCE ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Les politiques non conventionnelles n'ont pas atteint leurs objectifs. Faut-il les intensifier ou les arrêter ?

Sur le départ, Mario Draghi.
Sur le départ, Mario Draghi. Crédits : Arne Dedert - Getty

Taux d'intérêt négatifs, bulle immobilière...

On n’a jamais connu ça dans le passé. Les taux d’intérêt demeurent durablement négatifs. Ils sont inférieurs à l’inflation, elle-même très faible. Ce qui veut dire que l’argent est devenu gratuit : on s’enrichit en s’endettant. Bonne nouvelle pour les emprunteurs, me direz-vous. Enfin les jeunes désirant s’installer vont pouvoir emprunter pour rien, tandis que leurs parents voient fondre leur épargne dans des assurances-vies à la rentabilité négative. 

Eh bien pas vraiment. Car l’envolée spectaculaire de certains marchés immobiliers s’explique largement par cette gratuité du crédit. Tandis que votre banquier vous répète : achetez votre appartement maintenant, je vous concède un crédit ridiculement faible, l’agent immobilier vous explique, lui, que les prix grimpent parce que vingt-cinq autres clients convoitent le même trois-pièces que vous… 

Bizarrement, les liquidités dont les banques centrales arrosent les économies ne vont pas vers les investissements, pas vraiment vers les marché d’actions. Non, c’est dans la pierre que s’investit tout cet argent. Et dans les dépenses courantes des Etats. Ceux-ci peuvent continuer à fonctionner à crédit, puisque, on vous le répète, le crédit est gratuit. Cette manne, dont ils sont les principaux bénéficiaires, a été conçue pour eux. Si Donald Trump a pu baisser les impôts tout en augmentant ses dépenses, c’est bien grâce au crédit gratuit. Mais il devrait se méfier : l’open bar américain commence pousser ses bons clients vers la sortie. La FED a remonté ses taux un point au-dessus de l’inflation. 

Aller plus loin dans les mesures "non conventionnelles", ou y mettre un terme ?

Mais cet écrasement des taux d’intérêt, qui fait partie des fameuses « mesures non conventionnelles » adoptées pour ranimer l’économie mondiale après la crise de 2008 ont-elles été efficaces ? Faut-il les maintenir ? Devant leurs effets décevants sur la croissance, faut-il en remettre une nouvelle couche ?

On s’attend à ce que, à l’issue de leur prochaine réunion, demain jeudi 12, les dirigeants de la BCE annoncent de nouvelles mesures, encore plus exceptionnelles. Mario Draghi, qui est sur le départ, l’a laissé entendre, cet été. La Banque centrale européenne pourrait baisser à nouveau ses taux. Et se lancer dans une nouvelle vague de rachats de dettes publiques. 

Lorsque Christine Lagarde, qui remplacera Draghi à Francfort le 1° novembre, annonce que la BCE a « à sa disposition toute une série d’outils et qu’elle est prête à s’en servir », on a du mal à suivre. Car toutes les munitions de la BCE auront déjà été tirées par son prédécesseur. Taux négatifs, rachat massif de dettes publiques, dépréciation de la monnaie… On a été au bout de tout ce qu’on pouvait de plus « non-conventionnel ». A moins d’envisager, comme le font certains provocateurs, de distribuer gratuitement de l’argent aux ménages et aux entreprises, dans l’espoir d’une relance de la relance par la relance… Le fameux « helicopter money », on voit mal comment aller plus loin dans le non-conventionnel. 

Tiraillements entre Européens à propos de ce que devrait faire la BCE.

Le problème de la BCE, explique Ashoka Modi, du FMI, c’est qu’elle n’est pas « une banque centrale normale ». Elle doit servir les intérêts d’Etats nombreux, qui n’ont pas forcément les mêmes problèmes. Cela explique pourquoi elle a été lente à se lancer dans les politiques « non conventionnelles » que la FED avait très vite adoptées aux Etats-Unis.

Les avis des économistes divergent sur ce que devrait faire la FED de part et d’autre du Rhin. En France et en Espagne, on se plaint d’une inflation trop faible et on agite périodiquement le spectre de la déflation. En Allemagne, aux Pays-Bas, on estime que ce risque n’existe pas. Et pour cause : l’inflation est de 0,6 % en France, mais de 1,5 % en Allemagne. Voilà pourquoi les Allemands jugent absolument inutile une réduction supplémentaire des taux d’intérêt. D’autant que leur population est vieillissante et voit fondre en banque la valeur de son patrimoine. 

Banques en situation périlleuse et entreprises zombies.

Une autre catégorie de décideurs commence à s’inquiéter. Ce sont les banquiers. A force de prêter pour rien, ils perdent de l’argent. Leurs profits plongent. Une nouvelle baisse des taux risque de faire plonger les banques.

Autre défaut du système du crédit gratuit : il y aurait un fort pourcentage "d’_entreprises zombie_s" en particulier en Italie. Non rentables, elles perdent de l’argent, mais leurs patrons les maintiennent en survie en empruntant de quoi tenir encore un mois, puis encore un mois… Il pourrait bien y en avoir aussi un certain nombre en France aussi.

Un jour ou l’autre, par exemple à la suite des élections présidentielles américaines, la FED va remonter ses taux. Pour éviter que les capitaux européens prennent le chemin des Etats-Unis, la BCE sera bien obligée de suivre le mouvement. Ce jour-là, les Etats et particuliers surendettés se trouveront dans de sales draps

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......