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Quelle stratégie pour les médias, face aux tentative d'instrumentalisation ?

6 min
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Aux yeux d'une grande partie du public, les médias apparaissent comme faisant partie de "l'establishment" et partageant le même agenda idéologique et politique que lui.

Donald Trump a déclaré : « Je suis en guerre contre les médias ». C’est une situation inédite dans une démocratie. Comment les médias américains réagissent-ils à cette déclaration ?

Barack Obama aussi, dans son bras-de-fer avec Fox News, avait un moment, en 2009, boycotté la chaîne conservatrice. Trump, lui, se permet de refuser les questions de l’envoyé de CNN à la Maison blanche au motif qu’il n’aime pas la façon dont elle a témoigné en images de sa cérémonie d’investiture. La campagne présidentielle a été d’une rare violence. Les accusations ont volé bas. Et les médias « légitimes » ont opté dans leur immense majorité pour Hillary Clinton. Mais justement, Trump semble persuadé que leur hostilité à son égard l’a servi et peut le servir encore. Il pense donc avoir intérêt à alimenter cette guerre en provoquant sans cesse les médias.

Quelle doit-être la bonne réponse à cette campagne de harcèlement ? Comment éviter d’être instrumentalisé – y compris comme bouc-émissaire ?

D’abord un brin d’histoire. Comme le rappelle la revue conservatrice The National Interest, la plupart des présidences ont entretenu des relations conflictuelles avec les journaux. Ce n’est donc pas une nouveauté : c’est une tradition qui remonte à Thomas Jefferson lui-même. Le 3° président des Etats-Unis se plaignait déjà de la vulgarité et de la fausseté des journalistes. Or cette suspicion mutuelle, estime The National Interest, fait partie de l’esprit même des institutions américaines. Elle est en quelque sorte organisée par le Premier Amendement. Elle contribue à l’équilibre des pouvoirs en limitant utilement ceux du président.

En outre, le retour à des rapports conflictuels mettra un terme à une dérive qui a eu lieu sous les administrations Clinton et George W. Bush. Sous ces deux présidents, on a vu beaucoup trop de spécialistes du verbe passer des grands médias à la rédaction des discours présidentiels – et réciproquement. Ce rapprochement entre le personnel de l’exécutif et celui des grands médias est jugé « incestueux » par le National Interest. Il relève que les correspondants de presse accrédités auprès de la Maison blanche s’étaient « habitués à être proches du pouvoir ».

« Pendant trop longtemps, les journalistes et les décideurs politiques à Washington ont eu la même provenance sociale et ont eu trop de choses en commun, sur le plan culturel et idéologique. » Avec Trump, les choses vont changer. Il s’est fait élire en combattant non seulement le système bipartisan, mais l’établissement politico-médiatique, poursuit The National Interest. « Il exploite la répulsion que des millions d’Américains éprouvent à être informés par des gens qui ne leur ressemblent absolument pas. » bref, il joue de la méfiance du public envers les médias, afin d’apparaître comme le défenseur de la plèbe contre l’élite.

Comment éviter que des mensonges flagrants, montés par des communicants pour le compte des leaders du genre de Trump ne parviennent à provoquer les diversions qu’ils espèrent ? Et à détourner l’attention des sujets « sérieux » ?

C’est l’une des questions auxquelles tente de répondre, dans le magazine britannique Prospect de ce mois, la journaliste Jessica Abrahams. Que des politiciens tournent le récit des faits en leur avantage en trichant avec la vérité, nous y sommes habitués, écrit-elle. Et la fonction des médias a toujours été de rétablir la vérité, en la dégageant des « arrangements ». Mais « le défi de l’âge de Trump, c’est qu’une part significative du public semble accorder sa préférence au monde des puissants mensonges au détriment de celui des médias d’information. » Trump l’a compris et il se joue du « fossé qui s’est créé entre les médias et le public ». Il ne cesse d’accuser les journalistes d’être des « faussaires ». Comment combler ce fossé ? Jessica Abrahams propose 5 pistes.

D’abord en étant tout simplement compétents. Et par exemple, en arrivant aux conférences de presse en possession des données de base, de chiffres vérifiés, afin de savoir à partir de quand un politicien nous ment. Et lorsque tel est le cas, le faire immédiatement savoir par des objections bien senties. Ensuite, en s’efforçant à la plus grande précision possible. Trop d’entre nous, dit-elle, ont pris leur propre liberté avec les faits dans le but d’étonner, d’amuser, d’attirer l’attention. C’est aussi que nous sommes soumis à la concurrence des sites d’infotainment en ligne. Mais « les médias vont continuer à perdre du terrain s’ils ne parviennent pas à se distinguer de leurs rivaux. »

Troisièmement, « Nous devons être conscients de nos propres partis pris. Car chacun sait que les faits ne sont pas neutres. Il faut discriminer entre eux en fonction de leur importance relative, et non pas en fonction d’un agenda politique qui aurait notre sympathie. Cesser aussi de mêler à la relation des faits nos jugements de valeur. Distinguer l’information du commentaire.

Quatrièmement, veiller au pluralisme de l’information ; améliorer la diversité d’opinion. Ne pas donner au public l’impression que les médias se comportent comme les porte-voix de certaines options idéologiques. Il y a des façons de rendre compte des événements qui comportent des jugements de valeur implicites ; des distributions de blâmes et d’éloges. Trop de journalistes ont raté leur vocation : ils se seraient bien vus en curés ou en pasteurs et sont devenus, par défaut, donneurs de leçons et directeurs de conscience.

Et enfin, ne pas apparaître, aux yeux du public comme faisant partie de « l’establishment ». Eviter toute connivence avec le milieu politique. Car les nouveaux leaders, ces dirigeants à la Trump, se font adouber du public en jouant du « sentiment anti-establishment, très fort désormais dans certaines parties de la population. »

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