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Qu'est-ce que l'AFD ?

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Comment un parti bourgeois, créé pour protester contre le renflouement de la dette grecque avec les économies des Allemands, est devenu un mouvement populiste et xénophobe.

L’Allemagne, qu’on croyait un pôle de stabilité en Europe, connaît une véritable crise politique : Angela Merkel ne parvient pas à susciter une coalition majoritaire au Bundestag. Et l’irruption d’un nouveau parti, populiste et xénophobe, témoigne d’un malaise. Mais qu’est-ce que l’AFD, l’Alternativ Für Deutschland ?

On en sait plus sur ce parti et son électorat grâce au livre d’une journaliste du Spiegel Melanie Amann, Angst Für Deutschland : Die Wahrheit über die AFD, Peur pour l’Allemagne : la vérité sur l’AFD, qui est un best-seller sur place. Pour elle, le moteur de l’AFD est clair : c’est l’angoisse. « Jamais, écrit-elle, on a vu la peur augmenter si rapidement en une seule année que durant 2016 ». Et cette peur est « née de l’arrivée des étrangers ». 

Un parti bourgeois libéral reconverti en mouvement populiste et xénophobe

L’AFD, créée en 2013, végétait dans les sondages et n’était même pas parvenue à entrer au Bundestag aux élections de 2013. C’est la crise des migrants, qui a connu son point culminant lors de l’été 2015, mais qui s’est poursuivie en 2016, qui a provoqué à la fois un tournant politique au sein de l’AFD et son décollage dans l’opinion. Ensuite, l’AFD a surfé sur les attentats terroristes. Lors de l’attaque contre le marché de Noël de Berlin, l’an dernier, l’un des dirigeants de ce parti a tweeté « Ces morts sont ceux de Merkel ». 

Le monde politique en Allemagne, plutôt respectueux et policé, n’est pas habitué à de tels excès de langage. Mais ce type de transgression des usages contribue au succès de l’AFD. C’est le sens de ce qu’écrit l’économiste Sabine Beppler-Spahl, sur le site Spiked. La politique de Merkel est ressentie comme purement technocratique. Beaucoup accusent l’inamovible chancelière d’avoir contribué à la paralysie du système, dont elle est à présent victime elle-même.

Je parlais de tournant politique, car, à l’origine, l’AFD n’était pas un parti populiste, mais au contraire, un « parti de professeurs », comme on disait. Et l’immigration n’était pas son sujet. L’AFD a été créée en 2013, par des professeurs de droit public, de finances publiques et d’économie, comme Bernd Lucke. Il s’agissait alors de protester contre les plans successifs de renflouement de la Grèce, qui mettaient à contribution les finances allemandes. Les traités européens, proclamaient les fondateurs de l’Alternativ Für Deutschland, interdisent ce type de transferts financiers entre Etats. Or, Angela Merkel les a autorisés, au nom du sauvetage de la zone euro. « Il n’y a pas d’alternative », avait déclaré la chancelière, comme autrefois Margaret Thatcher. 

C’est pour protester contre cet ukaze que le nouveau parti s’est appelé Alternative pour l’Allemagne. On sait combien les Allemands sont attachés au respect des normes juridiques. Bernd Lucke, professeur de macroéconomie à l’Université de Hambourg, élu député européen en 2014, a claqué la porte du parti, l’année suivante. Mais aujourd’hui encore, figurent parmi les dirigeants de premier plan de l’AFD des économistes qualifiés, comme Alice Weidel. Cette ancienne cadre dirigeante de Goldman-Sachs, établie en Suisse, qui vit une relation homosexuelle notoire avec une cinéaste sri-lankaise (elles ont adopté deux enfants), incarne cette « première génération de l’AFD », issue de milieux bourgeois et prônant un libéralisme sans complexes. L’AFD première mouture a construit sa percée dans l’opinion publique allemande en attaquant l’euro. Elle présentait la monnaie unique européenne comme le moyen inventé par les « Etats-cigales » du Sud pour détourner à leur profit l’épargne des « Etats-fourmis ». 

Mais, comme le fait remarquer l’historien britannique Timothy Garton Ash, dans la New York Review of Books, si le tournant xénophobe de l’AFD a progressivement aligné ce parti sur ses homologues populistes européens, il ne faut pas perdre de vue sa spécificité. Je cite : « La forte présence d’une bourgeoisie bien éduquée distingue le populisme allemand des autres populismes. » Et cela se voit dans les résultats électoraux : selon la Fondation Bertelsman, l’AFD a obtenu 20 % des voix des « classes moyennes bourgeoises ». On est loin de l’électorat de Donald Trump (le « rust belt »), de celui du Leave au Brexit (la classe ouvrière en déshérence), ou de Marine Le Pen…

Comment l’AFD est-elle passée de « parti de professeurs » à « parti anti-establishment » ?

L’un des idéologues de l’AFD, l’éditeur Götz Kubitschek donne la recette avec cynisme : « l’hostilité envers l’euro, dit-il, c’est le thème conducteur qui nous a permis d’avancer nos autres problématiques : l’identité, la résistance, la critique idéologique. C’est ainsi que l’AFD a fait un score très important dans l’ancienne Allemagne de l’Est. Dans les « nouveaux Länder », le parti populiste arrive en 2° position, derrière la CDU, avec 21,5 % des suffrages contre 10,6 seulement dans l’ancienne Allemagne fédérale. 

Klaus-Peter Sick, sur le site Telos, explique : « _dans les nouveaux Länder, l’AFD a remplacé le parti situé plus à gauche que les sociaux-démocrates, le Linkspartei, en tant que parti de ceux qui souhaitent d’abord protester. Protester contre la politique d’accueil des réfugiés depuis 2015, certes, mais afficher aussi l_eur sentiment de frustration face au manque d’opportunités qui les frappe depuis 1989 – tant en termes professionnel que d’épanouissement personnel. »

   hka Fis(���?

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