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Face à la polémique autour du retard de la campagne de vaccination, les Etats membres qui ont retardé la prise de décision accusent désormais l'Union européenne des lenteurs qu'ils ont eux-mêmes causées

Lenteur des campagnes de vaccination en Europe : qui est responsable ?

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La décision de passer commande collectivement, au niveau de l'Union européenne, a permis de faire baisser le prix des vaccins contre le Covid-19. Mais la lenteur du processus de décision a engendré la pénurie qui se profile. Et une pluie de critiques sur la "rigidité institutionnelle" de l'Union...

Face à la polémique autour du retard de la campagne de vaccination, les Etats membres qui ont retardé la prise de décision accusent désormais l'Union européenne des lenteurs qu'ils ont eux-mêmes causées
Face à la polémique autour du retard de la campagne de vaccination, les Etats membres qui ont retardé la prise de décision accusent désormais l'Union européenne des lenteurs qu'ils ont eux-mêmes causées Crédits : Pavlo Gonchar/SOPA Images/LightRocket - Getty

L’économiste allemand Hans-Werner Sinn vient de publier, sur le site Project Syndicate, un article qui risque de faire du bruit. Il y met en cause les responsabilités de l’Union européenne dans les extraordinaires lenteurs prises, dans les Etats membres, par la campagne de vaccination contre le Covid-19. Les comparaisons internationales sont, en effet, désastreuses pour la crédibilité de l'Union européenne en matière de politique sanitaire.

Où est passée "l’Europe qui protège" ?

Nous savons qu’en Israël, deux millions de personnes, un habitant sur quatre est déjà immunisé. Aux Etats-Unis, où on avait déjà vacciné dix millions d’Américains il y a une semaine, Joe Biden s’est engagé à vacciner cent millions de personnes durant les cent premiers jours de son mandat. Plus humiliant encore, la Grande-Bretagne, qui n’a pas eu à attendre le feu vert de l’Agence européenne de médicaments et qui avait passé ses propres commandes auprès des laboratoires, a déjà vacciné quatre millions et demi de Britanniques. Bien davantage que n’importe quel autre pays européen. 

Où est "l’Europe qui protège" face à une épidémie qui est en train de décimer nos populations vieillissantes et d’asphyxier nos économies pour cause de confinement ?

Six Etats membres, la Suède, le Danemark, la Finlande et les trois Etats baltes viennent de faire savoir à Bruxelles qu’ils "trouvaient la situation inacceptable". Et en effet, Pfizer confirme qu’il va devoir retarder les livraisons de doses de vaccin en provenance de son unité de production située à Puurs, en Belgique. Les pays qui avaient pris de l’avance, comme l’Allemagne et surtout l’Italie, se retrouvent déjà en manque de stocks.

Le PDG de l’entreprise américaine Moderna, une société américaine, située dans le Massachusetts, le Français Stéphane Bancel, a accusé à demi-mots la Commission européenne d’avoir favorisé la firme Pfizer/BioNTech, dans la mesure où BioTNtech est une entreprise allemande, et donc européenne. Elle aurait commandé trop peu de doses chez Moderna, par protectionnisme. 

La "rigidité institutionnelle" de l'UE encore fautive ?

Les Etats membres qui ont retardé la prise de décision accusent l'UE des lenteurs qu'ils ont eux-mêmes causées. "L’UE n’est pas coupable de protectionnisme, mais de rigidité institutionnelle", réplique Hans-Werner Sinn. "Loin d’avoir commandé une quantité insuffisante du vaccin « américain », elle s’est croisée les bras pendant que les USA et d’autres pays constituaient des stocks de doses d’un vaccin créé et produit par un laboratoire allemand." Les lenteurs dans le processus de décision européen sont de la responsabilité de certains Etats membres. "Certains pays ont hésité devant le prix du vaccin à ARN. D’autres étaient sceptiques quant à son principe même. Et d’autres, croyant que la pandémie était passée, n’ont pas reconnu l’urgence de la situation." écrit encore Hans-Werner Sinn. Comme à l’accoutumée, ce sont les Etats membres qui retardent les prises de décision collective qui viennent ensuite se plaindre des lenteurs de la machine bruxelloise, afin de se dédouaner devant leur opinion publique…

La force du collectif : un atout commercial mais un retard dans la prise de décision

Le principe défendu par la Commission a été résumé en une phrase par Thierry Breton, commissaire européen à la politique industrielle : " le choix du collectif nous confère une force de frappe gigantesque. " 

Et il est exact que, dans une négociation sur les prix, les dimensions du marché européen constituent un formidable atout. On saura un jour combien de milliards d’euros ont pu être économisés en passant commande à 27 plutôt que un par un. En outre, les Européens ont ainsi évité les problèmes politiques que n’auraient pas manqué de créer une mise en concurrence de chacun de nos pays pour l’obtention des fameux vaccins. 

Quelle qu’en soit la raison, le grave retard dans la fourniture de vaccins en Europe est avéré. Alors qu’en juillet et en août dernier, les USA, le Royaume-Uni, le Japon et le Canada se bousculaient pour commander d’énormes quantités du vaccin de BioNTech, l’UE n’a d’abord passé ses commandes qu’auprès de Sanofi (société française) et d’AstraZeneca (suèdo-britannique), qui toutes deux, ont reconnu par la suite connaître des difficultés lors des essais cliniques. Hans-Werner Sinn

Ce n’est qu’en novembre que l’Union européenne s’est décidée à passer enfin commande chez BioNTech et en décembre, auprès de Moderna. Et c’est le retard pris dans ces commandes qui explique les retards constatés à présent dans les livraisons.

Le spectre d'une "débâcle vaccinale" ?

Qu’aurait-il fallu faire alors pour éviter "la débâcle vaccinale" que Hans-Werner Sinn prévoit, pour l’Europe ? Diversifier ses commandes auprès des différents laboratoires en concurrence pour la découverte du vaccin et se décider plus tôt. Acheter suffisamment de doses pour couvrir l’équivalent des deux tiers de la population européenne auprès de chacun des six producteurs avec lesquels la Commission était en discussion, cet été. Certes, comme finalement, deux, voire trois vaccins, vont se révéler efficaces, l’UE se serait certes retrouvée avec un surplus de doses. 

Mais justement, les pays en développement du Sud, ceux du continent africain, en particulier, voient arriver avec angoisse le variant sud-africain du Covid-19, alors qu’ils manquent désespérément d’argent pour se procurer l’un des vaccins... L’Europe aurait eu là une bonne occasion de faire preuve de solidarité. 

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