LE DIRECT

Reform conservatives et Crunchy conservatives : tendances

6 min
À retrouver dans l'émission

Le parti républicain américain est à la recherche d'idéologies nouvelles.

Que reste-t-il du conservatisme américain ? Son axe central, cet alliage entre conservateurs traditionnels et libertariens, ce fusionnisme théorisé par la National Review, a volé en éclats. Or, c’est le cocktail qui avait permis au parti républicain de dominer la scène politique durant les années 80 avec Reagan. Sur quoi était bâti le « fusionnisme » ? Reportons-nous à ce qu’en disait il y a quelques temps le site libertarien Cato Institute. Avec les conservateurs, nous avons en commun, disaient les gens du Cato, la volonté de défendre la liberté individuelle, nous prônons un gouvernement limité et des marchés libres. Nous sommes donc des « alliés naturels ».

Mais lors d’un débat, organisé en 2015 par Cato avec des représentants du think tank conservateur Heritage Foundation, on voyait déjà les limites de cette alliance apparaître. En politique étrangère et de sécurité, les divergences étaient nettes. Les libertariens ont vigoureusement dénoncé le Patriot Act de George W Bush, alors que les conservateurs estiment que la sécurité intérieure peut justifier un renforcement de la surveillance policière et des mesures exceptionnelles. Sur l’immigration, il y avait aussi des désaccords profonds : les libertariens sont pour la liberté de circulation et d’installation ; les conservateurs veulent préserver le caractère « purement américain » de leur nation. Les libertariens sont favorables à la dépénalisation de la consommation et de la vente des drogues. Ils s’opposent aux restrictions mises au choix de son mode de vie par chacun, pour autant que ce dernier demeure sans effet sur autrui. Les conservateurs ne partagent pas du tout ce libéralisme moral. Idem, sur la question du mariage, que les conservateurs veulent renforcer dans l’intérêt des enfants, alors que les libertariens refusent qu’on cherche à imposer les mœurs majoritaires. Autre différence de taille : les conservateurs veulent renflouer les communautés religieuses, au nom de la cohésion de la société, alors que les libertariens sont normalement athées et hostiles aux religions.

Ce fusionnisme, menacé, avait déjà vécu à l’époque de la présidence George W. Bush. Ce dernier préférait faire référence au « conservatisme compassionnel », qui fut aussi revendiqué plus tard par David Cameron au Royaume-Uni. Une idéologie résumée ainsi par un des auteurs des discours de l’ancien président républicain, Michael Gerson : « le conservatisme compassionnel est une théorie selon laquelle le gouvernement doit encourager la fourniture effective de services sociaux, sans les assurer lui-même. » D’inspiration chrétienne, c’est une doctrine qui encourage les associations à prendre en charge les problèmes sociaux, dans la mesure où on estime que l’Etat n’en a plus les moyens et que, de toute façon, il le fait mal…

Ces dernières années, est apparue une nouvelle tendance : le Reform conservatism. Les « reformcons » ont acquis une certaine influence au sein du parti républicain. C’est Marco Rubio qui portait leurs couleurs au cours de la primaire républicaine. Ils ont très mal pris la victoire de Trump.

Tout est parti d’un essai publié en 2008 par Ross Douthat (du New York Times) et Reihan Salam (de la National Review) intitulé Grand New Party. Ces jeunes essayistes estimaient que le parti républicain conservait un programme destiné à satisfaire les riches, alors que les ouvriers pesaient d’un poids de plus en plus déterminant dans son électorat. Son programme était obsolète : il datait des années Reagan. Les cols-bleus n’avaient rien à faire des réductions d’impôts, de la promotion du libre-échange, des dérégulations ou de la promesse de faire fondre le Léviathan fédéral.

Ils appelaient à prendre en considération les inquiétudes spécifiques de ces nouveaux électeurs : anxiété raciale, stagnation des salaires, multiplication des divorces et fragilisation des familles, ravages de la drogue et du suicide parmi les blancs pauvres, bourbiers dans lesquels les Etats-Unis se sont empêtrés en Iraq et Afghanistan…. Ils recommandaient deux directions : en politique étrangère, un conservatisme d’intérêt national et la fin de l’interventionnisme libéral prôné par les néoconservateurs, en politique intérieure, la solidarité nationale par un renforcement des programmes sociaux, ainsi que des allègements d’impôts pour les familles. Enfin, ils préconisaient une politique de l’immigration visant à attirer les qualifications.

La défaite de Marco Rubio a été celle de ces reformcons. Mais ils comptent encore de nombreux partisans au Congrès. C’est pourquoi, ses promoteurs misent sur l’échec de Trump.

Signalons aussi les crunchy conservatives, ou conservateurs croustillants. Plus anecdotique. Ils tirent leur inspiration d’un livre publié en 2005 par Rod Dreher, éditorialiste à The American Conservative. Il s’agit d’une tentative paradoxale de s’inspirer de la contre-culture et de l’écologie dans le but de renouer avec l’Amérique des Pères fondateurs. Ses adeptes prônent le retour à une vie frugale, à l’éducation des enfants dans le cadre familial, afin de les faire échapper à l’endoctrinement par l’école publique. Ils ont un certain écho au sein du parti républicain. L’un des candidats aux primaires républicaines de l’an dernier, Rand Paul, libertarien, s’en réclame explicitement. Il se vante, en tant que « crunchy conservateur », de produire son propre compost, de faire du vélo et du kayak. Ne manque plus que le tippie dans le jardin et le port de la barbe. Quand des conservateurs proches du Tea party se prennent pour des hippies….

L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......