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Le professeur de criminologie de l'Université de Wilmington (Caroline du nord) Mike Adams

Suicide du professeur Mike Adams, victime de la montée de l'intolérance sur les campus américains

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Professeur à l'Université de Wilmington en Caroline du Nord, mais aussi polémiste assumé, harcelé et menacé sur les réseaux sociaux en raison de son ironie mordante très "politically incorrect", Mike Adams s'est suicidé en juillet dernier. Victime de la cancel culture qui déchire les Etats-Unis ?

Le professeur de criminologie de l'Université de Wilmington (Caroline du nord) Mike Adams
Le professeur de criminologie de l'Université de Wilmington (Caroline du nord) Mike Adams Crédits : University of North Carolina Wilmington

Greg Lukianoff, déjà évoqué ici,est le co-auteur, avec le psychologue Jonathan Haidt, de The Coddling of the American Mind [traduction approximative : Le dorlotage intellectuel des jeunes Américains] qui met en question l’hyper-sensibilité des récentes générations d’étudiants, et la rend responsable de leur passion d’interdire et de censurer. Ce qu’on appelle désormais la cancel culture

Mais Greg Lukianoff est aussi le responsable d’un site consacré aux libertés universitaires, FIRE pour Foundation on Individual Rights in Education. Et il y posté récemment un article important puisqu’il s’agit à la fois de liberté d’expression et du suicide d’un professeur

Qui était Mike Adams, professeur de criminologie, qui s'est donné la mort le 23 juillet dernier ?

"Mike Adams était un provocateur. Je ne partageais pas ses idées politiques mais il était mon ami" écrit Greg Lukianoff. David French, qui a été son avocat et son ami également, revient sur le parcours de l'enseignant dans un article. Né en 1964, Mike Adams avait été recruté comme professeur de criminologie par l’université de Caroline du Nord à Wilmington en 1993. A l’époque, il était athée et de gauche. Il s’est converti au christianisme après avoir fait la connaissance d’un condamné à mort. Cette conversion a provoqué son adhésion aux thèses conservatrices, notamment sur la question de l’avortement. Et il est devenu un polémiste redouté pour son ironie mordante.

C’est manifestement la raison qui lui a valu le refus, en 2006, de son département de lui accorder la tenure qui garantit une position définitive dans les universités. Car ses appréciations étaient excellentes. Mais Mike Adams était un "joyeux guerrier", selon son avocat et ami. Il a décidé de se battre sur le plan juridique pour faire reconnaître ses droits. 

Le premier amendement, ont-ils plaidé, reconnaît à n’importe quel citoyen américain – même s’il s’agit d’un enseignant – de publier ses opinions sans être sanctionné pour ce fait dans le déroulement de sa carrière. Après sept années de procès, d’appels et de contre-appels, Adams et son avocat French ont gagné. Et, comme le fait remarquer ce dernier, "en renversant le premier jugement, la Cour d’appel de Virginie a créé un précédent vital, qui protège les libertés universitaires. Elle a sauvé la carrière de Mike. Elle continue à sauver des carrières aujourd’hui". 

Tweets provocateurs, menaces, éviction : le scénario fatal

Tant qu’il a limité ses tribunes à la presse conservatrice, Mike Adams a pu continuer à exercer ses fonctions de professeur de criminologie. Mais les choses se sont gâtées lorsqu’il a commencé à utiliser Twitter pour se moquer de ce qui l’énervait. Hostile au confinement, il a tweeté le 28 mai : "Ne fermez pas les universités. Ou alors fermez les départements non essentiels, comme les études féministes." 

Mais enfin, plaide Lukianoff, ce genre de mouche du coche, de provocateur, est une tradition de la culture et surtout de la contre-culture américaine. Et il se souvient d’avoir conseillé à son ami Mike Adams la lecture du livre de Lenny Bruce, Comment parler vulgairement. "On pensait à l’époque, poursuit Lukianoff, que les provocateurs, les comédiens et les commentateurs gonflés contribuaient à rendre la société moins auto-complaisante, moins sûre d’elle et même, oui, moins partisane." Il y a quinze ans, les humoristes à la Bill Maher, qui animait son propre show, Politically Incorrect, pouvaient se permettre toutes les audaces. 

L'Amérique en pleine guerre culturelle ?

Cet été, il a fallu que Mike Adams blague sur Tweeter à propos du confinement, en interpellant le gouverneur de Caroline du Nord d’une formule de negro spiritual connue, "Let my people go", pour qu’aussitôt, des listes se forment pour exiger son éviction de son université. Sur les réseaux sociaux et sur son portable, les menaces devenaient plus violentes. L’université qui savait d’expérience que l’homme ne se laissait pas faire, avait payé très cher sa mise à la retraite anticipée, à 55 ans. Mais il n’a pas supporté d’être désigné à la fureur publique comme raciste et misogyne. 

"Moi-même, j’ai été bien près de me tuer", révèle Lukianof. C’était en 2007, pris dans les tourments de la guerre culturelle qui déchire l’Amérique. Si vous n’avez jamais été pris entre les feux croisés du pire de la gauche idéologique et du pire de la droite idéologique, vous ne pouvez pas comprendre, conclut le fondateur de FIRE. "J’ai vu des professeurs et des étudiants qui avaient été des amis se traiter soudain comme s’ils avaient été métamorphosés en monstres d’immoralité." Du jour au lendemain, vous devenez un objet de mépris. Et cela engendre de la paranoïa.

Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une sorte de totalitarisme qui exècre la liberté de parole et punit les gens s’ils révèlent leurs véritables personnalités. C’est pourquoi, sur les réseaux sociaux, les gens se surveillent et se comportent comme des acteurs.                      
Bret Easton Ellis, White

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