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Taïwan : une dangereuse fenêtre d'opportunité politique pour soumettre l'île rebelle

5 min
À retrouver dans l'émission

Avant 2020. C'est le calcul risqué de certains experts à Pékin....

Pendant 40 ans, les relations entre la Chine populaire et la République de Chine – autrement dit Taïwan – ont été gelées, sous la garantie américaine. Qu’est-ce qui a changé ?

D’abord, la Chine est en train de développer une énorme puissance militaire maritime. En un très petit nombre d’années, elle s’est dotée de la deuxième flotte du monde par son tonnage, et de la première en effectifs. Près de 500 navires de guerre et de 250 000 hommes. Ensuite, l’époque où Deng Xiaoping conseillait au pays d’accumuler ses forces, mais de ne pas les montrer et d’attendre son heure est passée. Xi Jinping pense que le moment est venu, pour l’Empire du Milieu, de se montrer assertif

De l’autre côté, les Américains n’ont cessé de se désengager de la plupart des conflits où ils s’étaient embourbés. Le « pivot vers l’Asie », qu’avait invoqué Obama pour justifier ces retraits, a tardé à se concrétiser. Et Trump est franchement isolationniste. America First ! Voilà pour la tendance. 

Mais surtout, il y a la conjoncture. D’un côté, la Chine est en train de connaître un sérieux ralentissement de sa fameuse turbo-croissance. Ce genre de situation est propice aux aventures extérieures. En provoquant un conflit extérieur, on soude une population autour de slogans nationalistes ; on lui fait oublier la dureté des temps… Xi Jinping, tout récemment, a multiplié les avertissements belliqueux envers Taïwan. En janvier encore, il a averti qu’il n’écartait aucun moyen de réunifier l’île de Taïwan à la Chine continentale, y compris les moyens militaires. Il a envoyé son porte-avions le Liaoning, croiser au large de l’île à titre d’avertissement. 

Dans Foreign Affairs, Peter Gries et Tao Wang, deux universitaires britanniques sonnent l’alarme. La perspective d’une confrontation militaire pour Taïwan a considérablement augmenté, ces derniers mois, écrivent-ils. Pour des raisons électorales. A Taïwan, la présidente Tsai Ing-wen a déçu l’aile dure de son électorat. Celui qui espérait qu’elle déclare franchement l’indépendance de Taïwan. Du coup, la popularité de son parti, le Parti démocratique progressiste, est en baisse. Et le Kuomintang, le parti nationaliste, beaucoup plus favorable à une entente avec Pékin, pourrait bien gagner les élections sur l’île, prévue en 2020. Mais justement, l’élection d’un président plus complaisant envers la Chine continentale priverait Pékin d’un prétexte à attaquer l’île rebelle

Même calcul en ce qui concerne les élections américaines. Xi Jinping aurait été impressionné par l’absence notable de réaction occidentale à l’annexion de la Crimée par la Russie. Mai si Trump perd la présidence, il sera  remplacé par un candidat beaucoup moins isolationniste. Quelqu’un qui serait capable d’opposer la force des Etats-Unis à une tentative d’invasion de son allié taïwanais. 

Ces calculs sont dangereux, prévient Minxin Pei, un universitaire spécialiste du sujet. « En tant que protecteur en dernier ressort de l’indépendance de facto de Taïwan, les Etats-Unis ont déjà pris des mesures pour porter le message qu’ils ne sauraient assister passivement à la mise au pas de Taïwan par l’intimidation. » Le Congrès a passé en février 2018 le Taiwan Travel Act, qui incite les autorités officielles américaines et taïwanaises à multiplier les rencontres. Et cinq sénateurs républicains viennent d’écrire une lettre à la présidente de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, pour lui suggérer d’inviter la présidente de Taïwan, à venir s’adresser au Congrès, à Washington. Histoire de réaffirmer le soutien américain à Taïwan. C’est un message très clair. Il a été reçu avec exaspération à Pékin. La Chine populaire pourrait très facilement décréter le blocus de l’île. 

Mais Taïwan, qui a sans doute quelque peu négligé ses forces armées, ces dernières années, dispose d’un moyen de pression puissant sur Pékin : l’intégration des entreprises d’électronique et du numérique, des deux côtés du détroit de Taïwan est très poussée. En cas de montée des tensions entre les deux Chines, nombre de ces entreprises opteraient pour une installation complète à Taïwan, afin d’échapper aux droits de douane, infligés par Trump à la Chine populaire. 

Cela n’empêche pas Wendell Minnick, dans The National Interest, d’analyser en détail les forces en présence et les chances qu’aurait l’armée taïwanaise de résister victorieusement à une invasion militaire. Certes, les forces chinoises sont très supérieures à celles de Taïwan, conclut-il. Mais celle-ci dispose d’armes de défense très sophistiquées, basées notamment sur une batterie de missiles de croisière anti-navires, récemment modernisé, et de missiles sol-air jugés performants. La conquête de l’île rebelle pourrait s’avérer très coûteuse pour la Chine. Et pas seulement en termes d’image. 

Mais qu’on en soit à évoquer ce genre de perspective fait froid dans le dos. Car dans le cas où on en arriverait là entre les deux Chines, la probabilité de voir s’impliquer les Américains, voire les Japonais, soutiens de l’indépendance de Taïwan, est grande. Dans l’intérêt de la paix du monde et de la coexistence pacifique entre les deux plus grandes puissances militaires de notre temps, il faut souhaiter que les relations entre la Chine et Taïwan demeurent sereines.

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