LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Politique extérieure américaine, et maintenant ?
Épisode 4 :

Trump, un logiciel obsolète ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Quand il s'agit de dresser le bilan de la politique étrangère et de défense menée par Donald Trump, tout ce que les Etats-Unis comptent d'analystes y vont de leur tribune et de leurs prédictions. Même Hillary Clinton. Que pense la candidate démocrate de 2016 du bilan de son victorieux adversaire ?

 Le logiciel de Donald Trump en matière de politique étrangère est-il dépassé et inadapté comme le pense Hillary Clinton ? Ou au contraire destiné à influencer durablement la politique étrangère américaine ?
Le logiciel de Donald Trump en matière de politique étrangère est-il dépassé et inadapté comme le pense Hillary Clinton ? Ou au contraire destiné à influencer durablement la politique étrangère américaine ? Crédits : Cavan Images - Getty

La revue américaine Foreign Affairs publie dans son dernier numéro une série d’études qui cherchent à identifier le tournant que Donald Trump a fait prendre à la politique étrangère américaine. Parmi les analystes prestigieux qui se sont livré à l'exercice du bilan de cette politique, comme de ses perspectives, Hillary Clinton elle-même a pris la plume. Que pense la candidate démocrate de 2006 du bilan de son victorieux adversaire ?

Une administration en retard... d'une guerre froide

L’angle d’attaque choisi par l’ancienne Secrétaire d’Etat de Barack Obama peut se résumer en trois idées fortes : primo, l’administration Trump est en retard d’une guerre. Elle a plaqué sur l’antagonisme sino-américain des schémas de pensée inopérants, car datant de la guerre froide. Or, si la Chine est bien dirigée par un parti communiste, comme l’ancienne Union soviétique, les deux défis n’ont rien à voir. 

Deuxio, Trump a sacrifié l’outil diplomatique américain au budget du Pentagone. Or, la force des Etats-Unis, face à la Chine et la Russie, tenait aux systèmes d’alliances patiemment tissés par ses prédécesseurs. 

Enfin, dans le domaine décisif de la Défense, les dépenses ont été programmées de manière chaotique et ne permettront pas de répondre aux défis qui se profilent. Bref, Trump est outdated, dépassé et inadapté.

Des menaces nouvelles sous-estimées

Détaillons. D’abord, l’esquisse d’une auto-critique : les Démocrates, admet Hillary Clinton, auraient sans doute dû montrer moins d’enthousiasme pour les accords de libre-échange qui ont, en effet, coûté pas mal d’emplois industriels aux Etats-Unis. Mais traditionnellement, les Républicains n’étaient-ils pas eux-mêmes favorables à la libéralisation des échanges ? Puis, les critiques formulées par l’ancienne Secrétaire d’Etat de Barack Obama s’accumulent et leur niveau de gravité s’intensifie.

L’administration Trump a dépensé des sommes astronomiques pour lutter contre le bioterrorisme, mais elle n’a pas imaginé qu’un seul voyageur, revenant de Chine, pouvait rapporter au pays un virus capable de tuer plus de deux cent mille Américains. L’administration Obama avait pourtant mis au point un mode d’emploi précis de 69 pages sur les méthodes à mettre en œuvre en cas de pandémie. Donald Trump l’a ignoré, sous-estimant gravement le risque épidémique. 

De manière générale, cette administration a sous-estimé les menaces non-traditionnelles : pas un mot sur le climat dans le document intitulé Stratégie de sécurité nationale, adopté en 2017. La Chine, comme la Russie exploite l’ouverture de l’Internet et de l’économie américaine pour miner sa démocratie. Et Trump n’a rien fait pour y parer.  Trump a mésestimé l’importance du cyber-espionnage chinois et il s’est abstenu de punir les Russes pour leur implication dans les élections américaines. L’accord de Vienne sur le nucléaire iranien de 2015, rappelle l’ancienne Secrétaire d’Etat avait été précédé d’une intense activité diplomatique. Son action avait permis d’inclure les signatures de la Chine et la Russie. Trump l’a jeté à la poubelle, précipitant Téhéran vers Pékin.

Pentagone plutôt que diplomatie : une stratégie coûteuse

Y compris sur le plan budgétaire. Trump n’aime pas les diplomates. Il préfère les militaires. Mais, selon Hillary Clinton, une part importante du budget américain de la Défense est consacré à des dépenses qui ne correspondent qu’à des intérêts clientélistes locaux. Le gouvernement maintient, sur le territoire des Etats-Unis, un certain nombre de bases dépourvues d’intérêt et aux équipements vieillis sur pression des élus locaux. Ils conservent un stock inutile de chars d’assaut, dont l’entretien est coûteux et l’usage douteux.

Dans d’autres cas, c’est sur la pression du lobby militaro-industriel et au vu des répercussions sur l’emploi que le Pentagone s’obstine à développer des armements dont la pertinence est sujette à caution. C’est en particulier le cas du fameux F-35 Fighter, l’avion de combat de cinquième génération, développé depuis 1996 par Lockheed Martin. Des sommes tellement astronomiques ont été dépensées pour en équiper les trois armes qu’il est devenu impossible de faire machine arrière. Mais c’est un avion de combat tactique qui a montré de réelles failles et il faudra en commander moins que prévu. Hillary Clinton lui préfère manifestement le bombardier furtif à long rayon d’action, B-21 Raider, actuellement développé par Northrop-Grumman.

Stratégies de déni d'accès : un virage raté ?

En effet, explique-t-elle, Russes et Chinois ont développé, pour des sommes ridicules en comparaison, des armes dites de déni d’accès dont les experts américains devraient s’occuper davantage. L’armée chinoise dispose dorénavant de missiles balistiques anti-navires qui menacent sérieusement la crédibilité des porte-avions américains. En outre, selon Hillary Clinton, sur les 11 porte-avions américains, "seule une poignée est réellement opérationnelle".

Plutôt que de se lancer dans un vaste programme de modernisation de son arsenal nucléaire, censé coûter un trillion de dollars au cours des trente prochaines années, les Etats-Unis feraient mieux de réduire sensiblement le nombre de leurs missiles balistiques intercontinentaux et de relancer les négociations de réduction des arsenaux avec la Russie.

Enfin et surtout, les Etats-Unis doivent reconstruire leur puissance industrielle et technologique. Ils risquent d’être surclassés par la Chine dans les domaines stratégiques. Bref, pour Hilllary Clinton, Trump n’a pas pris la mesure de ce défi qui se profile. Il a eu tout faux. 

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......