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Trump et la guerre des cultures 1) géographie électorale : qui a voté trump ?

6 min
À retrouver dans l'émission

Plus un état est émetteur de dioxyde de carbone, plus il a voté Trump. C'est un vote ouvrier et anti-écologiste.

Pourquoi revenir sur l'élection américaine ? Parce que l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis est un événement d’une portée historique. D’abord, bien sûr, en raison du poids de ce pays sur la scène mondiale. Même s’ils ne sont plus l’hyperpuissance d’il y a 20 ans, les Etats-Unis constituent encore aujourd’hui la première puissance militaire du globe. Et surtout, c’est Washington qui a conçu et imposé l’architecture de l’ordre international en vigueur aujourd'hui ; ses systèmes de normes, ses institutions, son encadrement général. Un encadrement que Trump s’apprête à défaire. Ensuite, parce que la victoire de cette personnalité atypique et sans aucune expérience politique préalable dans une très ancienne démocratie est troublante. Enfin, parce que cette élection s’inscrit dans une série – démocratures, populismes, Poutine, Erdogan, Brexit – qui ne saurait s’arrêter sur les bords de l’Atlantique ou de la Méditerranée : la vieille Europe sera inévitablement concernée. La nouvelle l’est déjà.

Piquer un monstre à coups d'épingles est vain, cela procure les médiocres satisfactions que donnent l'illusion d'agir, a écrit Czeslaw Milosz (dans La noblesse hélas, paru dans Lettre Internationale). Plutôt que de manifester dans les rues de nos capitales, il est plus utile de contribuer, chacun à notre mesure, à l’élucidation d’un phénomène qui engage notre avenir.

Je vous propose donc cette semaine une lecture de la victoire du candidat républicain en termes idéologiques – ce qu’on appelle parfois aux Etats-Unis « la guerre culturelle », culture war. Pourquoi Donald Trump l’a-t-il emporté ? Quel est le sens d’un évènement qui constitue manifestement un tournant dans l’histoire du monde ?

Et d’abord, pour comprendre qui a voté Trump, faisons appel à la plus nécessaire des sciences sociales dans le contexte actuel, la géographie humaine. A la manière dont chez nous, Laurent Davezies, Michel Lussault, Jacques Lévy ou Christophe Guilluy ont mis en lumière les mouvements de fond qui travaillent notre pays, en se penchant sur les cartes, aux Etats-Unis, le géographe Joel Kotkin donne une description très précise des catégories sociales qui ont voté pour Trump en analysant les résultats électoraux, état par état, voire comté par comté.

A voté Hillary Clinton : le Nord-est, et massivement (Maine, Massachussetts, Maryland, New Jersey, Vermont, état de New York et de Washington). Toute la côte ouest, avec l’énorme état de Californie, ceux de Washington et de l’Oregon.

A voté Donald Trump : Le Sud, y compris les deux mastodontes de Floride et du Texas, qui n’étaient pas gagnés d’avance. Plus, en gros, tous les états situés entre les Appalaches, à l’est, et les Montagnes rocheuses, à l’ouest, c’est-à-dire l’Amérique profonde (Tennessee, Iowa, Nebraska, les deux Dakotas, le Colorado, l’Utah, etc.) A cinq exceptions près : le Minnesota, où Clinton l’emporte d’extrême justesse et l’Illinois, où elle l’emporte nettement grâce à la seule ville de Chicago et à ses banlieues, le reste de cet état ayant voté républicain. Et trois états qui ont connu une forte implantation d’immigrés d’Amérique centrale – New Mexico, Colorado et Nevada.

Les états qui ont voté Trump sont caractérisés par une économie de production de biens tangibles : industries traditionnelles, alimentation, énergie. Trump l’a emporté dans les états manufacturiers traditionnels. Il a séduit les cols bleus de l’Ohio, du Wisconsin, de l’Indiana, de l’Iowa et du Michigan. Ces électeurs ont voté contre la mondialisation et les accords commerciaux par lesquels ils se sentent menacés d’une concurrence insupportable. Joel Kotkin en a tiré une loi de portée générale : plus un état est émetteur de dioxyde de carbone, plus il a voté Trump. Les états pauvres qui ont bénéficié du boom des pétroles et gaz de schistes, comme la Louisiane, ont également voté Trump. C’est un vote anti-écologiste. Mais Trump a aussi bénéficié du vote des fermiers, inquiets de la chute des cours agricoles et, là encore, du risque de concurrence des pays étrangers.

En face, l’économie de l’immatériel – la Silicon Valley, Hollywood, la communication et les médias, la banque et la finance – tout ce qui fait la fortune de la Californie et de New York, en somme – a soutenu Clinton.

L’explication par l’ethnicité le convainc moins. Certes, CNN ne cesse de disserter du « déclin du vote blanc » et il est vrai que la proportion de blancs dans la population totale des Etats-Unis ne cesse de décroître – il meurt plus de blancs qu’il n’en naît. Mais les non-blancs ne constituent encore que 30 % de l’électorat. Et les blancs diplômés de l’enseignement supérieur votent, eux, démocrate. Non, pour mon géographe, l’ethnicité n’est pas le bon critère. Ce à quoi on assiste, c’est à un retour en force du vote de classe, qui n’eut d’équivalent qu’à l’époque du New deal, avec Roosevelt.

Trump a mobilisé les classes moyenne et ouvrière, en faisant campagne contre la mondialisation et contre l’immigration. Il a surfé sur l’exaspération que provoque, parmi les classes laborieuses, - je cite – « l’arrogance des élites culturelles progressistes ». Il doit sa victoire au basculement en sa faveur du fameux « leftover people », le peuple des laissés-pour-compte, qui sont d’anciens supporters démocrates. Mais ces électeurs se sentent trahis par un parti de gauche qui est passé du côté du big business, et dont les intérêts sont dorénavant étroitement liés à ses sources de financements : Wall Street, la Silicon Valley et Hollywood. La plupart des détenteurs de grandes fortunes américaines ont d’ailleurs soutenu Hillary Clinton.

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