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Trump et la guerre des cultures 5) Des jobs, pas des aumônes !

5 min
À retrouver dans l'émission

C'est l'Amérique pauvre qui a fait de Donald Trump son président. Pourquoi ?

Et maintenant ? Les élections sont passées. Malgré sa nette domination en voix à l’échelle du pays, Hillary Clinton a cependant été battue par Donald Trump parce que les Etats-Unis sont une fédération où l’on vote état par état. Dans moins de deux mois, et par le biais du spoil system, une nouvelle administration va donc prendre possession de la Maison Blanche et de Washington. Qu’apporte, dans ses bagages, ce convoi de chariots républicains ?

Première observation : bien des nominés n’auront pas besoin de déménager. Ils habitent déjà sur place. On ne compte pas le nombre de vieux lobbyistes habitués des couloirs de la Chambre des représentants et du Sénat. L’homme qui voulait nettoyer les écuries de Washington semble s’entourer de personnages qui y avaient leurs entrées depuis des lustres. Le site Politico en cite un certain nombre, soulignant les liens de certains d’entre eux avec les industries du gaz et du pétrole, celle de la pharmacie et du tabac. Que des gens recommandables et favorables aux thèses environnementalistes, comme vous voyez…

Mais au cœur du dispositif, à la Maison Blanche elle-même, les risques de conflits d’intérêt entre Donald Trump, président des Etats-Unis et Donald Trump, propriétaire d’un empire économique sont évidents. Comme l’écrit Wendy Kaminer sur le site Spiked, les républicains, qui ont protesté avec véhémence contre le mélange des genres, lorsque la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton continuait à gérer la Fondation Clinton, semblent étrangement discrets sur cet aspect incongru de la présidence Trump. C’est sans doute la version républicaine de la Political Coorectness, ironise-t-elle. Certes, Trump s’est déchargé de toutes ses responsabilités à la tête de son empire, et en a abandonné les clés à ses trois enfants les plus âgés. Mais ceux-ci ne bénéficieraient auprès de leur cher papa d’informations bien utiles pour la gestion des sociétés Trump ? Une multiplication de délits d’initiés est dans les tuyaux.

Comment faire la leçon aux tenants du capitalisme d’Etat, installé par Poutine en Russie, lorsqu’on s’apprête à pratiquer soi-même ce que les Anglo-Saxons appellent le crony capitalism, le capitalisme entre copains ?

Conclusion de Wendy Kaminer : ceux qui avaient rêvé d’installer un libertarien à la Maison Blanche en seront pour leurs frais. L’équipe au pouvoir ne croit pas aux libres et transparents marchés, mais aux montages juteux entre initiés et sous protection publique.

Qu’est-ce qui a poussé plusieurs dizaines d’Américains des classes moyennes et populaires à porter au pouvoir un milliardaire, dont la seule promesse effectivement tenable est une baisse générale des taux d’imposition, qui vont surtout favoriser les revenus les plus élevés ?

C’est la question à laquelle tente de répondre le Prix Nobel d’économie 2013 et professeur à Yale Robert Schiller sur le site Project Syndicate. Et de s’étonner que plusieurs études montrent que « ceux qui se situent du mauvais côté de l’inégalité économique ne veulent pas, en général, des politiques publiques qui ressemblent à des aides financières. » Il y a là une affaire de mentalités, de culture. Aux Etats-Unis, les couches populaires considèrent la redistribution comme « humiliante ». Percevoir des aides publiques, surtout lorsqu’on a le sentiment d’appartenir aux classes moyennes, est vu comme un signe d’échec personnel. Ce que réclame l’Américain moyen, c’est de « contrôler sa vie économique », d’avoir des occasions de faire valoir ses capacités de travail.

Et Robert Sciller cite un ouvrage étudiant les liens entre niveau des impôts et des inégalités dans 20 pays sur deux siècles, Taxing the Rich : A History of Fiscal Fairness in the United States and Europe. La conclusion des auteurs : de manière générale, la montée des inégalités de revenus n’entraîne pas de la part des pouvoirs publics, une augmentation des impôts.

Shiller se demande aussi pourquoi des hommes politiques américains comme le gouverneur du Wisconsin, Scott Walker, sont devenus extrêmement populaires en baissant les impôts sur les riches. La réponse jette une lumière bien intéressante sur le vote Trump : ce sont les comtés pauvres, ceux où résident les « électeurs de la classe ouvrière en milieu rural » qui soutiennent le plus ce genre de politique. Ils avaient le sentiment de travailler dur et d’être injustement taxés au profit des « gens de la ville ».

Lorsqu’on observe la carte du vote Trump canton par canton, comme l’a fait tout récemment Mark Muro pour la Brookings, on relève une forte opposition entre les grandes métropoles, qui ont toutes voté massivement pour Clinton et les comtés ruraux et les petites villes qui ont donné la victoire finale à Trump. Les comtés qui ont voté Clinton représentent 64 % du PIB du pays, ceux qui int élu Trump 36 %. Le vote républicain est devenu un vote de personnes qui ont le sentiment de ne pas posséder les compétences réclamées par l’économie de la connaissance. Mais ils défendent des valeurs et ils « veulent rester où ils sont ». Trump leur a parlé leur langage.

C’est pourquoi, selon Shiller, Trump devra trouver un moyen de « redistribuer du pouvoir » et pas seulement les revenus, s’il ne veut pas être rapidement balayé par l’électorat qu’il s’est trouvé. Tout ça nous promet une présidence agitée.

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