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Trump, en campagne pour sa réélection, à Dallas.

Trump : l'appel au vote ethnique blanc

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Les facteurs ethno-culturels l'emportent de plus en plus sur les motivations socio-économiques dans le comportement électoral, aux Etats-Unis.

Trump, en campagne pour sa réélection, à Dallas.
Trump, en campagne pour sa réélection, à Dallas. Crédits : Tom Pennington - Getty

« C’est quoi, l’Amérique blanche ? »

Tel est le titre d’un article, publié ce mois-ci dans la revue Foreign Affairs, par la fameuse historienne Nell Irvin Painter. Rappelons qu’elle est l’auteure de la fameuse Histoire des Blancs, récemment publié en français. Sous-titre de son article : La politique identitaire de la majorité

Tous les observateurs ont constaté que Donald Trump avait démarré sa campagne électorale en vue des présidentielles de l’année prochain par des discours de meeting à teneur ouvertement ou subrepticement raciste. En fait, constatent les observateurs, Trump va mobiliser son électorat de 2016 et tenter de l’élargir en jouant à fond sur la peur des Blancs, face à la perspective démographique inéluctable de perdre la majorité aux Etats-Unis. 

Trump a fait émerger l'idée d'un "peuple blanc". 

L’élection de Trump, en 2016, a fait basculer le pays dans une nouvelle dimension, écrit Nell Irvin Painter. Jusqu’alors, la race concernait les autres, les minorités ethniques. Les Blancs, eux, ne considéraient pas leur identité sous cet angle. Mais voilà que soudain, suscité par le Grand Sorcier Trump, est apparu un « white people », un « peuple blanc », comme il existait déjà des « black people ». Dorénavant, on peut donc voter en Amérique « en tant que Blanc ». Et comme l’explique cette historienne noire, le slogan trumpien " Make America great again", devait s’entendre comme « Make America white again »... 

Dans la période qui suivit cette présidentielle, rappelle-t-elle, les commentateurs ont attribué la victoire de Trump au désarroi socio-économique de l’Amérique profonde, celle des laissés-pour-compte de la mondialisation. Et, en effet, les élus républicains à la Chambre représentent désormais 58 % des districts ayant un revenu par habitant inférieur à la moyenne fédérale. Mais plus récemment, une autre piste a été explorée : les motivations des électeurs de Trump apparaissent nettement moins socio-économique que culturelles et identitaires. Ils éprouvent du ressentiment face à ce qu’ils perçoivent comme la perte de leurs positions dominantes, en tant que blancs, dans la hiérarchie sociale. 

Et Painter passe en revue trois livres de publication récente, consacrés à ce qui est devenu une « question blanche ». Il s’agit de White Shift de l’universitaire britannique Eric Kaufmann, de White Identity Politics de Ashley Jardina, une très jeune enseignante de sciences politiques de l’Université Duke et de Dying of Whiteness : How the Politics of Racial Resentment is Killing America’s Heartland de Jonathan Metzl, un professeur de psychiatrie et de sociologie à l’université Vanderbilt dans le Tennessee.

La preuve que les motivations sont culturelles avant que d'être socio-économiques : elles bénéficient à la droite populiste et xénophobe et non à la gauche radicale.

Eric Kaufman, le premier cité, a donné, cette année, une longue interview au Point, dans laquelle il s’explique sur ses idées. " Les angoisses liées à l’identité me semblent bien plus importantes que l’idée d’être laissé pour compte d’un point de vue économique. Sinon pourquoi les populistes d’extrême droite se portent-ils mieux que les populistes d’extrême gauche ? Et pourquoi la crise migratoire dope-t-elle les scores de la droite populiste, alors que la crise économique n’a pas eu un grand effet politique. Si vous regardez les études d’opinion, cela apparaît nettement. "

" Les gens pauvres ou qui ont perdu leur emploi n’ont pas été beaucoup plus enclins à voter pour le Brexit ou pour Trump, alors que c’est le cas de ceux pour qui l’immigration est la préoccupation numéro un. (…) L’immigration rappelle aux gens la fragilité de leur identité, ce qui alimente le sentiment d’insécurité culturelle et de déclin. », y lit-on. 

Et selon Kaufman, c’est la raison pour laquelle le clivage droite/gauche, qui reposait sur la perception qu’avaient les électeurs de leur place respective dans la hiérarchie sociale, a été remplacé par une nouvelle opposition entre – je cite – « ceux qui croient en l’idée de diversité et de changement et ceux qui croient plutôt en l’homogénéité ethnique et moins au changement ».

L'appel de Donald Trump au vote blanc.

Ashley Jardina propose un système de classement des électeurs sur une échelle de cinq en fonction du degré selon lequel ils s’identifient comme « blancs ». Cela va de « être blanc est extrêmement important pour mon identité » à « ce n'est pas important du tout ». Et elle corrèle les résultats obtenus à leurs réponses à un certain nombre de sujets d’actualité politique. 

Résultat : plus l’électeur s’identifie comme blanc, plus il est susceptible d’être hostile à l’immigration, à l’Affirmative action, mais favorable au système de santé gratuit pour les personnes âgée Medicare et à la Sécurité sociale. Beaucoup de blancs reconnaissant leur couleur de peau comme "très importante", se disent « mis en minorité », voire « désavantagés ».

C’est sur ces sentiments de frustration des Blancs, encore majoritaires, que compte, pour être réélu, Donald Trump. Mais, comme le dit, dans une interview au Figaro, le rédacteur en chef de l’excellente revue The American Interest, Jeff Gedmin, « Trump est certainement plus le symptôme de la crise actuelle que sa cause. » « C’est un démagogue qui a senti les colères… mais il n’apportera aucune des solutions. » Trump a bouleversé la donne politique aux Etats-Unis. Car, je cite Gedmin," les racines du trumpisme ne disparaitront pas facilement, même si Trump est battu." Le président élu a si profondément transformé l'électorat républicain, que ce parti ne redeviendra pas de sitôt ce qu'il était avant lui : le parti du business, grand et petit, favorable au libre-échange, à la mondialisation et à l'immigration.

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