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Trump : retour aux nationalismes style XIX° siècle ?

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Ce que tente d'incarner l'Union européenne : trop en avance ? Ou déjà dépassé ?

Avec Donald Trump aux commandes de la première puissance de notre époque, où va le monde ? Réponse d’Ana Palacio, ancienne ministre des Affaires étrangères espagnoles, qui demeure très présente dans le débat international.

Le XIX° siècle a vu s’imposer à l’Europe un système d’équilibre des puissances, basé sur la souveraineté des Etats-nations.

Au XX° siècle, on a tenté d’ajouter une « superstructure morale », obligeant les Etats souverains à coopérer dans l’intérêt général de l’humanité. C’est ce qu’ont symbolisé et tenté d’incarner des forums internationaux tels que la SDN puis l’ONU. Ce système, d’abord réservé à quelques-uns, s’est étendu au monde entier après la fin de la Guerre Froide. En réalité, ce sont les idées optimistes progressistes des Lumières, qui ont triomphé durant la période bénie qui court de 1989 à 2008 : un mouvement vers l’unification progressive de l’humanité sous quelques règles communes ; l’ouverture du monde aux échanges.

Mais ce système a été frappé au cœur par la crise de 2008. Celle-ci a décrédibilisé les élites dirigeantes, qui ne l’avaient pas vu venir, qui l’ont mal gérée et qui n’ont pas pris leur juste part des pertes. Il est terriblement significatif que ce soit au cœur même du système international, dans les deux pays anglo-saxons, qu’un même coup d’arrêt ait été donné par l’électorat. Car le Brexit annonçait la victoire de Trump.

Ce qui triomphe, annonce Timothy Garton Ash dans The Guardian, c’est le vieux nationalisme. Et la victoire de Trump est le point culminant de la séquence ouverte par Vladimir Poutine, Recip Erdogan, Narendra Modi et Xi Jinping en Chine. Pour l’instant, écrit Garton Ash, ces leaders nationalistes s’inspirent les uns des autres, se félicitent mutuellement de leurs victoires, se renforçant ainsi devant leurs propres peuples. Mais nous autres, Européens, sommes bien placés par notre douloureuse histoire, pour savoir que les intérêts des nations dominées par de tels leaders finissent inévitablement par diverger.

Ana Palacio écrit que sont désormais possibles trois scénarii : Le premier serait celui qui se dessine actuellement : un retour au vieux nationalisme, celui du XIX° siècle, dont Donald Trump montre la voie. C’est la position assumée par Teresa May, lorsqu’elle dit : « Si vous êtes citoyen du monde, c’est que vous êtes citoyen de nulle part ». Dans cette configuration, chaque Etat s’occupe de ses affaires, négocie les meilleures conditions possibles avec chacun des autres, sans chercher à imposer ni ses visions, ni ses valeurs. C’est le monde des « faiseurs de deals », dont le nouveau président américain a une expérience intime, acquise dans le monde de l’immobilier.

Le deuxième scénario, c’est celui que tente d’incarner notre Union européenne : continuer dans la direction prise dans la seconde moitié du XX° siècle, en espérant qu’il n’est pas désormais caduc. Quant au troisième, il consisterait, dit-elle, à courir aux abris en se tordant les doigtes, en attendant que l’orage s’éloigne. Ce n’est pas une position réaliste, même si on peut redouter qu’elle devienne vite assez répandue.

On ne peut pas revenir au passé, conclut-elle : foin des certitudes d’autrefois, il va falloir naviguer à vue. Et de conclure : « L’investiture de Trump marque l’entrée dans une nouvelle époque de l’histoire du monde, un nouveau siècle géopolitique. Personne ne peut dire si cela sera une époque de conflit ou d’harmonie. » Mais nous, Européens, devons penser à nous protéger.

Et sur le plan économique, que peut-on attendre, que doit-on redouter de cette présidence Trump ? The Economist faisait, la semaine dernière, un certain nombre de pronostics à ce sujet. Constat : les milieux d’affaire sont optimistes. L’élection de Trump a été saluée par une hausse des valeurs boursières à Wall Street. Le nouveau président a, en effet, promis une baisse considérable de l’impôt sur les sociétés qui, à 35 % aux Etats-Unis, est l’un des plus élevés de l’OCDE, et que Trump a promis de ramener à 15 %. Il a également promis des investissements considérables dans les infrastructures, afin notamment de créer des centaines de milliers d’emplois. On peut donc raisonnablement miser sur une croissance soutenue, cette année aux Etats-Unis. Mais le soufflet pourrait retomber rapidement, avertit l’hebdomadaire britannique.

D’une part, toutes ces dépenses nouvelles, assorties d’une baisse des revenus fiscaux, vont faire exploser les déficits. La hausse des salaires attendue pourrait, de son côté, faire repartir l’inflation. La FED sera, par conséquent, obligée de remonter plus tôt et plus vite que prévu, les taux d’intérêt.

En outre, si Trump met en œuvre la politique protectionniste qu’il a promise à ses électeurs, il infligera un rude coup au système d’échanges commerciaux que les Etats-Unis ont tant contribué à organiser dans le monde. L’instabilité, avec notamment des guerres commerciales est une perspective qu’on ne peut écarter.

Enfin, l’équipe présidentielle est composite. Elle comporte des Républicains traditionnels, tels que le vice-président Mike Pence, conservateurs et favorables au libre-échange et à l’immigration, mais aussi des « agitateurs », tels que Steve Bannon, Peter Navarro et Michael Flynn ; respectivement Conseiller du président, directeur du Conseil national du commerce, et conseiller national à la Sécurité. Entre ces deux tendances, il y aura nécessairement des affrontements. Et personne ne peut dire avec certitude dans quel sens penchera Trump. Mais s’il est jacksonien, ce sera dans celui de ses électeurs plutôt que dans celui de la majorité républicaine du Congrès.

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