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Trump solde les erreurs diplomatiques commises par ses prédécesseurs

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L'ordre mondial libéral, dont les Américains étaient les architectes, était peut-être une irréalisable. Trump est peut-être "surréaliste", mais il n'est pas dupe des utopies libérales.

Hier, je vous ai exposé l’inquiétude ressentie par de nombreux experts américains face à ce qu’ils considèrent comme le tournant pris par Trump dans la conduite de la diplomatie américaine. Le président américain est accusé de saper l’ordre libéral international d’après-guerre, en privilégiant les intérêts américains et en renouant avec le protectionnisme. Mais Trump a aussi des défenseurs.

On aurait tort de lui jeter la pierre , explique ainsi un universitaire membre du think tank Hudson Institute. Walter Russell Mead estime que le problème fondamental de la politique étrangère américaine, c’est que les élites qui la conçoivent et la conduisent depuis la fin de la Guerre froide, n’ont tenu aucun compte de l’opinion publique. Les diplomates ont cherché à élargir toujours plus l’orbite de ce qu’ils appellent « l’ordre libéral », sur la base d’un consensus partisan Démocrates-Républicains. En particulier, à la faveur de l’effondrement de l’ennemi soviétique.

Cet « ordre libéral » avait bien fonctionné, entre 1945 et 1991. Durant cette période, et dans le cadre de la menace que faisait peser l’URSS sur le monde libre, les Etats-Unis ont aidé l’Europe de l’ouest à se reconstruire ; ils ont favorisé son intégration. Ils ont soutenu la décolonisation du tiers-monde et appuyé son développement. Ils ont poussé à la libération des échanges commerciaux et assuré la libre circulation des mers, grâce à leur flotte de guerre. Ils ont encouragé la création d’institutions internationales, créatrices d’un droit international, reflétant leurs propres conceptions du monde. Bref, ils sont devenus les principaux organisateurs du système international, les architectes de l’ordre international.

L’erreur a été de croire que l’Amérique pouvait élargir à l’infini, après 1991, un cadre bâti dans le contexte des alliances de la Guerre froide. Surtout : le débat sur les objectifs et les moyens d’une telle stratégie, manifestement trop ambitieuse, n’a jamais eu lieu. « Les élites étaient pleines de confiance : la fin de l’histoire était arrivée. Etendre toujours plus loin l’ordre international serait une tâche facile et qui ne coûterait pas cher. Cela pouvait être effectué sans trop chercher le soutien du public. »

Mais la série d’aventures militaires, censées vaincre les résistances à ce projet utopique – Bosnie et Kosovo, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, etc. ont montré que les élites dirigeantes, à Washington, avaient manqué de prudence. Elles ont surévalué la capacité américaine à imposer l’ordre international. Le public américain, lui, l’avait compris depuis longtemps. Et c’est son inquiétude devant des ambitions mondiales excessives qui explique nombre de ses choix électoraux : les électeurs ont choisi Clinton contre Bush père en 1992 à cause de la première guerre d’Irak. Ils ont préféré Bush fils à Gore en 2000, parce que ce dernier apparaissait comme un mondialiste. Pour la même raison, ils ont élu le prudent Obama plutôt que le va-t-en-guerre McCain en 2008. Et ce sont les mêmes causes qui expliquent, pour partie, le vote Trump de 2016. Les électeurs ont préféré l’homme qui dit « America First » à une Hillary Clinton connue comme interventionniste libérale et favorable au fameux « ordre international ».

D’autant que le monde est devenu beaucoup plus dangereux qu’en 1991. Le Moyen Orient est en feu. La Corée du Nord menace de prendre l’Amérique en otage. Le Venezuela est en proie au chaos. Des acteurs para-étatiques, inspirés par le jihad, sèment la terreur. La Chine installe son hégémonie régionale. La mondialisation marque le pas.

Les élites politiques et médiatiques n’ont pas de mots assez durs pour dénigrer la politique étrangère de Trump, conclut Walter Russell Mead – qui admet lui-même qu’elle peut être regardée comme « surréaliste ». Pourtant, ces critiquent constituent une entreprise de diversion, poursuit-il. Elle permet d’éviter d’avoir à se poser les questions de fond concernant la politique étrangère américaine. Et de faire l’impasse – je cite – sur « 25 ans de folies et d’échecs ».

Mais il y a eu aussi une tendance à idéaliser et à surestimer le fameux « ordre international libéral » lui-même. C’est ce qu’écrit Andrew J Bacevich, professeur de Relations Internationales à Boston, et auteur de nombreux ouvrages consacrés à ce sujet. Il se moque de tous ses fameux confrères qui, tel Robert Kagan ou le général en retraite Petraeus, décrivent le président américain comme le destructeur de l’ordre libéral international. Ils prétendent que Donald Trump tournerait le dos à l’exceptionnalisme américain ; qu’il foulerait aux pieds le grand objectif bipartisan d’un ordre mondial fondé sur des règles acceptées par tous.

Mais « cette interprétation, écrit-il, fait l’impasse sur une seule chose : l’histoire des Etats-Unis ! Que font tous ces beaux idéalistes de détails tels que les coups d’Etat fomentés par les Américains contre Mossadegh en Iran, Allende au Chili ? Du soutien à des régimes dictatoriaux, tels que ceux qui dirigèrent la Turquie, la Grèce, les Philippines, l’Egypte, le Brésil ? Des guerres lancées illégalement et sous des prétextes frauduleux ? Tout cela ne témoigne guère d’un attachement sans faille à la règle de droit, à l’ouverture, au libéralisme, et aux droits de l’homme… Non, c’est là « le comportement de n’importe quelle grande puissance : les Etats-Unis observent les règles lorsque cela correspond à leurs intérêts. Et ils s’en passent lorsqu’elles deviennent gênantes. » Je cite encore :

« Pour le dire simplement, le 45° président des Etats-Unis ne souscrit pas à l’impératif de maintenir l’hégémon américains parce qu’il ne souscrit pas au grand récit sur le XX° siècle, édifié par l’establishment. »

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