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Trump, suite : l'Europe de la défense au pied du mur

5 min
À retrouver dans l'émission

Les Allemands sont abasourdis par la victoire électorale de Donald Trump. C'est bien beau de se proclamer "leaders du monde libre". Encore faut-il s'en donner les moyens militaires...

Et dans le vaste monde, comment est appréciée la victoire électorale de Donald Trump ?

L’Amérique latine, pour commencer. Mes partenaires de Worldcrunch me signalent un article paru dans le quotidien Clarin qui pose la question : Carlos Fuentes possédait-il un don de prophétie ? L’un des derniers romans publiés par le grand écrivain mexicain, Le siège de l’aigle, racontait l’affrontement entre un président des Etats-Unis, républicain radical et son homologue mexicain, élu du PRI, le Parti Révolutionnaire Institutionnel. Le Yankee était brutal et décidé, appuyé par un Congrès de son bord. Le Mexicain, d’un tempérament indécis, devait en outre compter avec une majorité gouvernementale divisée. Nous sommes en 2020 et les protagonistes du roman ne communiquent que par lettres. En effet, à la suite d’un imbroglio diplomatique entre les deux pays, le président des Etats-Unis a décidé de couper le Mexique du reste du monde en lui refusant l’accès à ses satellites de communication.

C’est, nous dit Clarin, une livre sur les erreurs de calcul par temps de crise en même temps qu’une réflexion sur la culture politique mexicaine. En signant un pacte avec la Russie, en refusant de soutenir une opération militaire américaine en Colombie (!), le président mexicain a défié son homologue des Etats-Unis sans avoir mesuré les conséquences. L’élection de Donald Trump et la perspective de voir ériger un mur sur toute la longueur de la frontière entre les deux pays, confère une étrange actualité à ce roman publié en 2002.

Obama est venu hier en Allemagne, transmettre le flambeau du leadership du monde libre et des valeurs démocratiques. Que dit-on de Trump dans ce pays ?

Klaus Brinkbaümer, du Spiegel, écrit que l’élection de Donald Trump a « consterné le monde ». C’est « un homme dangereux », « déséquilibré et sans expérience » ; « un dangereux raciste ». Aux yeux de ce journaliste, il y a deux Amériques, celles des élites cosmopolites, très bien formées et ouvertes sur les réalités du monde, qu’on croise dans les dîners donnés sur les deux côtes, de l’Atlantique et du Pacifique. Mais il y a une autre Amérique, celle des Etats appauvris, coupés du reste du pays, comme le Sud profond – Géorgie, Alabama, Louisiane où la classe ouvrière blanche a été abandonnée en chemin par la fermeture des usines. C’est cet électorat-là qui a donné le pouvoir à Trump.

On lira à ce propos ce qu’écrit la New York Review of Books du livre d’Arlie Russell Hochschild, Strangers in their own land : Anger and mourning on the American Right. Etrangers dans leur propre pays : colère et lamentations sur la droite américaine. L’auteur, sociologue à Berkeley, a effectué une mission de cinq ans dans le sud-ouest de la Louisiane, une région sinistrée. Elle raconte le choc de deux Amériques : celle du milieu auquel elle appartient - lecture du New York Times, alimentation bio et sans gluten, petites voitures, poubelles de tri des déchets et ce qu’elle découvre chez les « white trash », ses hôtes : une culture qui se résume à la Bible, une nourriture dont la plupart des composants ont été frits dans l’huile, des vêtements XXXL…. La pauvreté. L’espérance de vie chute : 75 ans en Louisiane, contre près de 81 dans le Connecticut. La Louisiane détient aussi le record de décès par arme à feu et le taux de le plus élevé de population détenue… Mais la source de ce désespoir et de cette colère est surtout culturelle : le sentiment que leurs valeurs, traditionnelles, les font mépriser par des élites, ces élites qui favoriseraient à leur détriment les minorités, et les immigrants récents.

Mais pour en revenir aux réactions, reparlons de celles des Allemands. Oui, relevons celle de Joschka Fischer, pour qui la série Brexit-Trump est le symptôme d’une résurgence nationaliste qui n’épargne plus, désormais, nos vieilles nations occidentales. Or, écrit l’ancien ministre Vert des Affaires étrangères, « l’Europe connaît d’expérience la puissance destructrice du nationalisme. » Celui-ci est aggravé par un sentiment général de déclin. Il se traduit par un glissement vers le protectionnisme, auquel il est lié. Et par un « peur de l’inconnu » face à l’afflux de migrants.

Mais il est absurde de penser, poursuit Fischer, que les vieux Etats-nations puissent apporter une réponse aux défis qui nous sont posés par la mondialisation. Si nous sommes incapables de prendre notre place, en tant qu’Europe unie, dans le concert des blocs, l’Europe va quitter la scène de l’histoire et les petits pays qui la composent devront se soumettre à « de nouvelles allégeances ». « La réponse ne peut être que collective, en particulier dans le domaine de la sécurité. »

La Süddeutsche Zeitung, dans un article mis en ligne en anglais par Worldcrunch, estime que la chancelière doit se préparer à de difficiles négociations avec le nouveau président américain sur l’avenir de l’OTAN. L’Alliance avait fixé à ses membres un objectif de 2 % du PIB pour les dépenses de défense. Les Américains sont encore à 3,5 %, les Allemands à 1,3 %. Et ils n’ont pas l’intention de faire davantage.

Mark Leonard écrit : les Européens doivent investir dans leur propre sécurité, car ils sont menacés de bien des manières : les Russes, qui n’ont pas hésité à lancer une cyber-attaque contre le quartier général d’Hillary Clinton, voient l’Europe comme un ventre mou. La guerre au Moyen Orient peut se rapprocher. Et nous continuerons à devoir faire face au terrorisme. « 500 millions d’Européens ne peuvent pas sous-traiter leur sécurité à 300 millions d’Américains ». Bien dit. On commence quand ?

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