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Un monde de plus en plus riche et de plus en plus sûr

6 min
À retrouver dans l'émission

Contrairement à l'idée que nous nous en faisons...

Pour les New Optimists, l’allongement de la durée de vie et la régression rapide de la grande pauvreté dans le monde sont des motifs évidents de satisfaction. Mais d’autres économistes pointent la montée des inégalités, consécutives à la mondialisation. Qu’en disent les « nouveaux optimistes » ?

Là encore, de s’en tenir aux faits plutôt qu’aux impressions créées par la sphère médiatique – qui, on l’a dit, n’aime pas les bonnes nouvelles : elles ne font pas le buzz. On déplore, cette année, la disparition d’un professeur de développement suédois, Hans Rosling, qui avait fait un carton sur la toile avec une vidéo-conférence TED intitulée The best stats you’ve ever seen, les meilleurs statistiques que vous ayez jamais vues. Elle avait été visionnée par 12 millions d’internautes. Rosling, qui était à la fois médecin et statisticien, avait croisé, sur des tableaux animés, les données accessibles concernant l’espérance de vie et le niveau de revenu dans les différentes régions du monde, puis dans différents pays. Il pouvait ainsi faire apparaître les évolutions ayant affecté ces deux paramètres entre 1962 et les années 2000. Raisonner en tendance, c’est la méthode préférée des New Optimists.

Rosling démontrait ainsi que la plupart des idées que nous nous faisons de la situation datent d’il y a très longtemps. Un exemple : la mortalité infantile est deux fois plus élevée en Turquie qu’au Sri Lanka, en Pologne qu’en Corée du Sud.

Il montrait que l’idée que nous nous faisons de la distribution de la richesse à travers le monde date, elle aussi, d’il y a plusieurs décennies. Le monde n’est plus divisé entre « nous », les pays riches, et « eux », les pays pauvres. La grande majorité des habitants de la planète se situe au milieu, entre les pauvres (1 dollar par jour) et les riches (100 dollars par jour).

Il montrait, dans sa vidéo animée, un tableau très instructif : le niveau des revenus en Chine, en 1970 et celui, à la même époque des Etats-Unis. Hé bien, les deux ensembles ne se recoupaient nulle part. Les plus riches des Chinois étaient plus pauvres que les plus pauvres des Américains. En quarante ans, la situation a complètement changé : les Chinois se sont enrichis comme jamais aucun peuple avant eux dans l’histoire de l’humanité et la distribution des revenus, en Chine, s’étale à présent entre pauvres et très riches. Même évolution en Inde, Indonésie, et dans la plupart des pays d’Asie du Sud. Lorsque les pays très pauvres s’enrichissent, tous ses habitants ne parviennent pas en même temps, mais au rythme, au bien-être.

Comme l’écrit Johan Norberg, un autre Suédois, auteur, je le rappelle de Non, ce n’était pas mieux avant, Dix bonnes raisons d’avoir confiance en l’avenir : « le progrès n’est jamais égalitaire ». D’abord parce qu’il commence par toucher des zones géographiques bien précises. En général, comme en Chine, les zones côtières. Parce qu’il est lié à la possibilité de commercer, d’échanger. Le décollage fulgurant de la Corée du Sud est, à cet égard, significatif. Les pays qui demeurent pauvres, ce sont ceux qui n’ont pas pu s’ouvrir au commerce international. Ou dont les dirigeants ne l’on pas voulu. Certaines réussites spectaculaires, comme celle, récente, du Chili, le PIB par habitant le plus élevé d’Amérique latine, en témoignent. C’est le pays le plus ouvert du continent sud-américain, selon l’économiste britannique Jim O’Neill.

Comment les « nouveaux optimistes » apprécient-ils le niveau de la violence ? Est-ce que leurs statistiques enregistrent, là aussi, des évolutions positives ?

Mais oui. Selon Steven Pinker, qui se base sur des données statistiques incontestables, nous vivons la période la plus pacifique de l’histoire humaine. Mais le problème, là encore, tient au décalage entre notre perception et la réalité. Car plus le niveau de violence baisse, moins nous sommes disposés à tolérer les violences qui persistent. Quel que soit le phénomène pris en considération : les génocides, les victimes des guerres, civiles ou militaires, les homicides, la peine de mort, les viols, les tortures et même le terrorisme, les statistiques de Pinker montrent une décrue générale.

Pinker est un disciple de Norbert Elias. Il pense que les sociétés tribales étaient beaucoup plus violentes que les nôtres, dotées d’un Etat. Car celui-ci, selon la formule consacrée, s’arroge le monopole de la violence. Il commence par interdire les vendettas entre familles, qui décimaient les populations, puis les duels qui décapitaient les élites. Il impose des normes et crée des institutions qui canalisent et tiennent en respect nos pulsions violentes.

Et les statistiques publiées par un politologue américain, Joshua Goldstein, dans son livre de 2011, Winning the war on war. Sous-titre : The Decline of Armed Conflicts Worlwide, corroborent absolument les thèses de Pinker : les guerres elles-mêmes tuent de moins en moins. Et cette tendance se constate, de manière régulière, depuis 1946, malgré des épisodes très meurtriers comme la guerre Irak/Iran dans les années 1980, ou la guerre civile syrienne en cours. Le taux annuel de décès pour cause de guerre est passé de 300 pour 100 000 durant la Deuxième guerre mondiale à 22 dans les années 50, à 9 dans les années 1970, 5 dans les années 80, 1,5 depuis les années 1990. Il semble cependant qu’il se maintienne, depuis, à ce niveau.

Les taux de criminalité eux-mêmes sont en baisse de manière globale. Même aux Etats-Unis, contrairement, là encore, à une idée reçue. Après avoir culminé entre 1968 et 1993, il tend depuis à baisser régulièrement. Plus de 10 homicides pour 100 000 habitants en 1980, contre moins de 5 à partir de 2008.

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