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Une Commission plus politique qui s'est cassée les dents sur la crise des migrants

5 min
À retrouver dans l'émission

Le style Jean-Claude Juncker. Un bilan.

Une grande ou une petite Commission ? Quel bilan dresser de la Commission Juncker ? Comment restera-t-elle dans l’histoire ? 

On ne peut juger cette Commission actuellement sur le départ que par rapport aux intentions et objectifs énoncés par son président lors de sa prise de fonction, en 2014. Le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker apparaissait alors très désireux de se distinguer de son prédécesseur, le Portugais José Manuel Barroso. Barroso était considéré comme un technocrate, déférent envers les chefs de gouvernement des Etats-membres, dirigeant une Commission politiquement faible et peu transparente. Sitôt installé au bâtiment Berlaymont, à Bruxelles, siège de la Commission européenne, Juncker annonça un principe et de nouvelles méthodes de travail.

Le principe : « being big on big things, small on small things ». Les gens en ont assez de nous voir réglementer la taille et la puissance des ampoules, tandis que l’Europe semble absente des grands défis, comme celui du numérique ou du chômage. La méthode de travail, il la qualifia de « top-down ». Il s’agit de rendre le pouvoir aux commissaires européens sur les hauts fonctionnaires théoriquement à leur service– les fameuses Directions générales de la Commission. 

En outre, Juncker innova en regroupant les départements en « équipes de projets », sous l’égide des vice-présidents qui disposent ainsi d’une sorte d’autorité déléguée. Il créa aussi le poste de « premier vice-président », attribué à un travailliste néerlandais, Frans Timmermans. L’objectif était de piloter une Commission plus politique que technique. Plus transparente aussi, en étroite collaboration et sous le contrôle démocratique du Parlement européen. 

Face aux crises, c'est dans l'enceinte du Conseil européen qu'ont été imaginées les solutions politiques. 

Mais ces intentions ont été en partie dérangées par le cours des événements. Durant la présidence Juncker, ce n’est pas la Commission qui a pris les initiatives politiques les plus décisives, mais bien le Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement. C’est parce que, face aux crises, à l’événement, à l’imprévu, au retour de l’Histoire en un mot, il faut agir avec le plein accord des gouvernements nationaux. Mais Juncker n’a pas tenu à l’écart des débats en leur sein. En tant que président de la Commission, il est membre de droit du Conseil européen, et  participé à animer ces débats.

En Allemagne et dans certains pays du Nord, cela a valu des critiques. La Commission Juncker, aspirant à devenir « politique », on y a estimé qu’elle avait créé du désordre. On l’a aussi accusée d’avoir été trop complaisante envers la France, en acceptant de sa part des entorses aux règles budgétaires refusées à d’autres. 

Le plus grave échec de la Commission Jean-Claude Juncker : la crise des migrants. 

Sa gestion de la crise des migrants en 2015. L’idée de quotas par Etats membres ayant été refusée en réalité par un très grand nombre de pays, Juncker y a épuisé une partie de son capital d’autorité. Selon les termes employés par Luuk Van Middelaar, l’idée de Juncker était celle d’une « irrigation ». Mais celle qui l’a emporté, ce fut celle du « barrage ». 

Et il raconte fort bien comment l’UE, d’abord impuissante, a fini par réagir énergiquement. Et Jean-Claude Juncker a joué un rôle déterminant. C’est lui qui, par une lettre du 25 janvier 2016 au Premier ministre slovène annonce que les Etats membres et les autres (comme la Macédoine) peuvent fermer leurs frontières aux migrants. Le verrouillage des frontières de l’UE a lieu à partir de ce moment dans les Balkans occidentales. Et l’Union européenne ayant fait la preuve de sa détermination à bloquer des flux qui allaient s’amplifiant en direction de la Grèce, a pu enfin obtenir de la Turquie une négociation sérieuse sur le blocage des départs. 

Le mythe de "l'armée européenne".

C’est toujours sous le coup des événements que l’UE progresse. On le voit bien dans le domaine de la Défense. Les tweets menaçants de Donald Trump envers des Européens qui se considèrent trop aisément comme des « protégés des Etats-Unis, sans assumer leur part du fardeau commun » inquiètent les dirigeants européens. L’attaque de la Russie contre notre voisine, l’Ukraine, la fréquence des cyberattaques contre des intérêts européens, le terrorisme ont sonné l’alarme dans l’UE. On parle à présent « d’autonomie stratégique » européenne. Un fonds européen de la Défense a été créé. Il sera doté d’un budget conséquent de 13 milliards sur la période 2020-27. 

Pour autant, les incantations rituelles en faveur de la création d’une « armée européenne » demeurent vides de sens. Français et Allemands, qui s’y réfèrent dans leurs discours, n’entendent pas la même chose sous ce slogan. Pour Berlin, c’est une façon de manifester la volonté allemande d’intégration européenne. Vu de Paris, une manière d’affirmer que les Européens sont prêts à assumer la défense des intérêts spécifiques en toute indépendance vis-à-vis des Etats-Unis. 

Mais cette position demeure isolée en Europe. Plus on se rapproche de la frontière orientale de l’Union européenne, plus on continue à miser sur la garantie de sécurité américaine. En espérant que Donald Trump ne soit peut-être pas réélu en 2020... 

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