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Une critique radicale de la politique étrangère libérale de Clinton, Bush Jr et Obama

5 min
À retrouver dans l'émission

Passant en revue les doubles mandats accomplis successivement par les présidents Clinton, Bush Jr. et Obama, un des grands théoriciens américains des relations internationales enterre la doctrine libérale.

Les rêves libéraux face aux dures réalités internationales.

John Mearsheimer, professeur à l’Université de Chicago, est l’un des grands théoriciens vivants des relations internationales. Il appartient à l’école dite du « réalisme offensif ». Et son dernier livre, intitulé The Great Delusion (La grande illusion) est sous-titré « Liberal Dreams and International Realities ». Rêves libéraux et réalités internationales. Et c’est une réfutation des politiques libérales menées, selon lui, par les Etats-Unis entre 1993 et 2016. 

Ces politiques, il les caractérise comme visant « l’hégémonie libérale ». Une stratégie ambitieuse par laquelle un Etat, lui-même démocratique et libéral, cherche à transformer autant d’autres Etats que possible en des démocraties libérales, sur son propre modèle. Pour ce faire, cet « hégémon bienveillant » tente de promouvoir une économie mondiale ouverte – le libre-échange – et des institutions internationales, chargées de régler les conflits d’intérêt entre les Etats.

L’idée sous-jacente n’est pas stupide, admet Mearsheimer. C’est celle selon laquelle les démocraties ne se font pas la guerre entre elles. En outre, tolérer des régimes autoritaires ou illibéraux chez les autres, mettrait en danger la démocratie chez soi. Puisqu’on court le risque de voir ces Etats rivaux chercher à vous déstabiliser, en appuyant, de l’extérieur, des mouvements populistes qui minent votre démocratie, en profitant des libertés d’expression qu’elle tolère. 

Conjoncture improbable et rarissime... 

Mais cette « sagesse conventionnelle est fausse », selon Mearsheimer. D’abord parce qu’il est tout-à-fait exceptionnel à l’échelle de l’histoire mondiale, qu’une seule puissance soit en mesure d’imposer l’ordre international qu’elle désire au reste du monde. Une telle conjecture a peut-être existé au lendemain de l’effondrement du bloc soviétique, au début des années 1990, mais cela n’a pas duré. 

Du reste, les croisades libérales menées à cette époque par les Etats-Unis, en Afghanistan, en Irak et ailleurs se sont révélées des fiascos. Et ce n’est pas par hasard, selon notre théoricien réaliste. Il ne pouvait en être autrement pour une raison simple : lorsque le nationalisme entre en conflit avec le libéralisme, c’est toujours le premier qui l’emporte. Car la première exigence des peuples c’est l’auto-détermination, la souveraineté nationale. « Ce qui signifie – je cite – que la plupart des pays résisteront aux efforts déployés par une grande puissance pour interférer dans leurs affaires intérieures. » 

Un dictateur "bien de chez nous"... 

Mais doit-on comprendre qu’on préfèrera toujours un dictateur, certes sanguinaire, mais « bien de chez nous », comme Saddam Hussein ou Mouammar Kadhafi, plutôt qu’un régime tendant vers la démocratie, mais imposé par des étrangers, intervenus en armes au nom du « devoir d’ingérence » ? Mearsheimer ne répond pas vraiment à cette question, qui mérite pourtant d’être posée.

Droits de l'homme universels versus droits du citoyen particuliers... 

En dehors du fait qu’il néglige la puissance du nationalisme, le libéralisme ne permet pas de penser les relations internationales -qui sont basées sur des équilibres de puissances. 

Là,, on touche au cœur de sa démonstration. Le libéralisme, écrit Hearsheimer assume deux postulats de base. Primo, que les individus possèdent des droits inaliénables. Secundo, que ces mêmes individus divergent profondément sur ce qui constitue « la vie bonne » et que c’est très bien ainsi. 

Or, l’idée des droits individuels inaliénables universels contredit frontalement le particularisme patriotique. Le libéralisme tend spontanément à une forme d’impérialisme qu’il présente comme un universalisme. Les Etats qui s’en inspirent sont enclins à intervenir aux quatre coins du monde et à violer les droits particuliers du citoyen au nom des droits de l’homme universels. Car pour tenter d’imposer le respect des droits de l’homme, ils sont amenés à provoquer des changements de régime.

Parce que les libéraux pensent que les individus formant les sociétés divergent sur la question du Bien et du Juste, ils chargent l’Etat de pacifier les conflits de valeurs, à leurs yeux inéluctables. Aussi ont-ils tendance à transposer cette idée d’un arbitre au niveau des relations entre les Etats. Mais ils se trompent : il n’existe pas, il n’existera jamais de super-Etat, capable de réguler les conflits entre Etats, en imposant une espèce de police des relations internationales. C’est toujours la même illusion américaine de pacifier le monde, depuis le président Wilson et la Société des Nations, à Versailles.

Enfin, les interventions extérieures destinées, en principe, à instaurer la démocratie chez les autres, comportent un autre inconvénient : elles nécessitent à la longue l’instauration de mesures illibérales dans le pays même. Ainsi, le camp de détention de prisonniers islamistes de Guantanamo, ouvert par George W. Bush, a été maintenu en activité par Barack Obama, malgré l’hostilité de la Cour Suprême. Et la surveillance exercée par la NSA sur sa propre population montre que le libéralisme a reculé aux Etats-Unis-mêmes, à l’occasion de leurs fameuses croisades pour la liberté des autres.

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