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Une fenêtre d'opportunité pour l'Europe-puissance ?

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Non, l'UE n'est pas sortie d'affaire. Mais il y a une fenêtre de tir pour des réformes renforçant l'architecture de la maison commune.

La croissance repart en Europe, le Brexit n’a pas enclenché une chute des « dominos » européens, l’euro a l’air de se rétablir et s’apprécie même fortement face au dollar, la pression migratoire sur le Sud de l’Europe se relâche… L’Union européenne serait-elle tirée d’affaire ?

Certainement pas. Certes, la crise financière a poussé la Banque centrale européenne à prendre des initiatives risquées, mais bienvenues. Des instruments de défense de la monnaie unique, comme l’Union bancaire ou le Mécanisme européen de stabilité, ont été improvisés. Comme souvent, la crise a renforcé l’Europe en obligeant ses dirigeants à mieux se coordonner entre eux. Mais, d’après de nombreux experts, ce n’est qu’un sursis et l’UE n’est pas définitivement sortie de la zone dangereuse. Les nouveaux défis sont au coin de la rue.

D’abord parce que les opinions publiques demeurent sceptiques sur la nature du projet et que les électorats sont volatiles. On ne dira jamais assez ce que le recul des partis populistes aux élections récentes, aux pays-Bas et en France, doit à Donald Trump : ce personnage a servi de véritable repoussoir aux Européens tentés par le populisme. En outre, le risque de voir les Etats-Unis renoncer à leurs responsabilités de garants du système international et de protecteurs de l’Europe a provoqué une réaction salutaire de l’autre côté de l’Atlantique. Les Européens semblent davantage enclins à assurer eux-mêmes leur défense.

Certains s’imaginent même pouvoir, en partenariat avec la Chine, remplacer les Etats-Unis comme pivot d’un ordre international basé sur la liberté des échanges et le droit international. Ana Palacio met en garde contre cette tentation. Certes, dit-elle, l’Europe avait intérêt à l’ordre international d’hier, un ordre libéral, basé sur le respect de normes communes, sur la coopération et non pas l’affrontement entre les puissances. Car cet ordre masquait notre faiblesse politique et militaire. Mais les règles du jeu international sont en train de changer. Ni Trump, ni la Chine ne sont décidés à jouer selon les anciennes règles : la seule loi qu’ils reconnaissent, c’est la loi du plus fort, de celui qui est en position d’imposer le respect de ses propres intérêts…

Ceux qui imaginent la Chine en nouveau cœur de la mondialisation se font des illusions, poursuit l’ancienne ministre espagnole des relations internationales. Quant à l’UE, elle n’a pas les moyens d’une telle ambition. Il nous faudra nous adapter au changement de donne internationale. Et cela passe par un renforcement de notre maison commune ; un investissement dans les instruments de la puissance.

Il y a, dans l'air, des idées pour renforcer l’architecture de l’UE. Ainsi, au mois d’août, plusieurs économistes européens, dont la Française Agnès Bénassy-Quéré ont co-signé une tribune appelant à donner à l’Europe un nouvel élan, en profitant de la fenêtre de tir qui s’est ouverte récemment, grâce au redémarrage de la croissance, mais dont les auteurs avertissent qu’elle pourrait se refermer rapidement. Ce qu’il faut faire, selon eux ?

Primo, pallier aux problèmes de fond de la zone euro. Certaines banques sont mal en point. La récente faillite de la Banco Popular en Espagne constitue un avertissement. Les banques ont été gavées d’obligations d’Etat. Les auteurs envisagent franchement ce dont personne n’ose parler ouvertement : un défaut sur les dettes publiques de certains Etats membres. Je cite : « la responsabilité implique que les créanciers privés qui ont prêté à des Etats trop endettés puissent ne pas être remboursés entièrement. » Les banques, purgées des mauvaises dettes, celles des Etats en l’occurrence, ne s’en porteraient que mieux.

Deuxio, l’Union européenne devrait restaurer sa crédibilité vis-à-vis de ses partenaires commerciaux. Celle-ci a, en effet, été ébranlée par la manière chaotique dont ont été menées les négociations de l’accord avec le Canada. En outre, l’Europe devrait mieux se protéger face à des concurrents qui, comme la Chine, n’hésitent pas à mettre la main, en Europe, sur des secteurs stratégiques.

Tertio, l’Europe devrait commencer à assumer un peu plus sérieusement sa propre défense ainsi que ses capacités à intervenir hors de ses frontières. Cela passe, en particulier, par la coopération sur les équipements, si difficile à faire advenir, quand tant d’Etats veulent d’abord soutenir, par leurs commandes, leurs propres industries d’armement…

Quatro, achever le marché unique. On sait que c’est l’Estonie, le pays le plus numérisé du monde, qui préside l’Union européenne ce semestre, le Royaume-Uni ayant dû passer son tour. Tallin est décidé à faire de l’unification du marché du numérique l’une des priorités de sa présidence.

Enfin, les auteurs recommandent une plus grande convergence des politiques fiscales et sociales. L’éternel vœu pieux.

Mais les chances de parvenir à mettre en œuvre ces programmes apparaissent bien faibles. Selon Stefan Lehne et Tomas Valasek du think tank Carnegie Endowment. Parce que les capacités de négociation de l’UE sont trop sollicitées. Et parce que les lignes de clivage entre Est et Ouest de l’UE sont en train de se durcir, dans la mesure où la question de l’immigration recoupe à présent celle des droits sociaux des travailleurs détachés. Notre Europe serait-elle trop divisée pour constituer une vraie puissance ?

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