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Une fenêtre d'opportunité pour un deal franco-allemand

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Après les élections de septembre - et si la France a démontré sa volonté de se réformer - l'Allemagne nous apportera l'aide dont nous avons besoin.

Pour réussir, Emmanuel Macron a besoin de la solidarité de l’Allemagne. Berlin était, certes, soulagé d’avoir vu triompher le candidat le plus europhile à la présidentielle ; mais Merkel attend que la France mette enfin en œuvre les réformes de structure avant de s’engager dans des projets communs.

Pourtant la donne internationale a changé : Trump, le Brexit… et cela aussi contribue à rapprocher les deux moitiés du couple. Le comportement du président américain, lors des récents sommets de l’OTAN et du G7 a convaincu la Chancelière que la politique américaine envers les alliés européens avait bel et bel bien basculé. Non seulement Trump attaque l’Allemagne au cœur de son projet politique d’après-guerre – le commerce extérieur, mais il tend à remettre en cause la garantie de sécurité américaine de l’Europe. Or, pour l’Allemagne, cette garantie est vitale.

La solidarité atlantique avait déjà été ébranlée par le « pivot vers l’Asie » d’Obama. Mais Trump va beaucoup plus loin dans la remise en cause du lien transatlantique. Il estime à juste titre que les Européens ne partagent pas équitablement les frais de leur propre défense : la moyenne européenne des budgets consacrés à ce secteur atteint péniblement 1,2 % du PIB en Europe, contre 3,3 % aux Etats-Unis, ou 3,7 % en Russie. Les Etats-Unis assument, à eux seuls, plus des 2/3 des dépenses de l’OTAN.

L’Allemagne, où sont stationnés 35 000 soldats américains, a été le partenaire le plus fidèle des Etats-Unis. Ce pays éprouve, en raison de son histoire, des scrupules très particuliers envers l’usage de la force armée. C’est sans doute la raison pour laquelle les gouvernements allemands ont gravement négligé l’équipement des armées. Les notes alarmistes se sont succédé, à la Commission de la Défense du Bundestag. La moitié seulement des Eurofighters de la Luftwaffe seraient réellement opérationnels et moins de la moitié des hélicoptères de la Marine. L’achat de pièces de rechange a été gelé durant des années.

L’Allemagne s’est beaucoup trop reposée sur les Etats-Unis pour assurer sa sécurité. Elle se réveille aujourd’hui avec inquiétude. D’où l’idée de relancer le vieux projet de Défense européenne. D’autant que, du côté français, l’utilisation des forces sur plusieurs théâtres d’opération, les a épuisées et que matériels sont souvent en fin de parcours. Ici aussi, un effort financier massif est devenu indispensable. Le cadre européen, franco-allemand, en particulier, permettrait de mutualiser les achats et de favoriser l’interopérabilité.

La Grande-Bretagne est la 2° armée européenne et dispose encore, elle, de capacités d’intervention réelles. Quel rôle peut jouer le Brexit dans un tel contexte ?

Les experts divergent sur ce point. Les uns considèrent que les Anglais constituaient un facteur de blocage – ils ont toujours refusé une véritable intégration de leurs forces au sein d’une armée européenne. Leur départ constituerait donc une opportunité à saisir pour relancer la Communauté européenne de Défense, tombée à l’eau en 1954. Les autres estiment que le retrait des Britanniques de l’Union européenne ne signifie pas nécessairement la fin de toute coopération militaire avec cet acteur, relativement important pour la défense de l’Europe continentale.

Relevons, en passant, que le rapprochement franco-allemand en cours inquiète beaucoup le Royaume Une. « Les diplomates britanniques espéraient encourager des divisions entre les deux Etats membres les plus puissants pour obtenir un meilleur deal », écrit le Financial Times. « Cet espoir a vécu lorsque Macron a gagné. Car les deux partenaires présentent à présent un front uni. »

Mais finalement, les Allemands vont aider Macron. Pour une raison simple : ils ont un intérêt vital à ce qu’il réussisse. Dans une note de l’important think tank allemand Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik, Daniela Schwarzer écrit : « nous autres, Allemands, devrions prendre garde au fait que 45 % des électeurs français viennent de voter pour des partis populistes et europhobes. Le PS est en voie de désintégration, ses électeurs tentés par le populisme gauchisant. LR est tellement menacé par le Front national qu’une partie de ses dirigeants sera tenté de durcir son discours européen et de s’aligner sur les thèses souverainistes. La poursuite de l’aventure européenne est menacée.

Les dirigeants allemands doivent donc aider Macron, en appuyant ses idées de réformes en Europe, afin de démontrer aux électeurs français que la voie des réformes de structure, en interne, est payante.

De leur côté, Thomas Gomart, directeur de l’IFRI et Thorsten Benner, directeur du GPPI de Berlin co-signent, ce mois-ci dans la revue Foreign Affairs, un article dans le même sens : « la présidence Macron, écrivent-ils, offre la meilleure chance de revivifier la relation franco-allemande, au moment où l’Europe en a le plus besoin. » Le deal est simple et clair : la France mène à bien ses réformes de structure, en échange l’Allemagne accepte un plan de relance au niveau européen. Si Martin Schulz (SPD) est élu chancelier, Macron obtiendra un appui à 100 %, car son parti est sur la même ligne. Si Angela Merkel (CDU) est réélue, elle devra néanmoins rencontrer le président français « à la moitié du chemin ».

De toute façon, il y aura une fenêtre d’opportunité aussitôt passées les élections allemandes de septembre, pour une relance décisive du couple franco-allemand – et de ses initiatives pour l’Europe.

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