LE DIRECT
Etats-Unis / Chine : une nouvelle guerre froide vient-elle de commencer ?

Chine/USA : vers une nouvelle guerre froide ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Les relations entre les Etats-Unis et la Chine ne cessent de se tendre. Evidemment, la conjoncture y contribue : Donald Trump est en campagne électorale… Jusqu’où cette tension peut-elle dégénérer ?

Etats-Unis / Chine : une nouvelle guerre froide vient-elle de commencer ?
Etats-Unis / Chine : une nouvelle guerre froide vient-elle de commencer ? Crédits : SOPA Images - Getty

Après avoir menacé de fermeture les deux applications chinoises les plus populaires aux Etats-Unis, WeChat et TikTok, le gouvernement américain vient d’annoncer une série de mesures frappant l’une des plus importantes sociétés chinoises d'Etat, China Communications Construction Co, (ou C4). Spécialisée dans la construction en temps record de grosses infrastructures, C4 emploie 124 000 personnes et elle sera un des acteurs majeurs des "nouvelles routes de la soie" imaginées par Pékin pour relier l’Asie à l’Europe. Ce qui lui est reproché ? Avoir participé à l’édification des îles artificielles que Pékin a construites en mer de Chine du Sud. 

A travers cette poussière d’îlots, la Chine entend contrôler militairement le trafic maritime entre océan Indien et océan Pacifique, soit un tiers du commerce maritime mondial. Elle s’est faite au détriment des droits territoriaux des Etats voisins, en particulier du Vietnam, des Philippines et de Bruneï. En 2015, afin d’apaiser leurs craintes, Xi Jinping s’était engagé à ne pas militariser ces petites îles. Il n’a pas tenu sa parole. Sur certaines d’entre elles, la Chine a construit des pistes d’atterrissage pour ses avions de combat. Elle y a déployé des systèmes de défense anti-aériens et des missiles anti-navires. 

Une nouvelle guerre froide a commencé. Empêcher qu’elle ne dégénère en une guerre chaude, c’est dorénavant le sujet. David Shambaugh, expert en relations sino-américaines

Inquiète, l'Inde se rapproche des Etats-Unis, de l'Australie et du Japon

De leur côté, les Américains se posent en garants de la circulation maritime et tentent d’apparaître comme une alternative crédible aux intimidations exercées par la Chine sur ses voisins. Ces initiatives chinoises ont rapproché l’Inde des Etats-Unis, de l’Australie et du Japon. Le groupe Quadrilateral Security Dialogue a repris de la vigueur, comme le relève Brahma Chellaney.

Bob Davis et Lingling Wei, deux journalistes du Wall Street Journal spécialistes des relations sino-américaines, viennent de faire paraître un livre sur la dégradation des relations entre Chine et Etats-Unis : Superpower Showdown : épreuve de force des super-pouvoirs. Sous-titre : Comment la bataille entre Trump et Xi menace d’une nouvelle guerre froide. Leur propos : l’audace de Xi Jinping contraste avec la prudence des ses prédécesseurs à la tête du Parti-Etat chinois. A ses voisins asiatiques, il entend imposer sa suprématie. Il viole les engagements chinois envers Hong Kong. Il persécute la minorité musulmane des Ouighours et ne cesse de menacer d’une invasion militaire, la libre et démocratique République chinoise de Taïwan. "L’Occident perd patience, écrivent les co-auteurs, face au manque de réciprocité de la Chine dans les joint-ventures, les subventions publiques aux entreprises privées, les vols de propriété intellectuelle."

Mais de son côté, Trump a multiplié les maladresses et les erreurs d’appréciation. Il a négligé les canaux de communication avec Pékin imaginés par ses prédécesseurs, comme le Strategic Economic Dialogue, créé par George W. Bush. Les Chinois ont longtemps ignoré qui était réellement en charge du dialogue sino-américain au sein de l’administration Trump, tant celle-ci est chaotique.

Une conjoncture dangereuse

La conjoncture est dangereuse et pousse les deux parties à la surenchère. En pleine campagne électorale, Trump veut apparaître comme un défenseur acharné et sans compromis des intérêts américains. De son côté, Xi désire distraire l’attention du monde des graves dysfonctionnements initiaux de la Chine dans la gestion de l’épidémie. Je me permets de renvoyer à ce propos au petit livre numérique que j’ai publié récemment aux éditions de L’Observatoire « Après l’épidémie, un moment chinois.) ». 

Mentionnons aussi un papier que vient de mettre en ligne l’ancien ministre Vert des Affaires étrangères Joschka Fischer, intitulé La fin de l’opportunisme occidental. Pourquoi est-ce aujourd’hui que les choses s’enveniment entre l’Occident et la Chine, se demande Fischer ? Après tout, cela fait des décennies que l’Occident tolère l’espionnage industriel endémique, le non-respect de la propriété industrielle par la Chine, ainsi que les atteintes aux droits de l’homme. Les démocraties fermaient les yeux parce qu’elles y trouvaient leur intérêt : l’accès à un marché de plus d’un milliard de consommateurs et une main d’œuvre peu onéreuse. 

Ce qui a changé, c’est que les Occidentaux ont enfin réalisé qu’ils avaient participé à l’essor d’un pays qui sera bientôt, que Trump le veuille ou pas, la première puissance du monde. Ils devront donc se débarrasser de leurs illusions sur la Chine et trouver "une voie moyenne entre la souplesse servile et la confrontation". Une voie étroite selon l’ancien ministre allemand.

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......