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La présidente Tsai Ing-wen

Une semaine à Taïwan

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Pour la Foire du Livre de Taipei

La présidente Tsai Ing-wen
La présidente Tsai Ing-wen Crédits : SAM YEH / AFP - AFP

Je pars pour Taïwan, l’ancienne Formose, où s’ouvrira mardi une importante Foire du Livre.  Ce sera surtout une occasion de rencontrer des intellectuels et des écrivains de cette étrange République de Chine – à ne pas confondre avec la République populaire de Chine avec laquelle l’île entretient des relations compliquées. Beaucoup d’écrivains de Hong Kong sont également attendus, très au fait de ce qui se passe et ce qui se pense en Chine continentale. Taïwan a aussi accueilli de nombreux Chinois du continent, fuyant les persécutions, à l’époque de la Révolution culturelle. C’est le cas de Chen Ruoxi, dont Denoël a publié, en 1980, avec une préface de Simon Leys, Le préfet Yin et autres histoires de la Révolution culturelle.

Taïwan est un drôle d’Etat, puisque c’est un Etat de facto, qui n’est reconnu que par une vingtaine de petits pays. Pour Pékin, Taïwan est partie intégrante de la nation chinoise et il ne saurait y en avoir qu’une seule, la République populaire de Chine. Les Etats-Unis eux-mêmes, pourtant protecteurs de Taïwan, n’ont pas d’ambassade à Taipei. 

L’île a connu une histoire compliquée, elle a été constamment envahie : par les Hollandais, puis la dynastie mandchoue des Qing, au XVII° siècle. Elle a été cédée au Japon par la Chine, après sa défaite, en 1895. Le Japon, vaincu, l’a confiée aux Nations-Unies. Mais l’événement qui a laissé le plus de trace dans la conscience collective contemporaine des Taïwanais, c’est le débarquement, en 1949, de l’armée du Kuomintang, chassée par les communistes de Mao Tsé Toung, victorieux

La révolte de la population locale contre ces envahisseurs nationalistes avait éclaté, plus tôt. Dés 1947. Ce qui est resté comme « l’incident 228 », le 28 février de cette année-là a entraîné une répression d’une extrême brutalité. Environ 30 000 morts. Lorsque Tchang Kaï-chek, fuyant la Chine continentale, devint président d’un Etat dictatorial, son régime soumit Taïwan à une « terreur blanche ». 

La démocratie fit lentement son chemin dans les années 1980, l’état d’urgence n’étant levé qu’en 1987. Et pour la première fois, en 2 000 fut élu un président qui n’appartenait pas au Kuomintang, Chen Shui-bian, réélu en 2012. Le Kuomintang revint au pouvoir en 2008 et 2012, sous la direction de Ma Ying-jeon. Mais un changement politique de grande ampleur s’est produit, en 2016, avec la double victoire du Parti démocrate progressiste, qui a remporté la présidentielle et la majorité absolue des sièges au Parlement. 

La présidente Tsai Ing-wen, première femme à accéder à cette fonction, est une avocate formée aux Etats-Unis et à LSE. Elle appartient à une minorité culturelle, les Hakka. Et elle représente la tendance la plus rétive de l’opinion envers toute perspective de réunification politique sous la direction de Pékin. 

Le paradoxe de la situation politique taïwanaise, c’est que la « coalition bleue », formée autour du vieux Kuomintang, s’est beaucoup rapprochée de Pékin, dont il apprécie le virage nationaliste provoqué par l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping. L’ancien président taïwanais Ma Ying-jeon, du Kuomintang est allé rendre une visite historique au chef de ce même parti communiste contre lequel son parti a mené une si longue guerre…. Et le Kuomintang est désormais identifié comme « le parti de la Chine ». 

Tandis que la « coalition verte » autour du Parti démocrate progressiste assume une identité taïwanaise distincte. 52 % des Taïwanais sont carrément favorables à une déclaration d’indépendance (contre 31 %) Mais la présidente se garde bien de se lancer dans une telle aventure que la Chine populaire a promis de punir militairement. 

La Foire du Livre de Taipei. 

Elle a pour invité d’honneur Israël, avec la présence de critiques gastronomiques, de dessinateurs et de l’auteur, très populaire sur place, de livres pour enfants, Yannets Levi, traduit notamment en chinois, en japonais et en coréen. 

Mais Leïla Slimani, Prix Goncourt 2016 (Chanson douce) et représentante personnelle du président Emmanuel Macron pour la francophonie, sera l’une des vedettes internationales. Aux côtés de la romancière américaine Wendy Walker (vous avez peut-être lu « Tout n’est pas perdu », un thriller psychologique, traduit en français). Il y aura aussi la romancière, archi-populaire au Japon, Banana Yoshimoto. On dit d’elle que c’est l’héritière de Haruki Murakami et son premier roman, « La cuisine » s’est vendu, dans son pays, à deux millions et demi d’exemplaires. Les Allemands seront très représentés. Parmi les vedettes, on relève les noms de Anja von Kampen, écrivain, réalisatrice et productrice de films pour enfants. Du journaliste et essayiste Martin Schäuble, spécialiste du Moyen Orient. Du romancier et philosophe Stephan Thome

Des éditeurs de toute l’Europe se donnent rendez-vous, cette année à cette Foire du Livre de Taipei. De nombreux français, bien sûr, mais aussi, des Autrichiens, des Tchèques, des Grecs, des Estoniens, des Italiens et des Portugais. C’est donc un événement intellectuel de portée internationale. Mais ce que je vais chercher sur place, c’est Taïwan. Une autre Chine : pluraliste et authentiquement démocratique. A demain, à Taipei !

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