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Plus de cinq millions de Vénézuéliens - 1 habitant sur 6 - ont fui la dictature qui sévit dans leur pays. Un défi humanitaire qu'Anthony Blinken, nouveau Secrétaire d'Etat de l'administration Biden ne peut ignorer...

Venezuela : premier dossier sensible pour Antony Blinken ?

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Parmi les dossiers sensibles qui attendent Antony Blinken, le nouveau Secrétaire d’Etat choisi par Joe Biden, il y a le cas du Venezuela. Quelles sont les scénarios possibles pour faire sortir le pays de la dictature ? De manière graduelle.... comme on y est entré ?

Plus de cinq millions de Vénézuéliens - 1 habitant sur 6 - ont fui la dictature qui sévit dans leur pays. Un défi humanitaire qu'Anthony Blinken, nouveau Secrétaire d'Etat de l'administration Biden ne peut ignorer...
Plus de cinq millions de Vénézuéliens - 1 habitant sur 6 - ont fui la dictature qui sévit dans leur pays. Un défi humanitaire qu'Anthony Blinken, nouveau Secrétaire d'Etat de l'administration Biden ne peut ignorer... Crédits : Jens Büttner / Picture Alliance - Getty

Le démantèlement des institutions démocratiques et le cataclysme économique qui frappent le Venezuela ne concernent pas que ses habitants. Par ses échecs, le régime a, en effet, provoqué la pire crise de réfugiés jamais connue en Amérique latine. D’après l’ONU, cinq millions et demi de Vénézuéliens - un habitant sur six - ont fui leur pays, pour chercher asile dans les pays voisins. C’est tout à fait comparable à la guerre civile syrienne. Et cela constitue, pour les hôtes voisins, un défi humanitaire que Washington ne peut ignorer. 

Des atteintes aux droits de l'homme équivalant à des crimes contre l'humanité

L’administration Trump a été incapable de faire bouger les lignes, à Caracas. Elle a pris fait et cause pour le président auto-proclamé Juan Guaido, leader de l’opposition. Mais c’est Nicolas Maduro, le successeur de Chavez, qui continue à tenir le pays d’une main de fer. Il a le soutien de l’armée et dispose de forces de police, connues pour leur extrême violence envers les opposants au régime. 

En 2019, Michelle Bachelet, Haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations-Unies a réclamé la dissolution des Forces d’action spéciales (FAES). Les trois responsables de la mission mandatée par le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies, pour enquêter sur les droits de l’homme au Venezuela ont rendu leur rapport à la fin de l’année dernière. Il est accablant. Martina Valinas, Francisco Cox Vial et Paul Seils font état de détentions arbitraires, de tortures - en particulier de violences sexuelles et d’exécutions extra-judiciaires. Des "violations des droits de l’homme d’une telle ampleur qu’ils équivalent à des crimes contre l’humanité" écrivent-ils.

Un régime quasi-dictatorial, installé de manière graduelle

Dans un article publié sur le site Telos-eu, Diego Lombardi, professeur de relations internationales à l'Université de Monterrey (Mexique), fait observer que la détérioration des éléments constitutifs d’une démocratie (certes imparfaite) menant à un système franchement autoritaire s’est faite, au Venezuela, "au ralenti" et "à une vitesse presque imperceptible pour le citoyen"

Si l’on prend pour critères l’indice mis au point par l’institut suédois V-Dem, on constate que la détérioration s’est déroulée de manière graduelle, sur une période de vingt ans. Sous Hugo Chavez, la dégradation a été brutale, mais le régime bénéficiait encore, au début, d’une certaine popularité. Puis, il a dû multiplier, pour se maintenir au pouvoir, les irrégularités électorales. "En vingt ans, écrit Lombardi, le Venezuela a basculé d’un gouvernement autoritaire soutenu par les Vénézuéliens à un autre gouvernement autoritaire, mais sans soutien. On peut dire en fait que le soutien populaire du premier nécessitait moins de fraude électorale, même si les irrégularités étaient de mise." 

Des élections truquées et boycottées par l'opposition

Les élections sont à présent truquées à une telle échelle et avec un tel cynisme, que l’opposition vénézuélienne a préféré boycotter le scrutin du 6 décembre dernier. Comme elle était majoritaire dans la dernière Assemblée nationale, M. Guaido a proclamé qu’elle resterait en place. Bien sûr, le Tribunal suprême de justice, aux mains des chavistes, a invalidé cette décision. Mais on ne se trouve pas dans la situation dont rêvaient Washington et la plupart des Etats d’Amérique latine. 

D’autant que la Russie et la Chine, qui ont à présent d’importants intérêts au Venezuela, reconnaissent les résultats des élections et soutiennent activement le régime de Nicolas Maduro. 

Comment en sortir sans provoquer une guerre civile ?

Comment sortir de cette situation absurde et dramatique pour les Vénézuéliens ? D’après Michael J. Camilleri, la nouvelle administration américaine maintiendra les sanctions économiques décidées par la précédente, mais elle remplacera les discours belliqueux sans effets notables sur place, par des négociations. Antony Blinken cherchera surtout à agir de concert avec les pays d’Amérique latine. La décomposition du Venezuela les embarrasse, mais qui, depuis quelques temps, ils avaient semblé renoncer à voir ce pays sortir du chaos. 

L’opposition et les voisins misaient sur un "agenda en trois étapes", dont la première étape prévoyait une rupture entre les militaires et le régime. Celle-ci n’ayant pas eu lieu, il est difficile d’enclencher les deux suivantes... Pourtant, souligne Diego Lombardi, le régime bénéficie des divisions de l’opposition. Une petite partie d’entre elle continue à juger utile de participer aux élections, une autre s’accroche au plan en « trois étapes », une autre enfin mise sur une intervention étrangère, jugeant le régime trop consolidé pour être susceptible d'être renversé de l’intérieur. 

Une contre-révolution au ralenti

La dictature s’étant construite graduellement et par étapes, la sortie de crise devrait adopter le même gradualisme, estime Diego Lombardi. D’autant que "les options rapides pourraient pousser le pays sur la voie sans issue de la violence. Il faut insister sur le fait que la modération n’implique pas de renoncer aux aspirations démocratiques et à la liberté, mais de chercher un socle commun [entre le régime et l’opposition] pour construire une sortie viable. Le meilleur pari pour le Venezuela est celui d’une contre-révolution au ralenti", conclut l’auteur – si on considère que le régime fondé par Chavez et maintenu par Maduro, sous prétexte qu’il se réclame du socialisme, a constitué une révolution…

Le régime lui-même a intérêt à faire machine arrière et à tenter une désescalade : il a besoin de prêts et d’investissements internationaux pour sortir de l’impasse où il s’est lui-même enfoncé… 

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