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Xi Jinping : après les réformes libérales, un vent néo-maoïste ?

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Le nouveau dirigeant chinois, confronté à des problèmes inédits, s'est vu doté de pouvoirs renforcés par le Parti communiste. Il y a dans l'air, un parfum de "guerre idéologique", selon de nombreux observateurs.

Pendant deux décennies, on a eu le sentiment que le parti au pouvoir en Chine n’avait de communiste que son nom. Au nom des réformes, c’est bien un capitalisme débridé qui a été institué dans le pays. Quelle est l’idéologie réelle des dirigeants actuels de ce parti ?

Souvenons-nous qu’à l’époque de Jiang Zemin et de Hu Jintao durant la période qui s’étend donc de 1989 à 2012, les Chinois ont connu un enrichissement sans précédent dans l’histoire. Grâce aux réformes inspirées par Deng Xiao Ping, de pays sous-développé, la Chine est devenue l’une des premières puissances économiques de la planète – peut-être la première… La seule idéologie encouragée alors était une forme de pragmatisme sans complexe. « Qu’importe qu’un chat soit noir ou gris, l’important, c’est qu’il attrape les souris », disait le malicieux petit homme.

Tout ce qu’on demandait aux Chinois, c’était accepter les réformes, de saisir les opportunités de s’enrichir, en développant ainsi le pays lui-même. La génération qui faisait tourner l’économie était fatiguée des grandes mobilisations du passé. La Grande Révolution Culturelle Prolétarienne était rangée au magasin des mauvais souvenirs. On tentait d’oublier aussi les espoirs démocratiques, écrasés sous les chenilles des chars, place Tian’ Anmen, en se consacrant à sa carrière et à sa famille. C’était une époque « post-idéologique ». « On avait du mal, écrit Taisu Zhang, dans un article de Foreign Policy, à convaincre les observateurs étrangers que les dirigeants chinois avaient rompu de facto avec le communisme. » Certes, le parti s’y référait encore, mais de manière purement formelle. Et surtout parce que la conquête du pouvoir par Mao Tsé Toung, en 1949, constitue l’origine de son pouvoir.

Les critiques occidentaux du régime estimaient, de leur côté, que ce « pragmatisme flexible » constituait un bon moyen, pour les Chinois, de s’exonérer des contraintes et des responsabilités qui vont avec la puissance.

Mais le vent a tourné de manière radicale depuis l’accession au pouvoir de Xi Jinping et de son équipe. Les signes d’un regain de l’idéologie sont visibles partout en Chine. Il y a de la « guerre idéologique » dans l’air. Est-ce à dire que l’économie est passée au second plan ? Pas nécessairement. Et c’est le sujet auquel je vais tenter de consacrer mes chroniques de la semaine.

Tout est affaire de symboles en Chine. Bien des signes montrent qu’on a affaire à un tournant du côté du leadership. L’actualité pour commencer. Fin octobre, le 6° Plénum du Parti communiste a conféré à Xi Jinping un titre qu’avant lui, seuls Mao Tsé Toung, Deng Xiao Ping et Jiang Zemin avaient obtenu. La presse française a traduit hexin par « noyau dur », ce qui ne rend pas compte avec justice de l’expression chinoise. La presse anglo-saxonne l’a traduit par « core leader » (leader noyau). La première syllabe signifie, en effet, noyau, ou encore nucléaire. La seconde désigne le cœur, l’esprit, le centre. Xi Jinping est donc proclamé doublement central dans le Parti et l’Etat. Ce titre l’élève au-dessus de son prédécesseur, Hu Jintao. Il renforce l’idée que les dirigeants et le Parti tout entier doivent se rassembler autour de ce « noyau ». Pour beaucoup d’observateurs, le titre de « leader central » a été donné à Xi Jinping, parce qu’on estime qu’il doit faire face à des défis très compliqués. On y reviendra. Dans le même esprit, Deng l’avait déjà utilisé, en 1989, pour doter son successeur, Jiang Zemin, d’une autorité à la hauteur de la tâche qui, pensait-il avec raison, l’attendait.

Rappelons que Xi Jinping est un pur produit du système communiste. C’est un héritier : son père, Xi Zhongxun, a participé à la Longue Marche aux côtés de Mao Tsé Toung. Après la prise du pouvoir, il a été vice-premier ministre, puis est tombé en disgrâce, pour être finalement réhabilité par Deng Xiao Ping. Dans la langue du Parti, on appelle les responsables comme Xi Jinping, enfants de dirigeants et élevés dans le sérail « les petits princes rouges ». Xi a été désigné premier secrétaire du Parti communiste chinois par le comité permanent du Bureau politique en novembre 2012 ; puis il a été élu président de la République par l’Assemblée nationale populaire en mars 2013.

Il est vite devenu évident que ce nouveau dirigeant est en mesure d’impulser un tournant assez radical par rapport à la ligne suivie par ses prédécesseurs. Et qu’il y est déterminé. L’ère du pragmatisme et des réformes libérales est terminée.

Tout avait pourtant commencé par une purge qui a pu être interprétée, sur le moment, comme visant « l’aile gauche » - celle de Bo Xilai, au printemps 2012. Cet ancien ministre du commerce, avait lancé un mouvement néo-maoïste à Chongqinq, la ville dont il était Secrétaire par le Parti communiste. Jugé pour corruption, il a été condamné à la prison à vie.

Pourtant, aux yeux de nombreux analystes, c’est à une sorte de « revival maoïste » qu’on assiste en Chine, sous la direction de Xi Jiping. C’est le titre d’un article publié dans le Journal of Democracy par le sinologue américain Suisheng Zhao. A ses yeux, le programme du nouveau leader chinois, « Bain de jouvence pour la Chine », est « une mixture de communisme et de nationalisme. » Il emprunte même à Lénine le concept de « centralisme démocratique » pour exiger une discipline de fer au sein du Parti unique et une emprise retrouvée de celui-ci sur la société chinoise. Le communisme, c’est ce qu’on oppose aux intellectuels, tentés par le libéralisme à l’occidentale. Le nationalisme, lui, est destiné au peuple chinois, dont on exige l’obéissance au nom de l’intérêt national. Mais qu’on cherche aussi à couper du monde, pour le maintenir dans l’obéissance.

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