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Le philosophe et écrivain français Jean-Paul Sartre (d) s'adresse aux étudiants contestataires réunis dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne le 21 mai 1968
Épisode 4 :

Un mouvement éclaté

59 min
À retrouver dans l'émission

Le mouvement se calme après le 18 mai, mais s'étend et se massifie dans de nombreux secteurs. Entre les théâtres, les Beaux-arts, le cinéma et la presse papier, télévisée ou radiophonique, la recherche d'un nouveau modèle agite les esprits et les débats.

Le philosophe et écrivain français Jean-Paul Sartre (d) s'adresse aux étudiants contestataires réunis dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne le 21 mai 1968
Le philosophe et écrivain français Jean-Paul Sartre (d) s'adresse aux étudiants contestataires réunis dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne le 21 mai 1968 Crédits : GEORGES BENDRIHEM - AFP

Chroniques de Mai : une série en sept volets de Dominique Chagnollaud, diffusée pour la première fois sur France Culture en 1988.  Suivez avec nous les événements de l'Année 68 au travers d'une mise en abyme documentaire qui reprend les événements de façon chronologique, de la bouche de ceux qui ont fait l'époque. 

Les témoignages : Henriette Asséo et Jacques Tarnero du Mouvement du 22 Mars, Alain Krivine, de la Jeunesse communiste révolutionnaire, Roland Castro de l'Union des Jeunesses communistes marxistes-léninistes, Michel Jobert, directeur de Cabinet de Georges Pompidou, Pierre Chaunu, historien, Bernard Tricot, secrétaire général du général De Gaulle, Maurice Grimaud, Préfet de police de Paris, Jean-Jacques Vierne, réalisateur radio CGT, Philippe Tesson, rédacteur en chef de "Combat", Jacques Charby, comédien, Maurice Seveno, journaliste et Jacques Doniol-Valcroze, cinéaste.

Le premier terrain sur lequel le témoignage va se porter est celui du théâtre, et principalement via l'occupation du Théâtre de l'Odéon. 

Le préfet Grimaux me dit : j'ai l'ordre d'évacuer l'Odéon, c'est manifestement inutile, l'Odéon va tomber comme un fruit blet et on risque de relancer une agitation en l'évacuant avant minuit, ce qui était prendre l'Odéon dans sa petite matinée si je puis dire. Et nous l'avons obtenu cette appréciation du moment, et je me souviens que j'avais lancé ce mot de théâtre : on ne fait pas tomber le général sur une affaire de théâtre.        
Michel Jobert 

Une des nombreuses affiches faites par les étudiants des Beaux-Arts
Une des nombreuses affiches faites par les étudiants des Beaux-Arts Crédits : Gérard JULIEN - AFP

L'occupation des Beaux-Arts, un autre aspect qui permet d'aborder les changements majeurs dans la création artistique et architecturale. 

Architecte est devenu une injure, on arrêtait toutes les bagnoles qui passaient rue Bonaparte, les gens ne comprenaient pas ce qui leur arrivait : on les traitait d'architectes. C'était assez marrant parce que, à la même époque, les situationnistes disaient : "les architectes finiront pendus dans leurs grands ensembles".        
Roland Castro

La presse écrite, elle aussi, s'enflamme, et de nombreux journaux voient le jour, et notamment "Combat". 

Le mouvement chez nous n'était ni idéologisé, bien loin de là, ni conceptualisé, ni, encore moins, politisé. Ça a été l’adhésion d'une petite équipe de journalistes à la colère de toute une jeunesse.        
Philippe Tesson

Dans le monde du cinéma, la mobilisation commence dès février 1968 avec l'éviction d'Henri Langlois de la direction de la Cinémathèque. S'ensuit un certain nombre de manifestations qui aboutiront à la tenue des États Généraux du cinéma. 

On a fait une manifestation devant le siège administratif de la Cinémathèque, un sitting, qui a duré. Au bout d'un moment, nous les cinéastes avons pensé que c'était suffisant et on a donné l'ordre de se disperser. Et à ce moment-là il y a un petit jeune homme roux bouclé qui est monté sur une caisse et qui a dit : "non, non, non, ce n'est pas fini, il faut rester". C'était Cohn-Bendit, et on n'a rien pu faire, la manifestation a duré encore deux heures.        
Jacques Doniol-Valcroze

Le dernier champ sur lequel se penche le documentaire est le démarrage de la grève chez les journalistes de radio puis de télévision à l'ORTF.

Le mouvement n'était pas politique pour les journalistes à l'époque, il était, je dirais, professionnel, de solidarité d'abord avec ce qui se passait : il y a eu des événements ponctuels qui ont fait que ça s'est déclenché comme ça. Si vous voulez, le mouvement a commencé lorsque le pouvoir a interdit de passer des reportages sur les manifestations.        
Maurice Seveno

Le document se conclut par l'intervention de Jean-Paul Sartre, le 22 mai, à la Sorbonne, où il prononcera cette tirade passée ensuite à la postérité : 

Marcuse dit dans son dernier livre cette phrase "notre espoir ne peut venir que des sans-espoirs". Je veux dire qu'un des sens de l'insurrection des étudiants c'est que vous ne voulez pas rentrer dans cette société-là, et vous ne voulez pas y entrer parce que vous pensez que si vous y entrez, vous êtes faits, faits comme des rats. 

Avec les voix de :

Daniel Cohn-Bendit - Mouvement du 22 Mars

Jean-Louis Barrault - directeur du théâtre de l'Odéon

Jean-Paul Sartre - écrivain, philosophe

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