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Henri Bergson
Épisode 4 :

La perception du changement

51 min
À retrouver dans l'émission

Quand Turner et Corot regardent la nature, que voient-ils de plus que nous ?

Calais Sands at Low Water - Poissards Collecting Bait
Calais Sands at Low Water - Poissards Collecting Bait Crédits : Joseph Mallord William Turner

Leur rapport virginal au monde permet ce que Bergson appelle de ses vœux : élargir notre perception, dilater notre vision des choses; et le philosophe doit prendre le relais. Pourtant, écrit Bergson, "avant de philosopher, il faut vivre", et "la vie exige que nous mettions des œillères". Comment donc ôter ce voile qui nous sépare des choses, et pénétrer dans la durée, par laquelle "ce qu’il y avait d’immobile et de glacé dans notre perception se réchauffe et se met en mouvement" ? Éclairages de Paul-Antoine Miquel.

Le texte du jour

« Il y a, depuis des siècles, des hommes dont la fonction est de voir et de nous faire voir ce que nous n'apercevons pas naturellement. Ce sont les artistes.

À quoi vise l'art, sinon à nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience ? […]

Les grands peintres sont des hommes auxquels remonte une certaine vision des choses qui est devenue ou qui deviendra la vision de tous les hommes. Un Corot, un Turner, pour ne citer que ceux-là, ont aperçu dans la nature bien des aspects que nous ne remarquions pas. – Dira-t-on qu'ils n'ont pas vu, mais créé, qu'ils nous ont livré des produits de leur imagination, que nous adoptons leurs inventions parce qu'elles nous plaisent, et que nous nous amusons simplement à regarder la nature à travers l'image que les grands peintres nous en ont tracée ? – C'est vrai dans une certaine mesure ; mais, s'il en était uniquement ainsi, pourquoi dirions-nous de certaines œuvres – celles des maîtres – qu'elles sont vraies ? […] Approfondissons ce que nous éprouvons devant un Turner ou un Corot : nous trouverons que, si nous les acceptons et les admirons, c'est que nous avions déjà perçu quelque chose de ce qu'ils nous montrent. Mais nous avions perçu sans apercevoir. C'était, pour nous, une vision brillante et évanouissante, perdue dans la foule de ces visions également brillantes, également évanouissantes, […] et qui constituent, par leur interférence réciproque, la vision pâle et décolorée que nous avons habituellement des choses. Le peintre l'a isolée ; il l'a si bien fixée sur la toile que, désormais, nous ne pourrons nous empêcher d'apercevoir dans la réalité ce qu'il y a vu lui-même. »

- Henri Bergson, La pensée et le mouvant, 1934, « La perception du changement : 1ère conférence », conférences faites à l’université d’Oxford (1911), Quadrige, p.149.

Lecture

- Henri Bergson, La pensée et le mouvant, 1934, « La perception du changement : 2ème conférence », conférences faites à l’université d’Oxford (1911). PUF, Quadrige, p.170.

Extraits

- Archives Bergson, extrait de Le rire lu par Bergson

- Van Gogh, film de Maurice Pialat (1991)

Références musicales

- Debussy, Rêverie L68

- Gabriel Fauré, Ballade en Fa dièse maj op 19

- Ravel, Miroirs M 43 : Une barque sur l'océan

- Coltrane, My favorite things

- Ella Fitzgerald, You've changed

Paul-Antoine Miquel
Paul-Antoine Miquel Crédits : MC - Radio France

Emission en partenariat avec Philosophie magazine

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Chroniques
10H50
2 min
Deux minutes papillon
"Liberté et joie chez Bergson et Spinoza" de Lionel Astesiano
Intervenants
  • professeur de philosophie contemporaine à l’Université de Toulouse 2- Le Mirail
L'équipe
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