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Vladimir Jankélévitch
Épisode 1 :

Un menteur peut-il être sincère ?

58 min
À retrouver dans l'émission

Entre 1937 et 1946, Jankélévitch rédige son "Traité des vertus". Dans cet ouvrage colossal de près de 800 pages, il évoque courage, fidélité, bonté, tempérance, endurance, amour... Mais qu'est-ce qu'une vertu ? Et comment être vertueux selon Jankélévitch ?

Un menteur peut-il être sincère ?
Un menteur peut-il être sincère ? Crédits : Malte Mueller - Getty

Vladimir Jankélévitch naît en 1903, et il a 36 ans lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate.
Né de parents russes juifs, il fit de brillantes études à l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm, où il fut reçu premier à l'agrégation... Il démarre ensuite une carrière universitaire prometteuse et rédige plusieurs ouvrages majeurs de philosophie.
Mais à partir de 1937, il travaille à un certain Traité des vertus, ouvrage colossal qui comptera de près de 800 pages, et ces vertus sont nombreuses : courage et fidélité, humilité et modestie, gratitude et pardon, et pour commencer cette semaine, la sincérité, qui est bien plus que l'art de ne pas mentir...

L'invitée du jour :

Laure Barillas, enseignante-chercheuse en philosophie à l’université de Strasbourg et auteure d’une thèse sur la pensée de Jankélévitch

Le "Traité des vertus", un cri nostalgique

Le "Traité des vertus" est une forme de cri nostalgique face à une métaphysique qui est perdue, d'une certaine façon. Le but des vertus, c'est d'arriver à retrouver une forme de stabilité ontologique dans quelque chose qui échappe complètement à toute conceptualisation... Il commente énormément Aristote, et à la fois il s'oppose à la description de la vertu comme une habitude qui faciliterait l'action, mais il le dit aussi à beaucoup d'autres moments, être vertueux, ça n'est pas être virtuose, ça n'est pas pratiquer un talent, c'est avant tout un rapport à soi et qui, justement, ne peut pas s'apprendre.              
Laure Barillas

Qu'est-ce qu'un acte vertueux ?

Pour Jankélévitch, dans la vertu, on ne peut pas avoir un contenu précis, c'est à dire que la sincérité, on ne peut pas la définir par le fait de dire la vérité en toute circonstance. Ce serait plus de la vertu puisqu'on est dans quelque chose qui est déjà figé, de l'ordre de la définition. On ne peut pas être vertueux dès qu'on arrive à définir un acte, l'acte vertueux, finalement, c'est quelque chose qui va se produire, qui est la rencontre de l'instant, de l'occasion, et en même temps, d'une disposition qui est déjà présente.      
Laure Barillas

La sincérité

La sincérité est toujours belle, toujours exigible et absolument bonne ; la sincérité ne dépend plus des clauses moyennant lesquelles elle deviendrait vertueuse, mais au contraire c’est elle qui donne de la valeur à une conduite en elle-même sans valeur.  
Vladimir Jankélévitch dans le "Traité des vertus"

Textes lus par Vincent Schmitt :

  • Extrait du Traité des vertus, de Jankélévitch, Les Vertus et l’amour, 1949, tome 2, volume 1, chapitre 1 "De la vertu", éditions Flammarion (avec une musique de Ravel, Sonatine pour piano en fa dièse min M 40 : 1. Modéré)
  • Extraits du Traité des vertus, de Jankélévitch, Les Vertus et l’amour, 1949, tome 2, volume 1, chapitre 3 "De la sincérité", éditions Flammarion (avec une musique de Scriabine interprétée par Jankélévitch, et musique de Ravel, Alborada del gracioso, arrangement pour basson et piano)

Sons diffusés :

  • Mixe d'ouverture par Laurence Malonda avec : des extraits de Jankélévitch interprétant Scriabine, archive de Jankélévitch dans l'émission Ne quittez pas l'écoute (France Culture, 08/06/1978), archives de Jankélévitch (France Culture, 12/11/1971), chanson interprétée par Dick Gautier
  • Extrait de Vladimir Jankélévitch, un homme libre (diffusé le 10 juin 1995), émission de Christine Goémé sur France Culture
  • Extrait du film Fantômas (1964), d’André Hunebelle
  • Archives de Vladimir Jankélévitch,29 décembre 1971, France Culture
  • Extrait de la série Breaking bad, S01E01, 2008, série créée par Vince Gilligan
  • Extrait du film La vie est belle (1997), de Roberto Benigni 
  • Chanson de fin : Fernandel, Je me mens

Bibliographie

Intervenants
  • enseignante-chercheuse en philosophie à l’université de Strasbourg et auteure d’une thèse sur la pensée de Jankélévitch

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