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Contre la haine de Carolin Emcke

59 min
À retrouver dans l'émission

A qui profite la haine ?

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. Crédits : HENDRIK SCHMIDT / DPA - AFP

Des réfugiés accueillis par une foule aux cris de "nous sommes le peuple", Eric Garner étouffé par des policiers à New York, des tombes profanées....

La liste de victimes s'allonge un peu plus chaque jour, sans qu'aucune réaction ne se fasse entendre de la part des victimes. Où est passé la parole des philosophes au sujet de la haine ? Et comment retrouver la nuance nécessaire pour parler de cette actualité ?

Dans son essai Contre la haine, notre invitée Carolin Emcke, ancienne reporter de guerre au service international du Spiegel et docteure en philosophie dénonce  l'indifférence avec laquelle ces événements défilent dans l'opinion publique et déjoue les mécanismes des discours haineux portés par le populisme.

Le texte du jour

Je suis un homme qu'on ne voit pas. Non, rien de commun avec ces fantômes qui hantaient Edgar Poe; rien à voir, non plus, avec les ectoplasmes de vos productions hollywoodiennes. Je suis un homme réel, de chair et d'os, de fibres et de liquides - on pourrait même dire que je possède un esprit. Je suis invisible, comprenez bien, simplement parce que les gens refusent de me voir. Comme les têtes sans corps que l'on voit parfois dans les exhibitions foraines, j'ai l'air d'avoir été entouré de miroirs en gros verre déformant. Quand ils s'approchent de moi, les gens ne voient que mon environnement, eux-mêmes, ou des fantasmes de leur imagination - en fait, tout et n'importe quoi, sauf moi. Mon invisibilité n'est pas davantage une question d'accident biochimique survenu à mon épiderme. Cette invisibilité dont je parle est due à une disposition particulière des yeux des gens que je rencontre. Elle tient à la construction de leurs yeux internes, ces yeux avec lesquels, par le truchement de leurs yeux physiques, ils regardent la réalité. Je ne me plains pas, je ne proteste pas non plus. Il est parfois avantageux de n'être pas vu, encore que, dans l'ensemble, cela vous porte plutôt sur les nerfs. Et puis, aussi, ces gens dont la vision est mauvaise se cognent à vous sans arrêt. Ou même, il vous arrive souvent de douter réellement de votre existence. Vous vous demandez si vous n'êtes pas simplement un fantôme dans l'esprit d'autrui. Disons, un personnage de cauchemar, que le dormeur essaye désespérément de détruire.

Ralph Ellison, Homme invisible, pour qui chantes-tu ? trad. Magali et Robert Merle, Paris, Grasset, « Les Cahiers rouges », 1969, p. 37

Extraits

Allocution d’Angela Merkel, le 31 août 2015, Angela Merkel prend la décision d’ouvrir les frontières de l’Allemagne aux réfugiés

Vidéo amateur, Youtube : le 18 février 2015, les habitants de Clausnitz s’organisent pour siffler les migrants à leur arrivée au village et les accueillir aux cris de « nous sommes le peuple ». 

Vidéo amateur de Ramsay Orta, 17 juillet 2014 : l’auteur de la vidéo, commente l’arrestation d’Eric Garner, étouffé à mort par la police de l’Etat de New York, en pleine rue. 

Références musicales

Rubio, Bass in action

Blaine L. Reininger, Bass theme

SXTN, Ich bien schwarz

Chroniques

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5 min

Le Journal de la philo

Pour une philosophie de la frustration
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