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Le philosophe français Alain Badiou
Épisode 2 :

Faut-il changer le monde pour être heureux ?

53 min
À retrouver dans l'émission

2015 |Alain Badiou propose sa définition du bonheur en distinguant "satisfaction" et "bonheur" sans les opposer non plus. Pour le philosophe, "Le grand bonheur c'est quand on se découvre capable de quelque chose dont on ne savait pas capable. Il n'est pas de l'ordre de la satisfaction."

Le philosophe français Alain Badiou
Le philosophe français Alain Badiou Crédits : Eric Fougere/VIP Images/Corbis - Getty

Deuxième volet d'une série de quatre émissions consacrées au bonheur. Aujourd'hui Adèle Van Reeth s'interroge sur la problématique : Faut-il changer le monde pour être heureux ? Elle s'entretient avec le philosophe Alain Badiou qui résume ainsi sa définition du bonheur :

Le grand bonheur c'est quand on se découvre capable de quelque chose dont on ne savait pas capable. Il n'est pas du tout de l'ordre de la satisfaction puisque la satisfaction c'est au fond combler ce dont on sait qu'on en a envie, mais au contraire, il est du côté de la découverte… la découverte d'une possibilité qu'on ignorait. C'est la création d'une nouvelle possibilité, le bonheur, en réalité, toujours ça suppose qu'une nouvelle possibilité émerge.

En tant que philosophe, il voit dans le bonheur "quelque chose qui a rapport à l'infini" au contraire de la satisfaction "qui accepte sa clôture dans le monde de la finitude" comme "ajustement au monde tel qu'il est".

[Le bonheur] n'est pas enclos dans la finitude des circonstances, il accepte quelque chose d'inédit, une possibilité qui n'était pas calculable. Et cette possibilité, elle va combler l'individu en tant qu'il va la subjectiver au-delà précisément de la satisfaction et donc au-delà de ce qu'il connaît de lui-même. Dans le bonheur nous découvrons quelque chose de nous-mêmes que nous ne connaissions pas.

Quant au bonheur politique, "le bonheur ne propose pas de garantie quant à sa durée parce que sa durée ramène au monde" précise Alain Badiou et il voit dans ce mouvement perpétuel entre un bonheur qui surgit du changement et un monde "dont la loi interne" est la satisfaction, il y voit donc une "dialectique effective et tendue".

Lorsqu'Alain Badiou s'exprime sur le communisme, il fait appel à l'idée du communisme car "la réalisation du communisme ça ne veut en un certain sens rien dire".

J'appelle communisme générique l'idée que l'humanité peut s'affirmer comme prenant en charge son propre destin dans des conditions égalitaires. Et ça ça se produit dans l'histoire depuis toujours d'une certaine manière.

Quant au rôle de la philosophie dans tout cela, "elle est au service du bonheur, dans la mesure où elle doit déplier toutes les conditions rationnelles possibles et inimaginables de possibilité d'une telle expérience".

Textes lus par Georges Claisse

  • Saint-Just "Citoyens, je vous présente…le bonheur est une idée neuve en Europe "
  • Arthur Rimbaud, Illuminations, Démocratie

Extraits diffusés

  • MAI 68 : UN « EVENEMENT »
  • Source : TF1, le 14 mai 1978 Antenne 2 (Jean-Louis Missika et Dominique Wolton), le 25 octobre 1981
  • Le dîner de cons , film de Francis Weber (1998)

"2 minutes papillon" de Géraldine Mosna-Savoye 

  • Rémy Sanvoisin , Kubrick et la musique , aux éditions Vrin

Musiques diffusées

  • Jimmy Rowles, That’s all
  • Max Richter, Last days
  • Beethoven, Symphonie n°3
  • Richard Wagner (version Chéreau-Boulez à Bayreuth), air de Siegmund, acte 1 de La Walkyrie
  • Sacha Distel, La belle vie
Intervenants
  • Philosophe, dramaturge, professeur émérite à l'Ecole Normale Supérieure
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