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Verhoeven sur le tournage de Robocop
Épisode 2 :

“Elle”, peut-on refuser d’être une victime ?

58 min

Verhoeven dépeint les rapports entre hommes et femmes comme une guerre ouverte, avec la violence comme lien indéfectible. "Elle" dédramatise le viol, le déréalise, mais peut-on faire un tel film sans laisser la place au statut de victime ? Banalise-t-il le viol ou dénonce-t-il la culture du viol ?

Isabelle Huppert et Paul Verhoeven sur le tournage de "Elle"
Isabelle Huppert et Paul Verhoeven sur le tournage de "Elle" Crédits : Copyright SBS Distribution

L'invitée du jour :

Murielle Joudet, critique cinéma au Monde

La filmographie d'Huppert, en nuances d'absence

Au début du film, il y a un écran noir, le bruit d'une agression dont on va comprendre que c'est un viol, puis un chat apparaît, l'agresseur se relève, et une femme, Isabelle Huppert, prend du temps, mais se relève également. Cette femme qui se relève, c'est ça le cinéma de Verhoeven, et aussi le cinéma d'Isabelle Huppert, la fiction commence avec une femme qui ressuscite. Avec ce début de film, on a là un portrait de mutante en une scène. Ce qu'on comprendra plus tard, c'est que Isabelle Huppert s'est dissociée de son corps dans le film, mais bien avant, depuis "La pianiste" et même avec Chabrol, c'est quelqu'un qui n'habite pas son corps, et dont le jeu, plus elle avance dans sa filmographie, se trame d'absences et de nuances d'absence.  
Murielle Joudet

Un cinéaste et une actrice anti-romantiques

La condition féminine dans le cinéma de Verhoeven, ce sont les femmes exposées en permanence à la violence. Et la filmographie d'Huppert est en ce sens un film de Verhoeven : c'est quelqu'un qui a un rapport extrêmement privilégié à la violence, il y a à la fois des viols, des inceste, des meurtres, des empoisonnements. Ce sont une actrice et un cinéaste totalement anti-romantiques qui montrent que les rapports entre les hommes et les femmes sont une guerre ouverte, il n'y a pas d'amour.  
Murielle Joudet

Huppert, c'est RoboCop

Huppert, c'est RoboCop, c'est une machine-femme. Chez Verhoeven, il y a toujours du mécanique plaqué sur du vivant et dans l'idée de filmer des êtres qui sont mus par leurs pulsions, c'est que nous sommes finalement des machines. Dans "Elle", ce n'est pas qu'elle refuse le statut de victime, mais dans le logiciel du film, il n'y a pas ce concept de "victime", mais cette idée qu'une femme ressuscite, n'a pas le temps d'être une victime.  
Murielle Joudet

Quand l'incohérence mène au mystère

Chez Verhoeven, il n'y a rien de cohérent et ça crée un mystère. Ça fait monter une sorte d'inconscience. Je pense que Huppert n'a pas de psychologie dans le film, elle agit par des forces mystérieuses, mais peu à peu, on va voir qu'elle a un inconscient et que c'est son inconscient qui travaille le film. Et pour moi, le cinéma est fait pour ça : cette absence de mystère crée une sorte d'inconscient dans le film.  
Murielle Joudet

Texte lu par Bernard Gabay :

  • Philippe Djian, Oh…, éditions Gallimard, 2012

Texte lu par Louise André, Anaïs Ysebaert, Carla Michel et Manon de La Selle :

  • Virginie Despentes, King Kong Théorie, “Impossible de violer cette femme pleine de vices”, Grasset, 2006

Sons diffusés :

  • Musique d'Amadeus Mozart : Divertimento K. 136, II. Andante, chef d’orchestre : Florian Heyerick, orchestre : the Krupfälzisches Kammerorchester Mannheim
  • Extraits du film Elle, de Paul Verhoeven, 2016
  • Chanson de Iggy Pop, Lust for life
Chroniques
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