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Jacques Derrida à son retour de Prague
Épisode 3 :

Le monde va mal, que faire ?

58 min
À retrouver dans l'émission

L'engagement par la rue et par les textes.

Jacques Derrida à son retour de Prague
Jacques Derrida à son retour de Prague Crédits : JOEL ROBINE - AFP

Arrêté lors de son voyage en Tchécoslovaquie à cause de son soutien aux intellectuels de l'Est, engagé pour les "sans-papiers"  et une hospitalité inconditionnelle, les positions de Derrida sont-elles le signe d'un certain "angélisme" du philosophe - comme le lui reprochera Chevènement? Jérôme Lèbre nous explique pourquoi selon Derrida l'engagement passe à la fois par la rue et par les textes.

Le texte du jour

"The time is out of joint. " Le monde va mal. Il est usé mais son usure ne compte plus. Vieillesse ou jeunesse - on ne compte plus avec elle. Le monde a plus d'un âge. La mesure de la mesure nous manque. De l'usure on ne rend plus compte, on ne s'en rend plus compte comme d'un seul âge dans le progrès d'une histoire. Ni maturation, ni crise, ni même agonie. Autre chose. Ce qui arrive arrive à l'âge même, pour porter un coup à l'ordre téléologique de l'histoire. Ce qui vient, où paraît l'intempestif, arrive au temps, mais cela n'arrive pas à temps. Contretemps. The time is out of joint. Parole théâtrale, parole de Hamlet devant le théâtre du monde, de l'histoire et de la politique. L'époque est hors de ses gonds. Tout, à commencer par le temps, paraît déréglé, injuste ou désajusté. Le monde va très mal, il s'use à mesure qu'il prend de l'âge, comme dit aussi le Peintre à l'ouverture de Timon d'Athènes (la pièce de Marx, n'est-ce pas). Car c'est une parole de peintre, cette fois, comme s'il parlait d'un spectacle ou devant un tableau « How goes the world ? - It wears, sir, as it grows ». Dans la traduction de François-Victor Hugo : « Le Poète. - Il y a longtemps que je ne vous ai vu. Comment va le monde ? Le Peintre. - Il s'use, monsieur, à mesure qu'il croît en âge. » Cette usure dans l'expansion, dans la croissance même, c'est-à-dire dans la mondialisation du monde, ce n'est pas le déroulement d'un processus normal, normatif ou norme. Ce n'est pas une phase de développement, une crise de plus, une crise de croissance puisque la croissance est le mal (It wears, sir, as it grows), ce n'est plus une fin-des-idéologies, une dernière crise-du-marxisme ou une nouvelle crise-du-capitalisme. Le monde va mal, le tableau est sombre, on dirait presque noir.

Derrida, Spectres de Marx, 1993, Galilée, p.129-130

Lectures

Derrida, Spectres de Marx, 1993, Galilée, p.141

Derrida, Spectres de Marx, 1993, Galilée, p.129-130

Extraits

Libération de Derrida Tchécoslovaquie  (France Inter, 02/01/83)

Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire (France Inter « Synergie » 18/02/1992)

Pour un accueil sans assimilation (Panorama International janv. 2011)

S’engager : à la fois dans la rue et par le texte (A voix nue, 17/12/98)

Rocard sur l’intégration des immigrés (7 sur 7, sur TF1, 03/12/89)

Références musicales

O.T Genesis, Coco

De Beren Gieren, Voorlopige dagen

Cab Callaway, Harlem Hospitality

Chroniques

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5 min

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Bibliographie

Intervenants
  • professeur de khâgne, membre du Collège international de philosophie
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