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Buste de Platon. Marbre, copie romaine d'un original grec du dernier quart du IVe siècle av. J.-C.
Épisode 2 :

Le mythe de Prométhée : peut-on apprendre à être un bon citoyen ?

59 min
À retrouver dans l'émission

Prométhée est le titan bienfaiteur de l'humanité qui dérobe aux dieux le savoir technique pour le donner aux hommes faibles. Ce savoir suffit-il pour vivre en collectivité dans une cité sans un savoir politique ? Que nous raconte aujourdhui ce mythe sur notre vision de la démocratie ?

"Prométhée tourmenté", lithographie publiée en 1897 d'après une oeuvre de Alexander Zick
"Prométhée tourmenté", lithographie publiée en 1897 d'après une oeuvre de Alexander Zick Crédits : Getty

Prométhée est développé dans le Protagoras de Platon, un dialogue de jeunesse qui questionne la vie politique et l’enseignement de la vertu. Peut-on apprendre à être un bon citoyen ? Si la vie politique, pour le citoyen comme pour le gouvernant, est un art, alors l’art politique peut-il se transmettre, s’enseigner ? Ou existe-il des natures plus enclines que d’autres à prendre la parole et s’ériger en représentant ?
Ces questions redoutables, du mouvement Nuit Debout aux Gilets Jaunes, traversent notre conception contemporaine de la démocratie. Mais elles ne datent pas d’aujourd’hui, encore moins d’hier.
Platon, dans un dialogue de jeunesse intitulé le Protagoras, du nom du Sophiste en désaccord avec lui, formulait déjà cette question, au IVème siècle avant Jésus-Christ.

L'invité du jour :

Olivier Renaut, philosophe, maître de conférences en philosophie ancienne à l’université Paris Nanterre.

Histoire du mythe de Protagoras

Le mythe de Protagoras n’est pas inventé ou produit par un porte-parole de Platon comme Socrate. Il est tellement important dans son propos, il a tellement traversé les âges qu’il y a un côté fascinant à ce qu’un mythe qui soit ainsi porté par un adversaire de Socrate, Protagoras, trouve encore autant d’écho dans nos esprits aujourd’hui.
Mythe de Prométhée ou de Protagoras ? Je préfère parler de mythe de Protagoras parce que le mythe de Prométhée va plutôt désigner un ensemble de sources et parmi ces sources, la façon dont Protagoras va raconter cet épisode du vol du feu divin pour le donner aux hommes n’est qu’une des sources et probablement pas celle qui est la plus importante dans la postérité populaire.
Olivier Renaut

Acquérir l’art politique, l’enjeu du "Protagoras"

L’apport du mythe de Protagoras par rapport aux autres sources que sont Hésiode et Eschyle, c'est que pour Protagoras, Prométhée n’est jamais qu’un épisode d’une série de répartitions pour réparer un manque qui est constitutif de la nature humaine, l’important c’est cette dernière répartition, celle que Zeus va finalement opérer et qui est celle du partage de l’art politique ou plutôt des conditions de l’art politique aux hommes. L’idée est vraiment de proposer aux hommes de se prendre en main pour instaurer les contrats nécessaires à la survie de la cité, ils leur donnent la capacité de pallier aux manques qu’ils ont suite aux deux premières répartitions qui les laissaient complètement dépourvus à la fois contre les bêtes sauvages mais aussi entre eux… Ils s’entre-tuaient. Le don de Zeus vient comme le don de Prométhée combler un manque si bien que l’homme est à chaque fois décalé par rapport à un ordre cosmique qui est, lui, fermé et procède d’une répartition compensatoire entre toutes les espèces. Par trois fois, lors des répartitions, l’homme apparaît comme une sorte d’exception. L’art politique va avoir ceci de particulier qu’il est une prise de décision libre par une communauté d’individus pour fonder une cité et se regrouper autour d’une valeur qui soit la base du commun…
Olivier Renaut

Enseigner la vertu politique

Selon Socrate, qui prend le contre-pied de Protagoras, la vertu politique ne peut pas s’enseigner et la preuve, nous avons l’exemple de multiples grands hommes dont les fils sont de véritables catastrophes en matière de vertu.
Protagoras va nous proposer en réalité une thèse relativement proche, c’est ce qui est embêtant dans cette opposition entre Socrate et Protagoras. Il va distinguer une technique qui va pouvoir s’enseigner à un petit nombre, il va prendre l’exemple de l’architecte et du musicien dans la suite de son mythe, mais quand il s’agît d’art politique effectivement il concède contrairement à Socrate que oui il est bien évident que chacun a potentiellement une part d’expertise dans la technique politique, ensuite ça ne veut pas dire qu’on ne va pas pouvoir améliorer cette expertise grâce à la transmission d'un savoir sophistique, c’est le point de rupture entre Socrate et Protagoras, d’un côté Socrate va proposer une thèse qu’on pourrait appeler innéiste au sens où la vertu ne s’enseigne pas mais pour dire plus tard que la vertu est un véritable savoir, alors que Protagoras va nous dire à travers son mythe qu’il y a un bien un partage de tous et par tous de ces vertus politiques et que c’est le propre du Sophiste d’organiser ce partage en donnant ces leçons.
Olivier Renaut

Textes lus par Vincent Schmitt :

  • La répartition des dons par Epiméthée, extrait du Protagoras de Platon, éditions Flammarion GF
  • L'acquisition du savoir politique, extrait du Protagoras de Platon, éditions Flammarion GF

Sons diffusés :

  • Extrait du documentaire L'Assemblée de Mariana Otero, réalisé pendant le mouvement Nuit Debout, mai 2017
  • Titre musical A planet, extrait de la bande originale du film Prometheus, Ridley Scott, 2012
  • Chanson de Bobby Womack, Stupid

Chroniques

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4 min

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Intervenants
  • maître de conférences à l’Université Paris Nanterre, spécialisé en philosophie ancienne et Platon en particulier, membre junior de l’Institut Universitaire de France
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