LE DIRECT
Jacques Brel en concert (1966)
Épisode 3 :

Chanter pour crier l’injustice?

59 min
À retrouver dans l'émission

De PNL à Jacques Brel, en passant par IAM, on la connaît, la chanson.

Jacques Brel en concert (1966)
Jacques Brel en concert (1966) Crédits : AFP

Qu'on les aime ou non, les chansons populaires imprègnent la texture de nos existences quotidiennes, et leurs refrains sont inscrits en nous. Mais quelle est la nature de leur impact dans nos vies ? Quels sentiments sont-elles à même de porter ? Nous permettent-elles de crier les injustices dont nous souffrons ?

Le texte du jour

" Détestez la mauvaise musique, ne la méprisez pas. Comme on la joue, la chante bien plus, bien plus passionnément que la bonne, bien plus qu'elle s'est peu à peu remplie du rêve et des larmes des hommes. Qu'elle vous soit par là vénérable. Sa place, nulle dans l'histoire de l'art, est immense dans l'histoire sentimentale des sociétés. Le respect, je ne dis pas l'amour, de la mauvaise musique n'est pas seulement une forme de ce qu'on pourrait appeler la charité du bon goût ou son scepticisme, c'est encore la conscience de l'importance du rôle social de la musique. Combien de mélodies, de nul prix aux yeux d'un artiste, sont au nombre des confidents élus par la foule des jeunes gens romanesques et des amoureuses. Que de "bagues d'or", de "Ah! reste longtemps endormie", dont les feuillets sont tournés chaque soir en tremblant par des mains justement célèbres, trempés par les plus beaux yeux du monde de larmes dont le maître le plus pur envierait le mélancolique et voluptueux tribut,  - confidentes ingénieuses et inspirées qui ennoblissent le chagrin et exaltent le rêve, et, en échange du secret ardent qu'on leur confie, donnent l'enivrante illusion de la beauté. Le peuple, la bourgeoisie, l'armée, la noblesse, comme ils ont les mêmes facteurs, porteurs du deuil qui les frappe ou du bonheur qui les comble, ont les mêmes invisibles messagers d'amour, les mêmes confesseurs bien-aimés. Ce sont les mauvais musiciens. Telle fâcheuse ritournelle, que toute oreille bien née et bien élevée refuse à l'instant d'écouter, a reçu le trésor de milliers d'âmes, garde le secret de milliers de vies, dont elle fut l'inspiration vivante, la consolation toujours prête, toujours entrouverte sur le pupitre du piano, la grâce rêveuse et l'idéal. Tels arpèges, telle "rentrée" ont fait résonner dans l'âme de plus d'un amoureux ou d'un rêveur les harmonies du paradis ou la voix même de la bien-aimée. Un cahier de mauvaises romances, usé pour avoir trop servi, doit nous toucher comme un cimetière ou comme un village. Qu'importe que les maisons n'aient pas de style, que les tombes disparaissent sous les inscriptions et les ornements de mauvais goût. De cette poussière peut s'envoler, devant une imagination assez sympathique et respectueuse pour taire un moment ses dédains esthétiques, la nuée des âmes tenant au bec le rêve encore vert qui leur faisait pressentir l'autre monde, et jouir ou pleurer dans celui-ci. "

Marcel Proust, Les plaisirs et les jours, Chapitre 13 

Extraits

Cyrano de Bergerac, film de Jean-Paul Rappeneau (1990)

Archive : Brel, Brassens et Ferré . Entretien réalisé par François-René Christiani, le 6 janvier 1969, diffusé sur RTL

Lecture

Ivan Tourgueniev, Mémoires d’un chasseur (recueil de nouvelles), « Les chanteurs » 

Références musicales

BO on connait la chanson

Marcel Azzola, Only you

Valia Dimitrievitch, Les yeux noirs

PNL, Le monde ou rien 

IAM, Nés sous la même étoile

Coluche, La guitare enragée 

Les enfoirés, Les restos du coeur

Chroniques

10H55
6 min

Le Journal de la philo

Tout homme politique a-t-il une philosophie ?
Intervenants
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......