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"Jardin a Montgeron" . Peinture de Claude Monet (1840-1926)

"La vie des plantes" par Emanuele Coccia

52 min
À retrouver dans l'émission

Emission dans le cadre du week-end spécial « Jardins » sur France Culture en partenariat avec l’exposition « Jardins » présentée au Grand Palais Jusqu'au 24 juillet 2017 Pour découvrir le monde végétal mais aussi comment les plantes façonnent le monde, voyage en immersion avec Emanuele Coccia.

"Jardin a Montgeron" . Peinture de Claude Monet (1840-1926)
"Jardin a Montgeron" . Peinture de Claude Monet (1840-1926) Crédits : LEEMAGE - AFP

Comment expliquer le snobisme des philosophes à l'égard du monde végétal ? D'où vient cette indifférence : des hommes trop narcissiques ou des plantes elles-mêmes, silencieuses, immobiles, comme égarées dans un rêve ? Et pourtant, les plantes sont en continuité absolue avec l'environnement : leurs feuilles nous font respirer, leurs racines nous élèvent jusqu'au ciel et leurs fleurs sont la raison même !

Le texte du jour

« Bien-aimée, la variété te trouble, multiforme,

De ce fouillis de fleurs épars dans le jardin ;

Tu entends bien des noms, et l’un à ton oreille

Toujours repousse l’autre avec ses sons barbares.

Toutes les formes se ressemblent, aucune à l’autre n’est égale ;

Ainsi le chœur évoque une règle secrète,

Une énigme sacrée. Puissé-je, douce amie,

Te donner aussitôt, heureux, le mot qui la résout !

Observe-la croissante : la plante peu à peu

De degré en degré se forme en fleurs et fruit.

Elle naît de la graine, aussitôt que la terre

De son sein muet et fécond doucement l’amène à la vie,

A la sainte et toujours mouvante lumière confie

Aussitôt le frêle édifice des feuilles germantes.

Simple, la force dormait dans la graine ; un modèle premier

Tout enclos en lui-même, gisait ramassé sous le voile,

Feuille, racine et germe ébauchés seulement, incolores ;

Ainsi le noyau garde au sec une vie latente,

Puis gonfle, se confiant à une douce humidité,

Et s’élève aussitôt, quittant l’ombre alentour.

Mais la forme d’abord apparue reste simple ;

Et tel parmi les plantes se désigne l’enfant.

Tout aussitôt surgit une autre pousse, renouvelant

Dans ses nœuds successifs et toujours la première.

Non pas toujours semblable ; car la feuille suivante

Est mieux formée et tu le vois, diverse,

S’étend, s’échancre et multiplie pointes et découpures

Autrefois confondues dans l’organe inférieur.

Elle atteindra ainsi la perfection prévue,

Et mainte espèce te saisit d’étonnement.

Très nervuré et dentelé, sur un plan grassement gonflé,

L’élan surabondant paraît libre et sans fin.

Cependant, de sa main puissante, la nature

Contient la formation et doucement la guide

Vers plus de perfection encore. »

Goethe, (Essai sur) La métamorphose des plantes (1790), traduit par Henriette Bideau, p. 161-162 (éditions Centre Triades 1975)

Extrait

- Hôtel du Nord, film réalisé par Marcel Carné (1938)

Références musicales

- Camille, Waves

- Flako, The opening/ purple trees

- Ambiance de Bernard Charon

- Bourvil, Les abeilles

Chroniques
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Intervenants
  • Philosophe, maître de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
L'équipe
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