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Jan Vermeer (Dutch, 1632–1675), The Art of Painting, 1666-68, oil on canvas, 120 x 100 cm (47.2 x 39.8 in)
Épisode 2 :

Scènes de la vie ordinaire

52 min
À retrouver dans l'émission

Avec Jan Blanc, c'est aujourd'hui des femmes dont il est question dans l'oeuvre de Johannes Vermeer.

La Jeune Fille à la perle, de Johannes Vermeer de Delft (1632-1675). À voir au musée Mauritshuis de La Haye. Wikipédia
La Jeune Fille à la perle, de Johannes Vermeer de Delft (1632-1675). À voir au musée Mauritshuis de La Haye. Wikipédia

Chez Johannes Vermeer, la femme est saisie sur le vif, dans l'intimité de son intérieur hollandais. C'est la dentellière qui est affairée à coudre une étoffe, c'est aussi la musicienne qui joue du virginal ou du luth, c'est encore celle qui reçoit une lettre, comme une promesse d'amours lointains… Mais ces scènes de genre sont-elles pour autant des expressions pures et brutes de la vie ordinaire? Venez écouter, voir, et découvrir comment ce grand peintre a modelé l'histoire et nos représentations grâce à son génie artistique.

A LIRE : L'(in)visible de Vermeer en six tableaux

A ECOUTER : Histoires de peintures de Daniel Arasse : Vermeer fin et flou 

Le texte du jour

« Aussitôt, Pallas et Arachné dressent chacune de son côté deux métiers à tisser et les tendent avec les fils déliés de la chaîne ; le métier est joint à l’aide de la traverse ; le roseau sépare les fils de la chaîne ; dans l’intervalle, à la suite de la navette aiguë, s’insère la trame que dévident les doigts et qui, conduite à travers la chaîne, est serrée par les dents taillées dans le peigne, chaque fois qu’on le frappe. Toutes deux se hâtent, leurs vêtements ramenés sur la poitrine par une ceinture, elles agitent leurs bras habiles avec une ardeur qui trompe leur fatigue. Elles emploient pour leurs tissus la pourpre que Tyr a préparée dans ses vases de bronze, et des couleurs plus foncées, que distinguent entre elles de légères nuances ; tel est, quand les rayons du soleil sont heurtés par la pluie, l’arc dont la courbe immense se détache sur l’étendue des cieux ; il brille de mille couleurs diverses, mais le passage de l’une à l’autre échappe aux yeux du spectateur, tant elles sont identiques là où elles se touchent ; et pourtant à leurs extrémités elles sont différentes. Aux fils s’entrelace l’or flexible ; sur le tissu se déroulent des histoires des anciens temps. […] A tous les personnages, à tous les lieux, Arachné donne l’aspect qui leur convient. […] Ni Pallas ni l’Envie ne pourraient rien trouver à reprendre dans cet ouvrage ; la vierge aux blonds cheveux, irritée d’un tel succès, déchire l’étoffe colorée qui reproduit les fautes des Dieux ; elle tenait encore à la main sa navette, venue du mont Cytore ; trois ou quatre fois elle en frappe le front d’Arachné, fille d’Idmond. L’infortunée ne peut supporter l’outrage et dans son dépit, elle se noue un lacet autour de la gorge.

Elle était pendue, quand Pallas ayant pitié d’elle, adoucit son destin :

« Vis, lui dit-elle, mais reste suspendue, misérable ! Je veux que le même châtiment, pour que tu ne comptes pas sur un meilleur avenir, frappe toute ta race et jusqu’à tes neveux les plus reculés. » Puis, en s’éloignant, Pallas répand sur Arachné les sucs d’une herbe choisie par Hécate ; aussitôt, touchés par ce poison funeste, ses cheveux tombent, et avec eux son nez et ses oreilles, sa tête se rapetisse ; tout son corps se réduit ; de maigres doigts, qui lui tiennent lieu de jambes, s’attachent à ses flancs ; tout le reste n’est plus qu’un ventre ; mais elle en tire encore du fil ; devenue araignée, elle s’applique, comme autrefois, à ses tissus. »

Ovide, Les métamorphoses, livre VI (Gallimard/ Folio Classique, 1992)

Extrait

- Archive Daniel Arasse (France Culture, été 2003, rediffusée dans l'émission "Un autre jour est possible")

- La jeune fille à la perle, film de Peter Webber, 2003

Références musicales

- Jacob Van Eyck, Doen Daphne d'over schoone Maeght, pour flûte à bec

- Conrad Pope, Tim's Vermeer: The music lesson

Adèle Van Reeth et Jan Blanc
Adèle Van Reeth et Jan Blanc Crédits : MC - Radio France

Chroniques

10H50
2 min

Deux minutes papillon

"La chambre noire. Germaine de Staël et la pensée du négatif" de Stéphanie Genand (2/4) : comment s’écrit le négatif ?

Bibliographie

Intervenants
  • professeur d’histoire de l’art de la période moderne à l’Université de Genève
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