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Verhoeven sur le tournage de Robocop
Épisode 4 :

Total Recall, comment réaliser ses rêves les plus tordus ?

58 min

Quand Verhoeven adapte en 1990 le maître de la SF Philip K.Dick, cela donne "Total Recall". Comment comprendre ce décalage entre l'écriture maîtresse de K. Dick et ce film, grosse machine hollywoodienne incarnée par Arnold Schwarzenegger ? Une émission en compagnie du cinéaste Nicolas Pariser.

"Total Recall" de Paul Verhoeven, 1990
"Total Recall" de Paul Verhoeven, 1990 Crédits : Columbia TriStar Films

Total Recall (1990) forme avec Basic Instinct (1992) et RoboCop (1987) ce que Verhoeven nomme la "trilogie psychotique", creusant le thème de l’identité double, fracturée, évoluant sur plusieurs niveaux de réalité indécidable.
Adapté d’une courte nouvelle de Philip K. Dick, le film fait entrer la machine Schwarzenegger dans une esthétique monstrueuse et interroge le rôle du metteur en scène dans la machinerie hollywoodienne.
Comment sauver un film dont le projet absurde est voué à trahir le matériau d’origine ? Comment désintellectualiser un propos dans le but d’en faire un spectacle total ? Total Recall est-il un film cynique ou sérieux ? Obscène ou grotesque ?
Ni film académique, ni navet, qu'est-ce que "Total Recall" ?

L'invité du jour : 

Nicolas Pariser, réalisateur de films et ancien critique

Verhoeven et l'antistorylling

Chez Philip K. Dick il y a l'idée d'existences parallèles, d'états de conscience différents, il y a quelque chose lié au traumatisme de K. Dick de savoir qui est mort, qui est vivant, donc ce sont des choses très mentales. L'état de rêve, l'invention de mémoire qu'on grefferait à quelqu'un, sont des thèmes Dickien, mais je pense que ça n'intéresse pas beaucoup Paul Verhoeven, qui fait quelque, dans le film, qui a une tout autre signification : il raconte toute l'histoire du film dès son début, donc faire quelque chose qui, dans les règles du récit hollywoodien, est une abomination absolue. L'enjeu du film ne sera pas de raconter une histoire alors que l'obsession des producteurs américains et de toute l'industrie des images aux Etats-Unis, c'est le storytelling. Qu'est ce qui reste alors ? Il reste de filmer le corps de Schwarzenegger, lourd, en même temps athlétique, extrêmement étrange. Verhoeven va filmer sa survie à travers tout un tas de péripéties, et des pulsions vitales qui vont s'entrechoquer les unes aux autres, d'où la violence du film, des corps difformes, il va y avoir quelque chose d'un peu carnavalesque, étrange, bizarre.                    
Nicolas Pariser

L'art du mauvais goût

Paul Verhoeven va à l'encontre de ce cliché sur le cinéma qui est que ce qui est important, c'est le hors-champ. Il montre absolument tout. Et je pense que pour bien comprendre ce qui se joue dans "Total Recall", il faut peut-être revenir au dernier film hollandais de Paul Verhoeven, "Spetters", à l'esthétique presque aire d'autoroute, qui agresse un peu les yeux. C'est un grand mélo à la sauce Verhoeven : beaucoup de sexe, beaucoup de violence, évidemment un viol. Et il réussit dans ce film quelque chose d'extraordinaire : rendre magnifique une esthétique qui, en tout cas à l'époque où il est est filmé, relève du mauvais goût.          
Nicolas Pariser

Cinéaste du premier degré

Quand un cinéaste a de l'ironie par rapport à ce qu'il filme, selon moi c'est qu'il ne croit pas assez à ce qu'il fait, et donc qu'il a une distance qui devient problématique. Mais en même temps, il y a une forme d'ironie de Verhoeven par rapport au sujet du film, mais je dirais qu'il réussit à transformer l'ironie en une pulsion vitale supplémentaire, c'est à dire que le ton d'ironie n'est pas du second degré, tout est au premier degré, mais le grotesque potentiel d'une scène va rajouter du relief à la scène, au récit, au film, mais dans un élan vital. C'est un cinéaste qui est au premier degré et même quand il y a quelque chose qui paraîtrait sophistiqué, intellectuel, ça ne l'est pas.  
Nicolas Pariser

Texte lu par Bernard Gabay : 

  • Philip K. Dick, Souvenirs à vendre, dans Total Recall et autres récits, éditions Folio SF, page 221

Sons diffusés :

  • Pub Rekall, dans Total Recall, de Paul Verhoeven
  • Extraits du film Total Recall, de Paul Verhoeven
  • Chanson de fin : David Bowie, Life On Mars
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