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La Chambre à coucher (première version), Vincent van Gogh, 1888
Épisode 4 :

Proust, l’infini depuis son lit

58 min
À retrouver dans l'émission

C’est entre les quatre murs de sa chambre que la plupart des souvenirs enfouis du narrateurs d'"À la recherche du temps perdu" remontent… Il les transforme, les rend présents. Marcel Proust, par les expériences opérées par son personnage, qui transforment son vécu, serait-il un alchimiste ?

Proust, l’infini depuis son lit
Proust, l’infini depuis son lit Crédits : copyright Charlotte Mo

Dessin de l'illustratrice Charlotte Mo : Insta @charlottemagicmo et Portfolio

La chambre du narrateur d'À la recherche du temps perdu est omniprésente. Elle traverse les pages avec constance et répétition pour mieux devenir, telle une chambre noire, le lieu de la transformation du réel…
Entre les quatre murs, la magie opère, l’alchimie se déploie et le réel se transforme pour mieux saisir ou créer à nouveau le paradis, que l’on souhaiterait ne pas être définitivement perdu…
La Recherche n’est-elle pas la tentative de retrouver les paradis perdus de son enfance et des souvenirs que le narrateur craignait qu’ils ne soient à jamais perdus ?

L'invité du jour :

Raphaël Enthoven, professeur de philosophie

Le talent de l'écrivain ? La résurrection

Dans "La Recherche", personne plus que Proust ne donne le sentiment qu’un monde est enfoui, qu’un amour est mort, ou qu’un demi-dieu n’est en fait qu’un homme. Proust est le champion du monde de la déception, de la perte, de la nostalgie, et pourtant… son vrai talent n’est pas là : le vrai talent de l’écrivain, c’est la résurrection, c’est l’espoir de retrouver par la grâce de la littérature ce que nous avons perdu.        
Raphaël Enthoven

Du rêve à la rêverie

Le narrateur a tous les âges de sa vie, mais quand il cherche à se réfugier dans le monde des rêves, c’est alors le petit Marcel qui dit cela… chaque phrase a un âge différent dans "La Recherche du temps perdu". Plus tard, au rêve se substituera la rêverie, la capacité proprement littéraire à être suffisament rêveur pour entrevoir ce que la lucidité nous cache, et être suffisament lucide pour être capable de raconter ce que la rêverie nous a permis d’entrevoir.        
Raphaël Enthoven

Quand le passé devient présent

Le travail résurrecteur de la mémoire dans "La Recherche du temps perdu" exige de la part du narrateur, paradoxalement, une certaine forme d’amnésie… Quand il goûte la madeleine, au départ, il ne sait pas pourquoi il est ému, il est bouleversé avant de comprendre. Une fois qu’il a compris, et qu’il essaye artificiellement de reproduire cette émotion, l’émotion s’estompe… il a besoin d’en retrouver la spontanéité, et pour ça, il n’y a que la littérature qui résolve le paradoxe d’une spontanéité qu’on essaie délibérement de retrouver.        
Le travail proustien sur la mémoire n’est pas un travail de rappel du passé, mais un travail de sommation du passé : le passé est présent.        
Raphaël Enthoven

Textes lus par Denis Podalydès :

  • Extraits de À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, Du côté de chez Swann, première partie : Combray, 1913, éditions Gallimard
  • Extrait de À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, troisième partie, 1919, éditions Gallimard
  • Extrait de À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, partie 2, chapitre 1, 1921, éditions Gallimard

Sons diffusés :

  • Chanson de Christophe, Les Paradis perdus
  • Chanson de Gérard Manset, Il voyage en solitaire

Chroniques

10H55
5 min

Le Journal de la philo

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