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Hegel peint par Jakob Schlesinger, 1831
Épisode 1 :

Hegel justifie-t-il l’esclavage ?

58 min
À retrouver dans l'émission

Hegel est l'auteur de la dialectique du maître et de l'esclave, qui apparaît dans Phénoménologie de l'Esprit, 1806-1807, l'un des ouvrages les plus difficiles de l'histoire de la philosophie. Au coeur du questionnement d'Hegel, un paradoxe : celui qui domine ne serait pas forcément le plus libre...

Hegel peint par Jakob Schlesinger, 1831
Hegel peint par Jakob Schlesinger, 1831 Crédits : Wikicommons

La liberté est-elle toujours du côté du dominant ?
Celui qui domine, celui qui décide, celui qui a le pouvoir, n'est pas plus libre que celui qui est dominé puisqu'il dépend de celui-ci.
Que reste-t-il du pouvoir si on enlève ceux qui obéissent ? Rien.
Que reste-t-il de la domination si on enlève le dominé ? Rien non plus.
Ainsi celui qui se croit libre et fort ignore-t-il sa dépendance et sa soumission à ceux qu'il croit dominés.
Comme le dit l'esclave Spartacus, vaut-il mieux être "homme libre parmi ses frères" ou "riche citoyen de Rome engraissé par le travail des autres" ?

L'invité du jour :

Olivier Tinland, qui enseigne la philosophie à l’Université Paul Valéry à Montpellier, spécialiste de Hegel, il travaille également sur la philosophie américaine contemporaine

L’impasse d’une reconnaissance assymétrique

Il y a chez Hegel un “renversement dialectique” qui prend la forme d’un paradoxe : on a souvent lu la fameuse dialectique du maître et de l’esclave comme une revanche du serviteur sur le maître et une expérience paradoxale par laquelle le maître se rend compte que dans sa quête d’autonomie, qui prend la forme d’une domination sur l’esclave, il s’avère lui-même dépendant de l’esclave. Le maître a besoin d’être reconnu comme maître, s’il domine l’esclave c’est qu’il veut s’affrmer comme étant autre chose qu’un animal, autre chose qu’un être purement naturel, il veut s’affrmer comme un être humain à part entière qui a une valeur humaine irréductible à l’animalité. Il va se servir de l’esclave comme d’un miroir pour se faire reconnaître par lui, mais ce faisant, il n’obtient qu’une reconnaissance d’esclave, quelqu’un qu’il ne reconnaît pas lui-même comme un authentique être humain. Sans réciprocité de la reconnaissance, le maître se retrouve dans une impasse.
Olivier Tinland

Texte lu par Denis Podalydès :

  • Hegel, La raison dans l’histoire, “Chapitre III Le cours de l’histoire : “Le vieux monde””, éditions Pocket (avec une musique de Stephan Schrader, Präludium, de l'album Cello-Loop)

Sons diffusés :

  • Extrait du film Spartacus, de Stanley Kubrick, 1960, avec Kirk Douglas
  • Chanson de Nina Simone, I Wish I How It Would Feel To Be Free
  • Discours du président Nicolas Sarkozy à Dakar, 26 juillet 2007, écrit par Henri Guaino
  • Chanson de fin : Pablo Moses, Each is a servant

Chroniques

10H52
3 min

La Chronique d'Aurélien Bellanger

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Intervenants
  • professeur de philosophie à l'Université Paul Valéry de Montpellier
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