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"Shining" 1980
Épisode 1 :

“Carrie”, au bal ensanglanté ohé ohé

58 min
À retrouver dans l'émission

L’écrivain culte Stephen King règne en maître sur le genre horrifique, écrit pour le troisième œil du lecteur et ouvre les portes de nos peurs… Son premier livre, "Carrie", paru en 1974, est adapté deux ans plus tard par Brian de Palma qui nous fait basculer de l'érotique à l'inquiétante étrangeté.

Sissy Spacek dans "Carrie" de Brian de Palma, 1976
Sissy Spacek dans "Carrie" de Brian de Palma, 1976 Crédits : Michael Ochs Archives - Getty

Comment King sonde-t-il notre humanité, dans ce qu'elle a de commun, et dans ses moments qui dérapent ? Auteur le plus adapté au cinéma, comment les réalisateurs de films se sont-ils emparés de son monde dans Carrie, Dead Zone, Shining ou encore Misery

L'invité du jour :

Guy Astic, directeur des éditions Rouge profond et enseignant en lettres et cinéma

King, un "story movie-teller"

Stephen King a commencé à écrire quand il était gamin parce qu’il avait vu des films, et quand il rentrait chez lui il les transposait en écriture, comme notamment "La créature du lac noir", film de Jack Arnold en 54, puis il a vu les films de Roger Corman adaptant Edgar Poe, et il écrivait donc ainsi les textes qu’il voyait au cinéma et les vendait dans son collège et ensuite dans son lycée… King est toujours parti d’images de films, il se considère comme un "story movie-teller" : il écrit pour le troisième œil du lecteur, l'imagination qui fait image...                       
Guy Astic

De l'érotisme à l'inquiétude

Brian de Palma a tout de suite été accaparé par "Carrie" : il y a vu quelque chose de l’ordre d’une puissance visuelle. Dans la scène de la douche, il s’en donne à cœur joie : il nous embarque dans quelque chose qui pourrait être le fantasme mâle de se retrouver dans un lieu proprement féminin, mais la caméra s’approche des jambes galbées de Sissy Spacek, on voit couler le sang, et là on change littéralement de registre. C’est à la fois la force du texte de King et la force du cinéma de de Palma de nous faire basculer dans un régime d’images comme dans un roller coaster où l’on passe de l’érotique à une inquiétante étrangeté, une inquiétante proximité : l’autre c’est le féminin, l’autre est celle qui a ses règles et c’est quelque chose qui, parce qu’elle n’a jamais été informée de cela, propulse Carrie dans l’horreur, et propulse les spectateurs (notamment les hommes) dans l’étonnant.              
Guy Astic

Le concept de danse macabre chez King

Stephen King est un grand écrivain de l’horreur, mais aussi un grand naturaliste… Il a enseigné la littérature, il a énormément lu Dickens, Theodore Dreiser… Chez lui, il y a une volonté d’observer au plus près l’humanité : la féminité, l’enfance, l’adolescence, la vieillesse, il sonde ce qui nous est commun mais aussi tous les moments où ça dérape de façon inexorable… Et c’est ce qu’il explique bien dans le processus de la danse macabre, qui est une virevolte où l’on fait des mouvements harmonieux, mais où cela dérape par moments, où l'on perd le mouvement, et tout le problème c’est de retrouver l’équilibre. Donc ses romans parfois remettent en place le statu-quo familial, social, politique, mais aussi la plupart du temps on ne retrouve pas ce statu-quo…            
Guy Astic

Texte lu par Bernard Gabay :

  • Stephen King, Anatomie de l’horreur, chapitre 1 “4 octobre 1957, L’invitation à la danse”, éditions Albin Michel, traduit de l'américain par Jean Daniel Brèque, 1981 (avec une musique de Camille Saint-Saens, Danse Macabre, par l'orchestre symphonique de Montréal, chef d'orchestre : Kent Nagano)

Sons diffusés :

  • Jingle de WKIT, la chaîne de radio de rock de Stephen King
  • Extraits du film Carrie de Brian de Palma, 1976
  • Archives de Stephen King du 15 novembre 2013, émission Interactiv France Inter
  • Chanson de ACDC, Stiff upper lip

Chroniques

10H52
5 min

La Chronique d'Aurélien Bellanger

Qu’est-ce qu’un nom propre ?
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