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Philosophie de la gifle
Épisode 3 :

Le président, une gifle, et Hobbes là !

58 min
À retrouver dans l'émission

Une gifle pourrait-elle être une action politique ? Gifler le président, est-ce gifler un homme ou l'Etat ? Et pourquoi pour le philosophe Hobbes, la gifle n'a-t-elle pas de sens ? Pourquoi dans sa pensée, une gifle donnée au souverain c'est se gifler soi-même en tant que citoyen ?

Une gifle pourrait-elle être une action politique ?
Une gifle pourrait-elle être une action politique ? Crédits : Besart Beluli / EyeEm - Getty

Le 8 juin 2021, un citoyen a giflé spontanément le président de la République. Le geste a choqué, tant pour sa dimension violente que symbolique.
Mais que signifie gifler le président ?

L'invité du jour :

Luc Foisneau, directeur de recherche au CNRS et enseigne la philosophie politique à l'EHESS
Site Politika co-animé par Luc Foisneau : Politika

Des gestes politiques pour questionner la réalité de notre vie démocratique

Les gens qui ont recours à l'enfarinage, à la gifle, etc., sont des gens qui pensent qu'ils sont privés de toute liberté d'action politique. Le but de l'Etat, lorsqu'il s'organise lui-même démocratiquement, est de rendre possible l'émergence d'une scène dans laquelle les citoyens et les citoyennes vont pouvoir agir les uns à l'égard des autres comme des êtres libres. Or, nous n'y arrivons pas et nous voyons derrière la scène démocratique, qui devrait être celle de l'échange démocratique libre entre citoyens et citoyennes, l'ombre de l'Etat, qui nous effraie et qui nous fait douter de la consistance de la réalité de notre vie démocratique.  
Luc Foisneau

La théorie des deux corps

Hobbes a pensé une théorie des deux corps du roi, et si on s'en souvient encore aujourd'hui, c'est que cette théorie des deux corps continue à jouer un rôle, y compris dans une démocratie comme la nôtre, puisque le président de la République possède effectivement un corps naturel, qui peut recevoir la gifle, et il porte aussi une personnalité politique, lourde à porter, la personnalité de l'Etat.  
Luc Foisneau

L'Etat, c'est nous

Hobbes nous dit que l'Etat, c'est nous. L'Etat, c'est un représentant autorisé par nous. Ce qui veut dire que lorsque l'un des citoyens gifle l'un des représentants de l'Etat, que ce soit le roi ou le président de la République, en fait, c'est lui-même qu'il gifle. Hobbes veut rendre impossible, en quelque sorte, les gestes qu'on a vu se multiplier ces temps derniers.  
Luc Foisneau

Texte lu par Bernard Gabay :

  • Hobbes, Le Léviathan, Chapitre XVI : “Des auteurs, des personnes et des êtres personnifiés”, Sirey, 1971, traduction François Tricaud (avec une musique de Frahm Nils, My things, de l'album The bells, label : Erased Tapes Records)

Sons diffusés :

  • La gifle à Emmanuel Macron, reportage BFM TV, 08 juin 2021 
  • Discours de Jean Castex à l’Assemblée Nationale
  • Mix autour des gifles, enfarinages, entartrages : archive journal 08H00, France Inter, 18 avril 2002 ; archive JT 12/13, Edition Bretagne, France 3, 17 janvier 2017 ; archive JT 20H, France 2, 01 février 2012 ; archive JT Soir 3, France 3, 13 avril 2002
  • William Shakespeare, La Tragédie du roi Richard II, Acte III, Scène II, Société des Comédiens Français, France Culture, 26 mai 1974, traduction Michel Bernardy
  • Musique de fin : Ludacris, Slap

Chroniques

10H52
3 min

La Chronique d'Aurélien Bellanger

Qu’est-ce qui nous fait rire ?
Intervenants
  • directeur de recherche au CNRS et enseigne la philosophie politique à l'EHESS
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