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René DESCARTES (1596-1650)  par  C. Jacquand
Épisode 2 :

Qui suis-je ?

51 min
À retrouver dans l'émission

C'est un grand plaisir de parcourir la Seconde Méditation de Descartes en compagnie du philosophe Jean-Luc Marion qui, en bon sauveteur, nous évite la noyade intellectuelle.

René DESCARTES (1596-1650)  par  C. Jacquand
René DESCARTES (1596-1650) par C. Jacquand Crédits : Gianni Dagli Orti / The Art Archive / The Picture Desk - AFP

(1ère diffusion le 24/01/2017)

Aujourd'hui une émission où il est question "de Dieu, et de deux ou trois autres choses", comme par exemple le cogito, et la relation entre nos pensées et l'existence du réel. Tout un programme à réécouter "chaque fois que vous le concevrez en votre esprit"!

Le texte du jour

« Prenons pour exemple ce morceau de cire qui vient d'être tiré de la ruche : il n'a pas encore perdu la douceur du miel qu'il contenait, il retient encore quelque chose de l'odeur des fleurs dont il a été recueilli ; sa couleur, sa figure, sa grandeur, sont apparentes ; il est dur, il est froid, on le touche, et si vous le frappez, il rendra quelque son. Enfin, toutes les choses qui peuvent distinctement faire connaître un corps se rencontrent en celui-ci.

Mais voici que, cependant que je parle, on l'approche du feu : ce qui y restait de sa saveur s'exhale, l'odeur s'évanouit, sa couleur se change, sa figure se perd, sa grandeur augmente, il devient liquide, il s'échauffe, à peine le peut-on toucher, et quoiqu'on le frappe, il ne rendra plus aucun son. La même cire demeure-t-elle après ce changement ? Il faut avouer qu'elle demeure et personne ne le peut nier. Qu'est-ce donc que l'on connaissait en ce morceau de cire avec tant de distinction ? Certes ce ne peut être rien de tout ce que j'y ai remarqué par l'entremise des sens, puisque toutes les choses qui tombaient sous le goût, ou l'odorat, ou la vue, ou l'attouchement ou l'ouïe, se trouvent changées, et cependant la même cire demeure.

Peut-être était-ce ce que je pense maintenant, à savoir que la cire n'était pas ni cette douceur de miel, ni cette agréable odeur de fleurs, ni cette blancheur, ni cette figure, ni ce son, mais seulement un corps qui un peu auparavant me paraissait sous ces formes, et qui maintenant se fait remarquer sous d'autres. Mais qu'est-ce, précisément parlant, que j'imagine, lorsque je la conçois en cette sorte ? Considérons-la attentivement, et éloignant toutes les choses qui n'appartiennent point à la cire, voyons ce qui reste. Certes il ne demeure rien que quelque chose d'étendu, de flexible et de muable. Or, qu'est-ce que cela : flexible et muable ? N'est-ce pas que j'imagine que cette cire, étant ronde, est capable de devenir carrée, et de passer du carré en une figure triangulaire ? Non certes, ce n'est pas cela, puisque je la conçois capable de recevoir une infinité de semblables changements et je ne saurais néanmoins parcourir cette infinité par mon imagination, et par conséquent cette conception que j'ai de la cire ne s'accomplit pas par la faculté d'imaginer. »

Descartes, Méditations métaphysiques, II, de 1641 (GF Flammarion, 1992) pp. 83-84.

Lecture

- Descartes, Méditations métaphysiques, II, de 1641, (GF Flammarion, 1992), pp. 71-72.

- Descartes, Méditations métaphysiques, II, de 1641, (GF Flammarion, 1992), pp. 83-84.

Extraits

- Le sens de la vie, film des Monty Python

- Archive « La vie est un songe » source Une vie une œuvre (19/12/1996)

Références musicales

- Library tapes, Leaves abstract in a village plunged into mourning…

- Charles Trenet, Chacun son rêve

Jean-Luc Marion
Jean-Luc Marion Crédits : CM - Radio France

Bibliographie

Intervenants
  • professeur à l'université de Chicago, professeur émérite de l'université Paris-Sorbonne, membre de l'Académie française
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