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Épisode 4 :

Christophe Chassol et l'ultrascore

58 min
À retrouver dans l'émission

Qui est donc Christophe Chassol?

Chrostophe Chassol sur la scène du Queen Elisabeth Hall (London jazz festival, 2014)
Chrostophe Chassol sur la scène du Queen Elisabeth Hall (London jazz festival, 2014) Crédits : Andy Sheppard/Redferns - Getty

Christophe Chassol est-il ce chroniqueur qui décompose les partitions musicales à l'antenne, sur France Musique, ce musicien à la croisée du son et de l'image ou encore le concepteur de l'Ultrascore? J'aime la grammaire musicale, nous dit-il. Grâce à elle, j'harmonise le réel.

Le texte du jour

J’avais réglé deux magnétophones, qui produisaient deux boucles de la voix de Frère Walter répétant : « It’s gonna rain » (Il va pleuvoir). Les boucles étaient exactement de la même durée et je les faisais tourner à la même vitesse sur les deux machines. Je voulais créer une relation spécifique entre deux identités ; il fallait donc que j’aligne ces boucles. En tentant de les régler, je me suis aperçu que les imperfections de la bande et les infimes différences dans la vitesse des moteurs produisaient un léger déphasage si je cessais d’y toucher. J’ai laissé les bandes tourner seules et elles ont graduellement commencé à se disjoindre. J’ai réalisé que je tenais la solution à ce qu’un compositeur considérerait comme un problème de structure musicale : comment s’émanciper d’une situation initiale, pour aller ailleurs. C’était un moyen d’explorer différentes configurations à l’aide d’un matériau unique, et jamais à avoir à élaborer de transitions. Le processus était continu, homogène. Je m’intéressais au timbre de la voix, bien sûr. On aurait pu écrire des centaines de pièces à partir de cette voix et, finalement, n’en réaliser qu’une seule dotée d’un quelconque intérêt musical. Or la logique de cette pièce ; si je puis dire, proposait un nouveau système. Dans la première partie, la bande joue contre elle-même. D’abord bien calée, elle glisse peu à peu et se déphase complètement, avant de revenir à l’unisson avec elle-même. J’ai commencé à comprendre que ce qui était intéressant, c’était la lenteur du processus et sa continuité. Cette première pièce incarne littéralement le processus de déphasage, que j’ai donc découvert en observant deux magnétophones se désynchroniser. Mais ce qu’on retire avant tout de cette expérience c’est un sentiment d’impersonnalité, puisqu’on ne fait qu’observer un processus se réaliser en dehors de tout contrôle. La précision logique de ce phénomène est un autre aspect intéressant. Rien n’est laissé au hasard, dans tous les sens du terme. C’est un processus on ne peut plus, déterminé, plutôt austère et d’une pureté absolue. 

Steve Reich, Rien n’est laissé au hasard, 1972 in Steve Reich. Différentes phases, trad. Christophe Jacquet, (Présence graphique, 2016)

Références musicales

Ennio Morricone, Il était une fois dans l’Ouest 

Steve Reich, It’s gonna rain 

Bob James, Take me to the mardi gras, 1975

Cream, White Room   (batteur: Ginger Baker), 1968 

The Who, Who are you (batteur: Keith Moon), 1978

Foo Fighters, My hero (batteur: Taylor Hawkins), 1997

Christophe Chassol, Two lines (Album Indiamore, 2013)    

Christophe Chassol, Funny or serious song (Album Ultrascores II, 2016) 

BO West side story, Something’s coming

Chroniques

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