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 portrait d'Alfred de Musset
Épisode 1 :

Musset, On ne badine pas avec le coeur

49 min
À retrouver dans l'émission

Sylvain Ledda nous accompagne admirablement dans la (re)découverte de cet enfant du 19ème siècle.

 portrait d'Alfred de Musset
portrait d'Alfred de Musset Crédits : Charles Landelle

Incarnation de la poésie romantique, Musset est le "prince phosphore du cœur volant" selon Caroline Jaubert. Mais s'il est volant, il n'est pourtant pas mièvre car chez Musset, le cœur est saignant, blessé, et c'est de cette plaie que le poète et dramaturge tire son génie et sa puissance créatrice.

Le texte du jour

« J’aime surtout les vers, cette langue immortelle.

C’est peut-être un blasphème, et je le dis tout bas ;

Mais je l’aime à la rage. Elle a cela pour elle

Que les sots d’aucun temps, n’en ont pu faire cas,

Qu’elle nous vient de Dieu, - qu’elle est limpide et belle,

Que le monde l’entend, et ne la parle pas. //

Eh bien ! Sachez-le donc, vous qui voulez sans cesse

Mettre votre scalpel dans un couteau de bois ;

Vous qui cherchez l’auteur à de certains endroits,

Comme un amant heureux cherche, dans son ivresse,

Sur un billet d’amour les pleurs de sa maîtresse,

Et rêve, en le lisant, au doux son de sa voix ; //

Sachez-le, - c’est le cœur qui parle et qui soupire

Lorsque la main écrit, - c’est le cœur qui se fond ;

C’est le cœur qui s’étend, se découvre et respire

Comme un gai pèlerin sur le sommet d’un mont.

Et puissiez-vous trouver, quand vous en voudrez rire,

A dépecer nos vers le plaisir qu’ils nous font ! […]//

Allez, exercez-vous, débrouillez la quenouille,

Essoufflez-vous à faire un bœuf d’une grenouille.

Avant de lire un livre, et de dire « J’y crois »

Analysez la plaie, et fourrez-y les doigts ;

Il faudra de tout temps que l’incrédule y fouille,

Pour savoir si son Christ est monté sur la croix.//

Eh ! Depuis quand un livre est-il donc autre chose

Que le rêve d’un jour qu’on raconte un instant ;

Un oiseau qui gazouille et s’envole ; - une rose

Qu’on respire et qu’on jette, et qui meurt en tombant ;

Un ami qu’on aborde, avec lequel on cause,

Moitié lui répondant, et moitié l’écoutant ? »

- Musset, Namouna, chant II, strophe 2 à 7 dans Poésies complètes ( Bibliothèque de la Pléiade)

Extraits

- On ne badine pas avec l’amour, 1957, avec Emmanuelle Riva et Paul Guers

- Musset, le Chandelier, Acte 3, scène 2, lecture par Clément Hervieu Léger

Références musicales

- Joe Cocker, Unchain my heart

- Lizst, Hasting, Ich liebe dich

- Shirley Bassey, Where do I begin

Sylvain Ledda
Sylvain Ledda Crédits : MC - Radio France
Chroniques
10H50
3 min
Deux minutes papillon
Marquage manquant & autres dires de la peau, entretien de Jean-Luc Nancy avec Nicolas Dutent
Intervenants
  • professeur de littérature française à l'Université de Rouen, spécialiste du romantisme
L'équipe
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