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Dernières paroles de l'empereur Marc Aurèle

Les stoïciens : une philosophie de l'exigence de Christelle Veillard

50 min
À retrouver dans l'émission

Que faire face au temps qui fuit ? Comment être libre dans un monde nécessaire ? Comment donc vivre "en suivant la nature" ?

Dernières paroles de l'empereur Marc Aurèle
Dernières paroles de l'empereur Marc Aurèle Crédits : Eugène Delacroix

Des siècles après, les stoïciens sont toujours d'actualité et leurs solutions pour être heureux toujours aussi fortes, mais comment mettre en oeuvre une telle philosophie de l'exigence ? Etre heureux suppose-t-il d'être si rationnel ?

Le texte du jour

"C’est cela, mon cher Lucilius : revendique tes droits sur toi-même. Jusqu’ici on te prenait ton temps ; on te le dérobait ; il t’échappait. Recueille ce capital et ménage-le. Oui, sois-en convaincu, les choses vont comme je te le dis : il est de nos instants qu’on nous arrache ; il en est qu’on nous escamote ; il en est qui nous coulent entre

les doigts. La perte, à bien parler, n’est jamais plus blâmable que lorsqu’elle provient d’incurie. Du reste, regardes-y de près : la part la plus considérable de la vie se passe à mal faire, une large part à ne rien faire, toute la vie à n’être pas à ce que l’on fait.

Me citeras-tu un homme qui attribue une valeur réelle au temps, qui pèse le prix d’une journée, qui comprenne qu’il meurt un peu chaque jour ? Telle est, en effet, l’erreur : nous ne voyons la mort que devant nous, alors qu’elle est, en grande partie déjà, chose passée. Tout ce que nous laissons derrière nous de notre existence est dévolu à la mort. Fais donc, mon cher Lucilius, comme tu le dis : empare-toi de toutes tes heures. Ainsi tu dépendras moins de demain, pour avoir opéré une mainmise sur le jour présent. Tandis que l’on diffère de vivre, la vie court.

Tout est, Lucilius, hors de nous ; il n’y a que le temps qui soit nôtre. Ce bien fugace, glissant est l’unique possession que nous ait départie la nature. Nous en chasse qui veut. (…) Tu me demanderas peut-être comment je me comporte, moi qui te propose ces belles maximes. Je l’avouerai tout franc : mon cas est celui d’une personne qui mène grand train, mais qui a de l’ordre ; mon registre de dépenses est bien tenu. Je n’ai pas le droit de dire que je ne perds rien; mais je dirai ce que je perds, et pourquoi, et comment. Je rendrai compte de ma pauvreté. (…)

Comment conclurons-nous ? Il n’est pas pauvre, à mon avis, celui qui, si peu qu’il lui reste, s’en accommode. Pour toi cependant, je préfère que tu ménages ton avoir. Et tu commenceras en temps utile. Ainsi en jugeaient nos pères : « Tardive épargne, quand le vin touche à la lie. » Ce qui séjourne au fond du vase c'est très peu de chose, et c'est le pire."

- Sénèque, Lettres à Lucilius, 1ère lettre, éditions Les Belles Lettres, traduction Henri Noblot, 1955

Extraits

- Gladiator, film de Ridley Scott (2000)

- Blanche-Neige, long métrage d'animation (Disney, 1938)

Références musicales

- John Cage, Mélodie n°1

- John Cage, Sonate n°3

- John Cage, Sonates et interludes, Sonates n° 14 et n°15

Christelle Veillard
Christelle Veillard Crédits : Jules Salomone - Radio France

Chroniques

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