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"Le Jour se lève" de Marcel Carné et Jacques Prévert, sorti en 1939
Épisode 3 :

"Le Jour se lève", film noir et flash-back

58 min
À retrouver dans l'émission

"Le Jour se lève" sort en 1939, film noir marqué par le désespoir causé par la Première Guerre. François est pris dans l'engrenage de la fatalité et le film, par le flash-back, va dérouler le fil de cette fatalité et le spectateur va tenter de comprendre les éléments qui composent cette tragédie...

"Le Jour se lève" de Marcel Carné et Jacques Prévert, sorti en 1939
"Le Jour se lève" de Marcel Carné et Jacques Prévert, sorti en 1939 Crédits : Tamasa distribution

Troisième temps de notre semaine sur la collaboration entre le cinéaste Marcel Carné et le poète Jacques Prévert.
Le Jour se lève, qui sort en 1939, rassemble une équipe qui caractérise une partie du cinéma français de la fin des années 30 : le scénario est de Jacques Viot qui vient du surréalisme nantais ; les dialogues sont écrits par Jacques Prévert dans une entente assez moyenne avec Jacques Viot, selon les souvenirs de Marcel Carné ; Curt Courant à la lumière, grand directeur de la photographie allemand ; Maurice Jaubert à la composition, et Alexandre Traüner, le décorateur, essentiel dans la construction de la dramaturgie du film, et qui avait déjà travaillé sur un grand nombre de films de Carné.
Au début du film, François vient d’assassiner Valentin. Il se barricade dans son appartement... Tandis que la police l’assiège, des flash-back permettent aux spectateurs de retracer l'histoire...

L'invité du jour :

Christophe Gauthier, professeur d'histoire du livre et des médias contemporains (XIXᵉ-XXIᵉ siècles) à l'École Nationale des Chartes.

La réception du "Jour se lève"

En 1939, "Le Jour se lève" a été très mal accueilli à une ou deux exceptions près. Il se situe dans la tradition d’un cinéma considéré comme délétère. Lucien Rebatet, critique de cinéma et polémiste d’extrême droite qui adhérait aux thèses du fachisme, dit à propos de ce film : "François (personnage principal du film interprété par Jean Gabin), comme toutes les créatures de monsieur Carné, est un déchet de l’humanité, d’une misérable faiblesse".        
Ce film est donc mal accueilli et pourtant c’est un film qui est resté dans l’histoire du cinéma pour des raisons qui permettent peut-être de comprendre le regard que la critique de l’époque a porté sur ce film.        
Christophe Gauthier

Un film de flash-back pensé par Jacques Viot

En 1939, Carné est déjà quelqu’un de très connu, dans la presse de l’époque on remarque les grandes ambitions cinématographiques, c’est quelqu’un qui n’hésite pas à mobiliser l’intégralité des studios de Billancourt pour reconstituer à la fois la place célèbre et l’immeuble de 5 étages dans lequel se réfugie le personnage de Jean Gabin, François, et que l’on saisit au tout début du film, mais aussi l’usine dans laquelle François travaille, ce dont on s’apercevra à l’occasion d’un premier flash-back, puisque c’est l’une des originalités du film, c’est un film écrit en flash-back.        
Dans le film, il va s’agir de comprendre ce qui s’est passé... Jean Gabin dont le personnage s’appelle François vient de tirer sur un autre personnage, Valentin, que les amateurs des comédiens de l’époque reconnaissent immédiatement, Jules Berry.        
Valentin, dompteur de chiens, se trouvait une situation conflictuelle avec François pour des raisons pour l’instant obscures... C’est le flash-back qui va permettre de comprendre les raisons de ce conflit et de cet assassinat, un flash-back conçu d’emblée par Jacques Viot, le scénariste du film et que Carné défendra, c’est assez peu courant à l’époque mais ça n’est pas non plus le premier flash-back de l’histoire du cinéma, Carné remarque que ce procédé a déjà été utilisé en 1933 dans un film américain. Ce sont aussi des procédés utilisés dans le cinéma muet et Viot a peut-être vu ces films.        
Christophe Gauthier

Carné désirait surprendre son public

La fatalité s’attache souvent au personnage de Jean Gabin dans les années 30, comme dans son personnage dans "La Bête humaine" ou même dans "Quai des brumes". Dans "Le Jour se lève", c’est une fatalité dont il va s’agir de comprendre les modalités de la construction et de ce point de vue-là, la construction en flash-back va permettre de faire voler en éclat l’unité de lieu qui caractérise l’ensemble du film puisque si on ne tient pas compte de la construction en flash-back, en réalité le film se passe entre un soir et un petit matin... Le flash-back permet de sortir de ce carcan qui est celui de la tragédie avec trois retours en arrière qui jalonnent le film dont le premier fonctionnait de manière tout à fait fascinante, le public n’était pas censé être au courant de la construction... C’est le producteur qui a ajouté au début du film un carton expliquant les modalités de la construction du film, à la grande colère de Carné qui souhaitait surprendre son public. L’effet réservé par Carné au bout d’une douzaine de minutes du film c’est d’abandonner le moment dans lequel on se trouve pour recommencer le film, comme si c’était un nouveau film qui commençait dans le même décor mais avec un Gabin dans une toute autre situation...        
Christophe Gauthier

Sons diffusés :

  • Extrait du film Le Jour se lève, première scène du film, annonce de la tragédie
  • Archive de Marcel Carné sur les ouvriers, Le Cinématographe, 1975
  • Extrait du film Le Jour se lève, séquence de la rencontre, quelques jours avant le crime dans l'usine où travaille François
  • Extrait du film Le Jour se lève, utopie familiale, scène juste après la première rencontre entre François et Françoise
  • Extrait du film Le Jour se lève, Valentin révèle à François qu'il est le père de Françoise
  • Extrait du film Le Jour se lève, scène de rupture
  • Extrait du film Le Jour se lève, la crise de François
  • Archive faisant entendre les critiques négatives du film à sa sortie, émission Le Jour Lève, 1953

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  • professeur d'histoire du livre et des médias contemporains (XIXᵉ-XXIᵉ siècles) à l'École Nationale des Chartes
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