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illustration tantrique des canaux du corps subtil traversé par Kundalini
Épisode 3 :

L’oeil invisible dans la philosophie indienne

59 min
À retrouver dans l'émission

A la découverte de la pensée indienne du Soi.

illustration tantrique des canaux du corps subtil traversé par Kundalini
illustration tantrique des canaux du corps subtil traversé par Kundalini

Sommes-nous irrémédiablement ancrés dans le champ du visible ? – Mais alors, objectent les penseurs de l’Inde, qu’en serait-il du visible s’il n’était la manifestation d’un principe lui-même invisible, s’il n’était continûment vu par l’œil de la conscience ? 

Retrouver la plénitude de notre intériorité perdue, par-delà sa diffraction dans le jeu spéculaire des apparences : c’est ce à quoi nous invite la pensée indienne du Soi, sous les auspices d'une conversion du regard. 

Le texte du jour

« Allant dans le rêve de haut en bas, le dieu évoque des formes diverses ; soit, en quelque sorte, qu'il joue avec des femmes, qu'il rie ou qu'il ait devant les yeux des spectacles effrayants. Les objets de son plaisir sont visibles, mais nul ne le voit lui-même. (…) Il en est qui disent que cette retraite (du rêve) est la même pour l'esprit que celle de l'état de veille, parce qu'il voit étant endormi les mêmes choses qu'on voit étant éveillé. Mais il n'en est pas ainsi, car cet esprit brille alors de son propre éclat. (…) Cet esprit se trouvant dans l'état de profond sommeil, et y ayant goûté des jouissances diverses, ayant vagabondé çà et là et y ayant vu le fruit du bien et du mal, en sens inverse revient en courant à son lieu d'origine, qui est l'état de rêve. Tout ce qu'il voit alors ne l'enchaîne pas, car l'esprit n'entre pas en contact avec cela. (…)

                Et là où il se croit comme un roi, comme un dieu, où il pense : « Je suis tout ceci », c'est pour lui le monde suprême. Et puis, là où, étant endormi, il ne désire aucun désir, il ne voit aucun rêve, telle est pour lui la forme où le Soi est son désir, où il a obtenu son désir, où il est sans désir. Comme un homme dans les bras d'une femme aimée ne sait rien du dehors ni du dedans, de même ce Soi corporel, embrassé par le Soi intellectuel, ne sait plus rien du dehors ni du dedans. Et s'il ne voit pas Ceci : c'est quand il voit qu'il ne voit pas Ceci, le visible ; en effet, le voyeur et la vue ne se séparent pas, à cause de l'impérissabilité, et d'autre part il n'y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu'il voie. (…) Un voyant, unique, sans second, plongé dans l’eau, tel est, ô roi, le monde de l'absolu. »

Brhadaranyakopanisad, IV, 3, 13 – 4,2 pp113- in Matériaux pour servir à l'histoire de la philosophie de l'Inde, ed F.Vieweg (1878), trad.P. Regnaud 

Lecture

Beckett, L’innommable (Minuit,1953) p179 et p195

Extraits

Pages arrachées au Journal de Michel Leiris (Trintignant, diffusé sur France Culture le 06/08/1992)

Jimmy P. (Psychothérapie d’un indien des Plaines), film d’Arnaud Desplechin (2013)

Références musicales

Gundesha Brothers, Jayati, Jayati Shri Ganesh

Ben Lukas Boysen, Everything, “Inside air”

Gordon Monahan, A theremin inside the piano 

Harold Budd, She Is a Phantom, “She Has The Glassy…” 

Stevie Wonder, Innervisions, “Visions “

 

Chroniques

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5 min

Le Journal de la philo

Portrait d’une femme capitale
Intervenants
  • professeur de philosophie en classes préparatoires aux grandes écoles, traducteur depuis le sanskrit et spécialiste des philosophes de l’Inde ancienne
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