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Ludwig van Beethoven travaillant à la Missa solemnis (portrait de Joseph Karl Stieler de 1820)
Épisode 3 :

Un héros nietzschéen ?

58 min
À retrouver dans l'émission

"Viens, espérance, illuminer les cachots !" chante Fidelio dans l'unique opéra de Beethoven. Comme Nietzsche, le compositeur puise-t-il la force de l’espérance dans l’énergie de la solitude ? Dans un combat avec soi-même pour se dépasser ?

Fidelio, prisonnier, dans l'opéra de Beethoven, le 14/11/1956, au Sadler's Wells Theatre
Fidelio, prisonnier, dans l'opéra de Beethoven, le 14/11/1956, au Sadler's Wells Theatre Crédits : Denis De Marney - Getty

Commencée au début de 1804 et remaniée jusqu'en 1814, Fidelio est l'unique opéra de Beethoven, oeuvre novatrice par son ampleur dramatique, et symbole des valeurs beethovéniennes de l'énergie et de l'espérance.

L'invité du jour :

André Tubeuf, philosophe, ancien professeur de philosophie, conseiller pour la musique au ministère de la Culture, chroniqueur et écrivain

Fidelio, un opéra unique

Fidelio est peut-être de toutes les œuvres de Beethoven la plus beethovénienne, celle qu’il a voulue dans ses détails, dans sa structure, dans sa dramaturgie, et dont il a emprunté le sujet à un fait divers encore presque contemporain, situant son drame à lui dans la vie quotidienne de gens qui ne sont pas des rois, des archiducs… mais des bourgois, Léonore et Florestan. Là-dessus, il construit cet opéra qui n’a rien qui le précède et rien qui le suive, ni chez lui, ni chez personne, et dans lequel on voit apparaître ces deux valeurs qui me semblent les plus essentielles chez Beethoven : l’énergie et la foi.    
André Tubeuf

L’énergie et l’espérance, valeurs beethovéniennes

Il y a dans l’énergie un mouvement vers l’accomplissement de quelque chose, qui ne se trouve pas dans la force, qui peut être plus brutale. L’énergie est comme une ressource motrice que l’individu se donne à lui-même et dont il va puiser la possibilité dans ses propres forces, qui doivent à cet égard rester toujours en éveil. Eveiller l’énergie c’est déjà pratiquer l’espérance, c’est déjà vouloir aller plus loin, vouloir se sortir de la situation dans laquelle on se trouve. Il y a chez Beethoven un mixte des deux termes : l’énergie lui servant essentiellement là où il y a à montrer du mouvement et de l’irruption, et l’espérance, là où la parole, comme dans Fidelio,  oblige à prononcer un certain nombre de mots. L’espérance est partout dans la musique de Beethoven.    
André Tubeuf

Se combattre pour se dépasser

Nietzsche avait en lui-même une telle philosophie profonde de l’opposition sous la forme de l’antagonisme, et de l’antagonisme où les gens ne sont plus du tout des interlocuteurs dialoguant d’une manière socratique ou autre, mais des ennemis qui sont ennemis en tant que le seul moyen pour chacun d’entre eux de sortir vraiment ce qu’ils ont au fond d’eux-mêmes, ce dont ils sont porteurs c’est de s’affronter à un égal ou même à un supérieur, de façon d’être obligé de sortir le meilleur de soi-même. Il y a quelque chose là-dedans qui est toute la morale de Nietzsche, et d’une certaine manière, toute la vertu de Beethoven aussi : affronter pour se dépasser.    
André Tubeuf

Textes lus par Vincent Schmitt :

  • Extrait d'une lettre de Beethoven à ses frères Kaspar, Karl et Johann van Beethoven, Heiligenstadt, le 6 octobre 1802, dans le livre Beethoven par lui-même, Nathalie Krafft, traduction de Sofiane Boussahel, éditions Buchet Chastel
  • Extrait de Humain trop humain II, Le Voyageur et son ombre, de Nietzsche

Sons diffusés :

  • Extrait de l'opéra Fidelio, Quartett Mir ist so wunderbar, acte I, scène 3, Quatuor, chef : Simon Rattle, soprano : Angela Denoke, et avec Laszlo Polgar, Juliane Banse, Rainer Trost
  • Extrait de l'opéra Fidelio, Komm Hoffnung, lass den letzen Stern, chef : Simon Rattle, soprano : Angela Denoke, et avec Laszlo Polgar, Juliane Banse, Rainer Trost
  • Extrait de la sonate pour piano-violon n°9 en la majeur, opus 47, (A Kreutzer), interprétée par Gidon Kremer (violon) et Martha Argerich (piano)
  • Extrait du quatuor à cordes n°7 en fa majeur, opis 59, n°1, allegro, interprété par le Quatuor Takacs

Chroniques

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4 min

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Bibliographie

Ludwig van BeethovenAndré TubeufActes Sud / Classica, 2009

Intervenants
  • philosophe, ancien professeur de philosophie, conseiller pour la musique au ministère de la Culture, chroniqueur et écrivain
L'équipe
Production
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