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Clint Eastwood en 2019.
Épisode 1 :

La loi du cow-boy

49 min
À retrouver dans l'émission

Si sa filmographie pouvait se résumer en une question, ce serait celle-ci : au nom de quoi l’individu peut-il mettre en œuvre sa propre loi, aux dépens de celle que lui impose l’autorité ? C’est bien parce que cette question n’a pas de réponse simple qu’Eastwood en propose des variations.

Clint Eastwood
Clint Eastwood Crédits : Bettmann - Getty

Les traits de son visage conduisent tous à un seul point, situé au-dessus du nez, entre les sourcils, un lieu unique dans lequel on lit le mécontentement d’un enfant à qui l’on a dit non, l’obstination de celui qui tient quiconque s’adresse à lui pour son adversaire, et puis, avec l’âge, la concentration d’un corps qui doit aller de l’avant malgré la douleur. Ou bien, tout simplement, les stigmates que laissent sur la peau les sourcils froncés et les lèvres qui s’étirent en un léger rictus lorsqu’on avance face au soleil. C’est un visage solitaire, mi-enfant mi-vieillard, qui se présente à la caméra sous l’ombre de son chapeau, ou qui se penche derrière l’objectif pour se filmer lui-même. De part et d’autres, c’est Clint Eastwood, le cowboy des temps modernes.

Si sa filmographie pouvait se résumer en une question, ce serait celle-ci : au nom de quoi l’individu peut-il mettre en œuvre sa propre loi, aux dépens de celle que lui impose l’autorité ? C’est bien parce que cette question n’a pas de réponse simple qu’Eastwood en propose des variations, au sens musical du terme, dans la plupart de ses films. Contre ceux qui pensent que la loi de l’Etat protège quand la loi individuelle est toujours dangereuse, Eastwood rétorque non pas que la seconde est toujours meilleure que la première, mais que dans les deux cas, il faut se garder d’être manichéen, et de confondre celui qui tue pour se venger, avec celui qui se tue pour en venger d’autres , sans parler de celui qui accompagne la demande de mort d’une autre personne.

En quittant progressivement le film de genre pour le film d’auteurs, Eastwood quitte les plaines pour la ville, troque le shérif contre le FBI et pose la même question à nouveaux frais. Les querelles de territoires sont hissées à leur portée métaphorique pour y dépeindre ce que l’on peine à nommer : le désir de vengeance, les affres et la beauté de la vieillesse, la nécessité tragique de l’euthanasie, la difficile liberté amoureuse et politique, avec un sens de la complexité des situations rehaussé par le clair-obscur qui lui est cher.

La justice est-elle toujours préférable à la vengeance ? Le combat pour sa propre liberté se fait-il nécessairement aux dépens de la liberté d’autrui ? Et pourquoi l’innocence s’accommode-t-elle si facilement de la culpabilité ? C’est parce que l’art de ce cinéaste consiste à poser ces questions dont il sait qu’elles sont sans réponses, et parce qu’il sait bien qu’aucun film n’a jamais changé le monde, que cette semaine, nous allons philosopher avec Clint Eastwood.

Par Adèle Van Reeth

Il y a un geste qu'il ne faut jamais oublier chez Eastwood en tant qu'acteur et en tant que réalisateur c'est cette espèce de liberté totale qu'il peut avoir en tant que créateur et qui s'exprime bien sûr dans ses scénarios, mais il y a aussi un geste quasi potache qu'il y a chez lui et de dire : voilà, je suis celui qui peut prendre les plein pouvoirs du point de vue du cinéma, de la mise en scène et je vais prendre au pied de la lettre tout ce qu'on me reproche pour en faire un film qui va nous propulser vers cette réflexion-là. Fabien Gaffez

'Impitoyable', c'est une tragédie de la perception, de comment on peut percevoir l'autre, comment on peut percevoir le western. Il y a ce jeu entre la légende et la réalité, chacun incarne quelque chose et est contredit dans la séquence suivante. Fabien Gaffez

Références musicales:

  • Dee Barton , *Callie * (BO du film L'homme des hautes plaines)
  • The Doors , Riders on the storm
  • Dee Barton , *Wild Harmonica Stingers * ( BO du film L'homme des hautes plaines)
  • Elvis Presley , Lonesome cowboy

lecture par Georges Claisse:

  • Nietzsche , Généalogie de la morale

Réalisation : Mydia Portis-Guérin

Et les "2 minutes papillon" de Géraldine Mosna-Savoye avec au micro le collectif 71 pour leur spectacle "Notre corps utopique", d'après la conférence de Michel Foucault de 1966 , Le corps utopique

Jusqu'au 22 janvier au Théâtre de la Bastille

http://www.theatre-bastille.com/saison-13-14/les-spectacles/notre-corps-utopique

http://www.collectiff71.com/

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